Réponse à un courrier des lecteurs de la FEB

Négociations salariales: les patrons réalisent des profits records, mais en veulent toujours plus.

Le 6 octobre, notre rédaction a eu l’honneur de recevoir un courrier d’un lecteur inhabituel. Le service d’information de la FEB (Fédération des Entreprises Belges) nous a demandé d’attirer l’attention de nos lecteurs sur une rectification. Il y aurait eu, selon lui, une « erreur » dans un article de notre site. Nous y avions parlé de « l‘avarice » de la FEB et des topmanagers, en nous référant entre autre à l’augmentation des salaires des membres de la direction des entreprises reprises dans l’indice boursier belge, le Bel-20. Si nous savions déjà que nos articles et positions avaient un certain écho, notre étonnement a cependant été grand d’apprendre que le patronat belge suivait également notre argumentation.

Topmanagers nécessiteux?

La FEB nous écrit ainsi : « Nous avons lu l’article ci-dessous avec intérêt. Noussignalons cependant que la supposition selon laquelle les salaires des membres de la direction des entreprises côtées au BEL-20 auraient augmenté de 12 % (cfr Trends/Tendances) est complètement fausse »

S’agit-il alors de pauvres nécessiteux, à l’aube des négociations salariales avec les syndicats? Il semblerait que oui… « Le rédacteur de Trends/Tendance a reconnu quelques semaines après que ses calculs étaient erronés et que la véritable hausse des salaires des topmanagers n’était que de 2 %, moins que l’inflation donc. Il nous semble opportun que vous indiquiez à vos lecteurs cette rectification. »

On pourrait donc croire en lisant ces lignes que les topmanagers, à cause de l’inflation, ne peuvent plus mettre de beurre sur leurs tartines.

A partir de novembre se dérouleront les négociations salariales entre les syndicats et le patronat qui devraient déboucher sur un nouvel Accord Interprofessionnel (AIP). Les enjeux – et la FEB le sait- ne sont pas minces. La colère de beaucoup de salariés et de militants syndicaux remontera-t-elle à la surface un an après un mouvement contre le Pacte des générations stoppé de façon anti-démocratique par les directions syndicales? Ou bien les patrons arriveront-ils encore à faire payer les salariés pour augmenter des profits déjà exorbitants, en dépit du pouvoir d’achat à la baisse et de la misère croissante

Des profits records !

Depuis le début de la politique néolibérale, faite d’austérité et de modération salariale, un gigantesque transfert de richesses s’est produit des travailleurs vers les riches. En 1981, début de cette politique et année de crise économique, les profits des entreprises représentaient 20 milliards de francs belges. Six ans seulement plus tard, ils pesaient déjà 167 milliards, soit 8 fois plus. Dix ans après, en 1997, les profits atteignaient 1.240 milliards de francs. Pendant cette même période (de 1981 à 1997), les prix ont augmenté d’environ 60 % sous l’effet de l’inflation. Les 1.240 milliards de francs de 1997 représentent donc 775 milliards en francs de 1981. Les profits (inflation déduite) de 1997 sont donc 4,5 fois plus élevés qu’en 1987 et… 39 fois plus élevés qu’en 1981.

La FEB devrait aussi savoir que, pendant la dernière décennie (1997-2006), les patrons n’ont pas vu fondre leurs profits. Tout au plus, à cause d’une croissance plus faible, le rythme d’augmentation a-t-il ralenti. En 2003, les profits des entreprises étaient de 37 milliards d’euros ! Inflation déduite, on arrive ainsi à l’équivalent de 870 milliards de francs de 1981, soit plus de 43 fois le montant de 1981 !

Ces dernières années n’ont pas été non plus faites de vaches maigres pour le patronat. Les 97 plus grandes entreprises qui ont clôturé leur comptabilité fin 2005 ont indiqué un profit net commun de 18 milliards d’euros, en hausse de 31 % par rapport à 2004. En 2005, les profits des banques Dexia et KBC ont augmenté respectivement de 12 et 39%.

Celui ou celle qui a vu sa fiche de salaire augmenter pareillement peut lever la main. Les études montrent que le pouvoir d’achat des salariés du privé a baissé de 2,08 % depuis 10 ans, celui des fonctionnaires de 2,28 % et ceux des non-salariés de 2,61 à 3,25 %. Les modifications imposées à plusieurs reprises à l’index ont engendré une baisse de notre pouvoir d’achat. Ces pourcentages sont encore probablement sous-estimés, vu que le loyer n’est pas encore totalement compris dans l’index actuel.

L’index sapé engendre, depuis des années, une baisse de notre pouvoir d’achat. Ces pourcentages sont encore probablement une sous-estimation, vu que le loyer n’est pas encore totalement compris dans l’index actuel.

Topmanager: 1,5 millions d’euros par an. Et vous?

Le PDG d’une entreprise du Bel-20 gagne en moyenne 1,5 milions d’euros par an. Et quand Pieter Timmermans, manager à la FEB, juge que les salaires des travailleurs ont trop augmenté, il veut en fait dire qu’ils n’ont pas encore assez perdu de pouvoir d’achat.

Nous devons exiger une véritable hausse des salaires: les patrons et les grands actionnaires ont augmenté énormément leur part du gâteau depuis 25 ans. Leur soif de profit face à la ‘concurrence’ a entraîné la société dans une logique terrible. Plus de richesse d’une part, plus de pauvreté d’autre part. Nous devons nous opposer à une indexation qui ne porterait plus que sur les salaires nets (comme le réclame le VOKA, une organisation extrémiste du petit patronat flamand), ce qui minerait la sécurité sociale. Les directions syndicales ne doivent pas se laisser séduire par cette proposition qui aboutirait à limiter la hausse du pouvoir d’achat à la minorité des salariés aux revenus les plus bas.

Article par PETER DELSING

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