Quel virage au PTB?

Lors de la séance de clôture de son 8e congrès, à la VUB le 2 mars dernier, le PTB a annoncé un virage spectaculaire. Quelques 1.300 militants ont participé à cette séance, sans compter les 200 invités, représentants d’Ecolo et de Groen, du SP.a, du PS, de diverses ambassades, des syndicats, de Chrétiens pour la Paix, du PC, de la LCR, etc. Le Mouvement pour une Alternative Socialiste / Linkse Socialistische Partij (MAS/LSP) n’a pas été invité. Nous devons par conséquent nous baser sur les comptes-rendus de la presse, sans pouvoir exclure que certains soient biaisés. Mais nous n’avons cependant relevé aucun démenti de la part du PTB.

 

Si le but du PTB était de contribuer à la formation d’un nouveau parti large des travailleurs – une structure commune pour l’action et le débat dans laquelle serait la bienvenue toute personne qui veut combattre le néolibéralisme sans devoir pour autant renier ses spécificités propres – alors le MAS ne pourrait que l’acclamer. Nous défendons la construction d’un tel parti depuis des années, puisque cela renforcerait justement de façon considérable la position du mouvement ouvrier. Le MAS n’a d’ailleurs jamais pensé qu’il s’agissait d’un prétexte pour jeter son programme révolutionnaire par-dessus bord. Au contraire, nous sommes convaincus que l’expérience de lutte commune poussera de plus en plus de travailleurs et de jeunes à être réceptifs à un programme révolutionnaire et au courant qui le représente le mieux.

Les comptes-rendus de la presse nous font supposer que ce n’est pas cela que le PTB envisage. Nous avons plutôt l’impression que le PTB est seulement prêt à considérer un parti plus « large » si cela se produit autour de lui-même. En échange, le PTB est prêt à jeter aux orties les aspects révolutionnaires et socialistes de son programme. C’est du moins de cette manière qu’il le présente vers l’extérieur, mais nous pensons qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Le MAS veut présenter une contre-proposition au PTB.

 

Changement de cap au PTB?

Ces dernières semaines, le PTB – connu notamment à travers « Médecine pour le Peuple » et les propositions du docteur Dirk Van Duppen autour des soins de santé – est apparu plusieurs fois dans les médias. Des interviews avec le nouveau président Peter Mertens et le cofondateur Kris Merckx ont pris place dans De Morgen et Peter Mertens a aussi expliqué le “renouveau ” du parti dans l’émission TV flamande « Phara » et sur Radio 1. On a aussi pu lire un article plus fouillé dans l’hebdomadaire « Le Journal du Mardi », à côté d’une série d’articles dans les journaux francophones et flamands.

Une partie au moins des médias considère que le « renouveau » de l’ancien TPO/Amada (« Tout le Pouvoir aux Ouvriers / Alle Macht Aan de Arbeiders ») est une information en soi. Pour ces observateurs, le PTB est un des derniers restes visibles des mouvements de lutte de mai ’68, très certainement au vu de l’extinction de son concurrent d’alors, la LRT (Ligue Révolutionnaire des Travailleurs, devenu ensuite le Parti Ouvrier Socialiste, puis actuellement la Ligue Communiste Révolutionnaire).

En Belgique, le PTB reste pour le moment le plus gros représentant de ce qui est considéré comme la « gauche radicale ». Mais il est difficile de voir si le PTB se considère encore comme faisant partie de cette « gauche radicale » après sa «modernisation». Le nouveau président Peter Mertens se dit partisan d’une « révolution avec des idées », sans dire clairement ce que cela signifie pour les structures du capitalisme. La baisse du pouvoir d’achat, la pauvreté croissante, la flexibilité accrue, l’instabilité politique, la destruction de l’environnement… sont des conséquences directes de la chaotique économie de marché. Des déclarations du PTB sur son « renouveau », il n’est plus possible de distinguer si ce capitalisme doit être réformé ou s’il doit être renversé par un mouvement révolutionnaire. Cuba, la Chine, ou l’ex-URSS ne joueraient plus le rôle de modèles. Le PTB ne parle plus vers l’extérieur de la nécessité d’une société socialiste, mais seulement du besoin d’approfondir la démocratie, sans contenu de classe. Ainsi il présente, entre autres, des propositions détaillées pour adapter le fonctionnement des Nations-Unies et du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui sont pourtant des institutions mises en place pour défendre les intérêts des puissances impérialistes et du capitalisme.

Selon Peter Mertens, le PTB défend une « société à la mesure des gens ». C’était le thème central d’une des interviews accordée à la radio. C’est malheureusement un discours creux que l’on a l’habitude d’entendre de la part des partis traditionnels. L’ancien CVP (équivalent néerlandophone du PSC, ancêtre du CDH) avait par exemple pris pour slogan électoral «Au milieu des gens» (« midden de mensen »).

 

Discussion sur la stratégie, la tactique et le programme

Le MAS a toujours été partisan de l’unité la plus large possible contre la politique néolibérale. C’est pour cette raison que nous avons activement participé en 2006 à une initiative d’élargissement comme le CAP. Nous pensons que des nouveaux mouvements de lutte pour le maintien de notre pouvoir d’achat, pour une sécurité sociale décente, contre des licenciements,… doivent inévitablement mener à un certain moment à la création d’un nouveau parti des travailleurs. Une telle formation large devrait être l’organisateur des luttes, mais aussi un forum pour le débat et pour l’échange d’expériences. Un parti large des travailleurs n’est viable que s’il fonctionne de manière complètement démocratique et si les particularités de toutes ses composantes – individus et courants – y sont respectées. Le MAS n’a jamais fui ce débat avec d’autres courants politiques. Sur base d’un échange constructif d’idées combiné avec les expériences des travailleurs dans la lutte de classes, une clarification politique peut se dégager quant au programme et aux méthodes qui sont nécessaires pour changer la société.

Nous pensons que ce que l’on qualifie de virage du PTB pose une série de questions qui peuvent intéresser les travailleurs et les jeunes qui se radicalisent. Sur base de quel programme et de quelle approche les socialistes et les marxistes peuvent-ils aujourd’hui trouver une voie vers des couches plus larges de travailleurs? Quelles conclusions devons-nous tirer de la faillite du stalinisme et des systèmes totalitaires de parti unique dans l’ancien Bloc de l’Est et en Chine? Est-ce vrai qu’il n’y a plus de «modèle» dans la lutte pour une autre société? Ce qui se passe en Chine ou à Cuba ne nous concerne-t-il pas « parce que les conditions y sont tellement différentes »? Est-ce aussi là notre message aux travailleurs chinois, qui sont à nouveau victimes d’une exploitation capitaliste extrême?

« Ils ont fauté. Eux, pas nous », a déclaré Peter Mertens dans le quotidien flamand De Morgen à propos de l’URSS, de la Chine, des Khmers Rouges et de Cuba. Raoul Hedebouw a, quant à lui, expliqué dans le Journal du Mardi : « S’il faut faire le bilan, c’est aux Russes, aux Chinois et aux Cubains de le faire ». Reste à savoir quels sont les Russes et les Chinois qui vont aujourd’hui établir ce bilan… En outre, pourquoi le PTB a-t-il si longtemps justifié chaque “faute” de ces régimes avec autant de ténacité ? Même si nous suivons le raisonnement de Raoul et Peter, pourquoi n’ont-ils pas saisi l’occasion de corriger au moins leurs propres fautes ? Le soutien sans critique accordé par le PTB aux dictateurs Ceausescu, Milosevic et Saddam Hussein par exemple. Le PTB est-il prêt aujourd’hui à reconnaître le droit à l’autodétermination pour le Kosovo? Ou bien estime-t-il encore que ce droit doit être réprimé? Le premier test depuis le virage du 2 mars est édifiant : le PTB reprend à son compte la version officielle de Pékin sur le Tibet, et n’hésite pas à faire référence à l’éclatement de la Yougoslavie pour refuser aux Tibétains le droit à l’autodétermination.

Quels sont de surcroît le rôle des perspectives et d’une approche transitoire qui établit le lien entre les revendications minimales, les slogans anti-capitalistes et la nécessité d’une société socialiste? Pourquoi le MAS se fonde-t-il sur une telle approche, en opposition avec la méthode empirique des enquêtes et des consultations que le PTB a fait sienne ? Il s’agit en partie d’une discussion sur la méthode et la stratégie que le mouvement ouvrier doit utiliser pour changer fondamentalement la société.

 

Quelles sont les leçons de la faillite du stalinisme ?

C’est toujours positif qu’un message anti néolibéral bénéficie d’un éclairage médiatique, même si ce n’est que temporairement. Aux Pays-Bas (SP), en Allemagne (Die Linke), en France (LCR) et en Grèce (Syriza), des formations qui s’opposent à la politique antisociale des partis traditionnels commencent à gagner un certain soutien populaire. Il s’agit surtout de phénomènes électoraux et en grande partie passifs, notamment parce que, dans quelques cas, l’ouverture programmatique va malheureusement de pair avec un fonctionnement interne qui étouffe toute dissidence.

En Belgique aussi, le potentiel pour un “coup à gauche” existe sans aucun doute. Il suffit de regarder la vague de grèves spontanées – et parfois moins spontanées, comme chez les fonctionnaires flamands – pour l’amélioration de notre pouvoir d’achat. Tous les partis traditionnels et bourgeois restent sourds aux revendications justifiées des travailleurs. Cela vaut également pour les anciens partis ouvriers, le PS et le SP.a. Même la direction syndicale n’est pas prête à généraliser cette lutte par un plan d’action pour un meilleur pouvoir d’achat, rivée comme elle est à sa stratégie réformiste de cogestion du capitalisme.

Il y a par conséquent un vide politique à gauche. Le PTB essaye de le remplir avec sa modernisation, grâce à un nombre de succès électoraux que le parti a rencontré en 2006, dans un certain nombre de communes (Zelzate, Genk, Herstal…), sur base de Médecine pour le Peuple et d’autres campagnes locales.

Vers l’extérieur, le PTB rompt visiblement avec le stalinisme et le maoïsme. « Nous ne sommes pas des staliniens », déclare ainsi Peter Mertens dans une interview à De Morgen. Selon Kris Merckx encore, « la jeunesse actuelle ne se réfère plus à Staline ou à Mao ». Le PTB n’était plus en mesure de construire son cadre actif sur base de son programme stalinien totalitaire. Cette idéologie est complètement discréditée aux yeux des travailleurs et des jeunes, surtout après la chute du stalinisme en 1989-1992.

Pourtant, le « Journal du Mardi » note que la formation interne des cadres reste basée, jusqu’à nouvel ordre, sur un manuel qui vénère Staline, Mao et Enver Hoxha. Cette lecture n’est toutefois pas destinée aux membres de base, qui adhèrent au PTB aux conditions minimales en termes d’activité et de contribution financière.

Le PTB n’explique pas non plus d’où proviennent les “fautes” du stalinisme. Doit-on accepter que tout cela soit arrivé par hasard? Les parodies de procès contre les opposants, le système totalitaire de parti unique, la répression de toute discussion et débat dans la population, l’interdiction des partis ouvriers en opposition au système policier de l’élite stalinienne, la poursuite des syndicats indépendants, la répression des droits des minorités nationales, etc.

Nous ne pensons pas qu’il s’agisse tout simplement de “fautes” et, pour nous, les jeunes et les travailleurs les plus conscients attendent une évaluation plus sérieuse. L’image que beaucoup de travailleurs et de jeunes ont du socialisme est encore trop souvent ternie par les dictatures staliniennes. C’est seulement en tirant les vraies leçons du stalinisme que l’on pourra gagner une nouvelle génération à un programme révolutionnaire socialiste. Pour cela, il faut remonter aux premières années de la révolution russe ainsi qu’au programme de l’Opposition de Gauche autour de Trotsky. C’est un programme de démocratie ouvrière (élections démocratiques de Conseils ouvriers dans les entreprises et les quartiers, avec des élus qui ne gagnent pas plus que le salaire moyen d’un travailleur et qui peuvent être révoqués à tout moment). Le PTB ne fait pas une telle analyse, ce qui n’est à vrai dire pas étonnant au vu de son histoire. Il lève les bras au ciel en parlant des “fautes” mais il n’est pas en état de les expliquer afin de pouvoir les éviter à l’avenir.

L’internationalisme n’est pas une “belle pensée” pour les marxistes. La division internationale du travail n’a jamais connu un tel niveau. Les emplois sont menacés de délocalisation vers la Chine et vers l’ancien Bloc de l’Est. Les bas salaires dans ces nouvelles régions capitalistes sont utilisés comme moyen de pression contre les salaires des travailleurs occidentaux. Nous ne pouvons donc pas dire que ce qui se passe dans ces pays, comme dans la Chine encore officiellement « communiste », ne nous concerne pas. Le MAS a une approche internationale de la classe ouvrière. Les intérêts des travailleurs et des pauvres d’ici sont les mêmes que ceux des travailleurs et des pauvres d’ailleurs. Pour contourner la question des réformes capitalistes dans la Chine stalinienne, le PTB semble se retrancher sur un point de vue “national”. Le MAS, lui, construit une organisation internationale, au travers du Comité pour une Internationale Ouvrière, pour combattre le capitalisme.

 

Présentation des revendications et du programme

Le PTB affirme ne plus vouloir être aujourd’hui un « parti professoral ». Peter Mertens affirme : « Au lieu d’être professoral, nous sommes devenus un parti qui est à l’écoute. Nos programmes électoraux sont élaborés après consultation de milliers de personnes. » Kris Merckx le rejoint quand il dit : « Nous devons aller plus loin dans cette voie : des solutions concrètes pour des problèmes concrets, l’action de terrain à la place de grandes théories. » Où avons-nous encore entendu dans le passé: « le mouvement est tout, le programme n’est rien » ou sa variante plus tardive : « Toute cette discussion (au sujet des problèmes théoriques – NDLA) n’est seulement qu’une tempête dans un verre eau. » ?

Le MAS est d’accord sur le fait que les marxistes doivent mettre en avant des «solutions concrètes pour des problèmes concrets». Ainsi nos membres ont-ils mené ces dernières années des campagnes locales contre le prix des sacs poubelles, contre la fermeture des bureaux de Poste, pour une amélioration du pouvoir d’achat, contre la démolition de notre enseignement, en faveur des logements sociaux contre l’exclusion sur base d’une soi-disant « mixité sociale »,… Nous essayons d’attirer dans l’action et dans la construction d’un rapport de forces une couche plus large de personnes au travers de slogans et d’analyses concrètes pour ainsi remporter la victoire dans une lutte. Mais qu’il s’agisse de notre pouvoir d’achat, de nos anciens services publics, de la redistribution du travail sans baisse de salaire, d’une meilleure santé publique,… même les revendications les plus modérées se heurtent à la logique de profit ou à l’assainissement des finances publiques.

Au sein du capitalisme, il n’est plus possible de refinancer la sécurité sociale et l’enseignement, de relever sérieusement le pouvoir d’achat des retraités, des allocataires et des travailleurs, de combattre et remplacer les jobs précaires, temporaires et mal payés par de véritables emplois. Il est aussi peu réalisable de bannir de ce système le racisme, le nationalisme ou encore le sexisme. Selon nous, les vrais socialistes ne doivent pas seulement pousser de bonnes revendications, ils doivent aussi expliquer comment ils comptent les réaliser. Aucun acquis social n’est garanti sous le capitalisme, système arrivé aujourd’hui dans une grave crise économique. Pour le MAS/LSP, les revendications minimales, qui ne signifient pas en elles-même une rupture avec le capitalisme, doivent être liées à des revendications justifiées qui rompent avec la logique de ce système. Si nous ne voulons pas répandre du sable dans les yeux des travailleurs et de leurs familles, nous devons aussi argumenter en faveur de la nécessité d’une société socialiste. C’est l’unique solution possible pour résoudre les contradictions insolubles du capitalisme.

Est-ce là une « grande théorie » qui n’intéresse pas les gens ? Pourquoi la théorie devrait-elle être le privilège de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie ? Marx, Engels, Lénine, Trotsky et d’innombrables autres socialistes n’ont-ils pas concentré les expériences pratiques de la lutte des travailleurs dans de nombreux écrits théoriques ? La théorie n’est pour les marxistes que le résumé de l’expérience de la classe ouvrière. Cela ne signifie aucunement que nous devons donner avec arrogance la leçon aux travailleurs. Nous n’avons jamais été d’accord avec ceux qui affirmaient que les intellectuels devaient « instiller » une conscience politique à la classe ouvrière, ni avec ceux qui ont envoyé des intellectuels dans les mines et les usines. Nous sommes au contraire convaincus que les travailleurs peuvent et vont par eux-mêmes arriver à une conscience politique. Nous voulons, avec les travailleurs et les jeunes, tirer de l’expérience des luttes et apprendre de celles-ci. Mais nous pensons que le marxisme est aussi la mémoire de la classe ouvrière, une compréhension des victoires et des défaites des travailleurs dans la lutte de classes. Nous ne voulons pas faire répéter les erreurs du passé. Il est nécessaire que la classe ouvrière dispose d’un programme et de perspectives qui la préparent pour sa lutte pour le pouvoir.

Nous pensons qu’il est plus honnête d’expliquer notre objectif final – une société socialiste – aux travailleurs, plutôt que de se taire dans l’espoir de succès plus rapides. Quand on dit être uniquement un parti « qui écoute », on se déforce dans la lutte idéologique contre la bourgeoisie. Les idées dominantes sont en grande partie les idées de la classe dominante. Une enquête peut parfois être un instrument utile, mais c’est aussi la tâche des marxistes que de développer pas à pas la conscience des travailleurs, dans l’objectif d’aboutir à un changement socialiste de la société.

La manière dont les idées politiques sont présentées n’est pas une question de second ordre. Si les revendications directes sont systématiquement détachées de l’objectif du socialisme, ce dernier devient dans les faits quelque chose qui est renvoyé à un avenir éloigné. Pour le MAS, avec la crise du capitalisme, tous les problèmes quotidiens des travailleurs sont directement liés à la préparation de la révolution socialiste. L’idée selon laquelle une distinction doit être faite entre la « stratégie à long terme » et la « stratégie à court terme » est un retour au réformisme classique, à la sociale-démocratie d’avant la Première Guerre Mondiale : marxiste en paroles, réformiste dans la pratique. Le MAS utilise par contre une approche de transition qui lie les revendications minimales à des slogans anticapitalistes, avec comme conclusion logique la nécessité d’une société socialiste.

 

Qu’est-ce qu’une révolution et qu’est ce qui n’en est pas une ?

Peter Mertens a répondu dans le quotidien flamand « De Morgen » de façon assez remarquable à la question de savoir si le PTB est oui ou non un « parti révolutionnaire »: « Je lutte contre le gouvernement Verhofstadt, mais ce n’est pas pour ça que je pense à faire exploser sa voiture, hé. » Il a encore ajouté : « Le PTB n’est pas d’extrême gauche : nous sommes contre la violence extrémiste à la CCC ou DHKP-C. » Le PTB affirme qu’un bouleversement fondamental de la société est apparemment semblable au terrorisme individuel. C’est pourtant habituellement la bourgeoisie et ses partisans qui utilisent cette analogie pour discréditer les idées révolutionnaires. Les marxistes, à commencer par Marx, se sont toujours opposés au terrorisme individuel.

Passer à une société socialiste ne peut se faire que sur base d’une force sociale qui bénéficie du soutien de la majorité de la population. A la différence des révolutions bourgeoises dans lesquelles les masses manquant de conscience politique propre sont utilisées dans les intérêts de la bourgeoisie, une révolution socialiste ne peut réussir que si la classe ouvrière reprend consciemment l’organisation et l’administration de la société. Il s’agit là de l’acte politique le plus conscient de l’histoire. Le PTB fait ici un bien joli cadeau à la classe capitaliste en induisant que derrière une transformation révolutionnaire, il y a l’activité d’un petit groupe violent. Ironiquement, le marxisme s’est établi en Russie, sous la direction de Lénine, au cours d’une polémique intense contre les groupes anarchistes qui ont préconisé les fausses méthodes du terrorisme. Les marxistes y opposent la mobilisation, l’organisation et la conscientisation de la masse de la population, la classe ouvrière, dans la lutte pour une autre société, une société socialiste. Il n’y a qu’un mouvement de masse qui soit capable d’en finir avec la machine répressive de l’Etat capitaliste. Cela peut, selon nous, se faire de façon largement pacifique, à condition que la classe ouvrière soit organisée consciemment et qu’elle ne dévie pas de son but. Mais nous défendons naturellement le droit des travailleurs de se défendre contre les attaques de la minorité antidémocratique des capitalistes.

Quelques jours après l’interview accordée par Peter Mertens au « De Morgen », Raoul Hedebouw, le porte-parole du PTB, a poursuivi cette logique dans une interview au magazine « Le Journal du mardi ». A la question « Vous êtes donc devenus réformistes ? », il a répondu « Oui », en précisant toutefois que le PTB est encore le seul parti qui a l’ambition de grandes réformes dans ce pays. On attendrait alors quelques précisions comme la nationalisation du secteur de l’énergie, la suppression de la TVA ou l’instauration d’un service de soins de santé national, mais rien de tout cela n’est venu. Raoul Hedebouw ne va pas plus loin que le maintien de la solidarité interprofessionnelle, la réduction de la TVA sur le gaz et l’électricité de 21% à 6% et la restauration des taux d’imposition de 52,5 et 55% pour les plus gros salaires.

 

Un large parti des travailleurs est nécessaire mais il doit respecter les différences de point de vue

Le PTB essaye de profiter du vide à gauche et veut, selon ses propres dires, « peser sur le débat dans la société ». Depuis la fin de l’année 2002, le PTB a rendu ses conditions d’adhésion moins exigeantes pour contourner ainsi l’obstacle de sa propre idéologie et de son organisation stalinienne. La justification de ces nouvelles normes assouplies était qu’il fallait s’adapter à l’augmentation de la pression au travail et de la flexibilité dans la société. Les membres doivent venir au minimum deux fois par an aux Assemblées Générales et ils doivent payer une cotisation annuelle de seulement 20 euros. Cela a abouti à ce que le PTB comprenne des membres moins actifs et beaucoup moins formés qui ont renforcé une tendance réformiste au sein du PTB. C’est au cours de ces Assemblées Générales qu’a été choisi le slogan électoral central « Les gens d’abord, pas le profit » avec une courte majorité seulement face au slogan « Les gens d’abord, puis le profit ». Au sein du capitalisme, cette dernière idée – placer les gens en premier lieu et les profits en second – n’est pas possible. Le soutien pour ce dernier slogan – plus de 40% – a montré que le PTB diluait de plus en plus sa conception de parti stalinien d’avant-garde se basant sur la couche la plus combative des travailleurs et des jeunes. Cela s’est fait en faveur de l’essai, selon nous précipité, de se transformer en parti large des travailleurs.

Il n’est pas exclu que, à défaut d’un véritable parti des travailleurs, un PTB qui se montre plus « pragmatique » puisse exercer un certain attrait, sur le plan électoral par exemple. Mais parmi une couche de militants, la crainte que le PTB ne continue à utiliser ses méthodes sectaires reste grande. Beaucoup de jeunes et de travailleurs se demanderont si le PTB a vraiment rejeté le stalinisme. Ce ne serait pas la première fois qu’un parti stalinien adopte un virage vers la droite pour, à un autre stade – quand une radicalisation est présente dans la société – aller vers des positions ultra-gauches et aventuristes.

Les statuts du PTB interdisent toujours la formation de tendances ou de fractions au sein de ce parti. Il n’est donc pas possible de discuter de façon organisée et approfondie des désaccords au sein du PTB. Nous pensons que seul un parti des travailleurs qui reflète la large gamme d’opinions de gauche présente au sein du mouvement ouvrier peut être un pôle d’attraction actif pour les couches larges de travailleurs et de jeunes. Les traditions et la structure interne du PTB sont pour cela trop staliniennes. De plus, le danger existe que le PTB soit rapidement prêt à engager la coopération avec les partis traditionnels néolibéraux. Lors des discussions qui ont suivi les élections communales, le PTB a qualifié « d’ânerie idéologique » le refus de la N-VA de participer à une coalition avec lui à Hoboken. Si le PTB effectue une petite percée électorale à l’avenir, la tendance vers le réformisme sera encore renforcée.

Le PTB proclame une ouverture à ce qui se trouve à sa droite, mais reste sectaire de la façon la plus classique vis-à-vis de ce qui se trouve à sa gauche. Il y a presque trois ans, en mai 2005, une rencontre a eu lieu à l’invitation du MAS/LSP entre des délégations du PTB/PVDA et du MAS/LSP. Peter Mertens et Kris Hertogen étaient présents pour le PTB. Nous leur avons proposé à ce moment de faire un cartel ensemble si des élections anticipées se présentaient mais Peter Mertens et Kris Hertogen ont prétendu que le PTB ne pouvait pas se le permettre parce que la désillusion de « Resist » était encore trop fraîche dans les mémoires. Il y a eu aussi, en décembre 2006, une rencontre à l’initiative de quelques syndicalistes anversois entre une délégation du PTB et une autre du Comité pour une Autre Politique (CAP), dans laquelle se trouvait un membre du MAS, en vue de former un cartel PTB-CAP. L’initiative n’a pas abouti parce que le PTB n’était uniquement intéressé que si Jef Sleeckx poussait la liste à Anvers. Étant donné que ce dernier ne voulait pas être candidat, tout s’est arrêté.

Nous ne pensons pas que cela fera beaucoup d’impression, mais nous voulons tout de même faire une contre-proposition au PTB. Nous avons toujours été convaincus que le stalinisme était une variante du réformisme de la social-démocratie. Dans la politique de Front Populaire des partis staliniens nous reconnaissons les coalitions de la social-démocratie avec les partis bourgeois et dans « le socialisme dans un seul pays », nous voyons le « chauvinisme national » de la social-démocratie. Au lieu d’un tournant à droite, nous voulons proposer au PTB un tournant à gauche, vers le socialisme international et vers un front unique. Sur cette base, nous invitons le PTB à lancer avec le MAS un appel pour un parti large de lutte de tous les courants qui veulent s’opposer au néolibéralisme et à y représenter la tendance révolutionnaire avec le MAS. Le premier défi serait en ce sens les élections régionales, européennes et peut-être fédérales de 2009 avec une initiative commune pour une liste anti-néolibérale.

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