L’impérialisme et les guerres: accident ou nécessité capitaliste?

Un théoricien prussien du nom de Clausewitz définissait au début du 19e siècle la guerre comme le prolongement de la politique par d’autres moyens. Dans un texte de Lénine datant de 1915 : La faillite de la Seconde Internationale, cette phrase devenue célèbre devint « la guerre est le prolongement de la politique de la bourgeoisie impérialiste (…) c’est-à-dire du pillage des autres nations par la bourgeoisie déclinante des « grandes puissances. »» Cette idée fut développée beaucoup plus en profondeur un an plus tard dans un des textes fondamentaux que Lénine apporta au marxisme : L‘impérialisme, stade suprême du capitalisme.

La question de la nature de l’impérialisme n’a évidemment jamais perdu de son actualité, les conflits impérialistes n’ayant jamais cessé d’étendre leurs ombres sanglantes tout au long du 20e siècle. Et l’invasion de l’Irak, pour ne citer qu’elle, démontre que le 21e siècle n’est pas, et de loin, l’ère de paix et de prospérité que beaucoup attendaient.

Mais l’impérialisme est-il un choix, une forme d’aménagement du capitalisme parmi d’autres, ou encore un accident?

On entend effectivement beaucoup parler d’impérialisme aujourd’hui mais les définitions qui en sont le plus souvent données ne nous semblent pas suffisantes, que ce soit la conception la plus courante (Bush qui veut mettre son nez, ses armées et ses multinationales partout) ou la conception d’ATTAC (le capitalisme industriel, productif et plus ou moins moralement acceptable des années 1945-1975 a cédé la place depuis lors à un capitalisme financier, spéculatif et immoral qui ne vise qu’à faire des profits maximum et immédiats au détriment de la grande partie des habitants de la planète, y compris les patrons honnêtes). Nous pensons pour notre part que l’impérialisme n’est ni un pur choix laissé librement à chaque Etat, ni une forme d’aménagement du capitalisme parmi d’autres, et encore moins un accident de l’histoire mais, comme Lénine l’expliquait, la forme concrète qu’a pris le développement du capitalisme international au tournant du 20e siècle.

Lénine a expliqué que l’impérialisme est en fait inscrit dans les gènes même du mode de production capitaliste. Si au début de celui-ci (au 18e et 19e siècle) pouvait encore régner la libre concurrence, un déséquilibre s’est rapidement manifesté entre les entreprises (les plus fortes avalant les plus faibles, surtout lors des crises économiques). La concentration combinée de la production et des capitaux a fait apparaître, dès la fin du 19e siècle, des monopoles, c’est-à-dire des sociétés contrôlant quasiment seules un marché. Là non plus, pas d’accident, la libre concurrence permet qu’il y ait vainqueurs et vaincus et les vainqueurs ressortent toujours du combat renforcés, avec plus de moyens.

Dés cet instant, la libre concurrence a été reléguée à ce qu’elle est encore de nos jours : une corde à l’arc de l’idéologie bourgeoise pour justifier son existence, autant en prise avec le réel que la théorie de la terre plate en son temps. Les crises économiques suivantes, loin d’atténuer cette tendance à la concentration, ont renforcé le poids de ces monopoles, qui sont devenus internationaux, les ancêtres de nos multinationales.

Parallèlement à l’émergence de monopoles, les banques ont pris de plus en plus d’importance. Elles sont sorties de leur rôle d’intermédiaires qui mettaient l’argent à disposition des capitalistes pour intervenir de plus en plus dans la gestion de celui-ci par les capitalistes. Il y eut une “ fusion “ entre les banques et les industries, et bien vite les exportations de capitaux dépassèrent celles des marchandises, caractéristiques des premiers temps du capitalisme. Envoyés à l’étranger, ces investissements permettaient aussi de favoriser la vente de marchandises : j’investis dans ton pays si tu n’achètes ton matériel qu’à mes usines… Quant au surprofit (ainsi appelé car obtenu en plus du profit effectué par les capitalistes sur les ouvriers de leur pays), il a permis de lâcher plus de lest à la classe ouvrière des métropoles et à corrompre certaines couches du prolétariat.

Mais le monde a des limites, et quand les débouchés n’existent plus, il faut une redistribution des cartes au moyen de guerres terriblement destructrices en biens mais surtout en vies humaines, comme ce fut le cas en 14-18, mais aussi en 40-45,…

Le capitalisme contemporain EST impérialiste. S’en tenir à combattre ses manifestations extérieures (les annexions territoriales, les pratiques douteuses des multinationales,…) sans vouloir s’attaquer aux bases économiques de ce système, c’est-à-dire au capitalisme lui même, c’est avoir l’illusion qu’on peut combattre les conséquences d’un système en laissant intactes les causes et les mécanismes qui les produisent. Ce qui est le meilleur moyen de courir à l’échec et à la déception.

 

Article par NICOLAS CROES

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