Kenya : misère, fraude électorale, et violences

Les élections présidentielles du 27 décembre dernier ont provoqué au Kenya les plus violentes  émeutes que le pays a connu depuis la chute de l’ancien dictateur, Daniel Arap-Moi. On compte à présent plus d’un millier de morts et jusqu’à 300 000 personnes déplacées.

En 2002, l’élection de Mwai Kibki (PNU, Parti de l’Unité Nationale), d’ethnie Kikuyu, marqua la fin de 20 ans de dictature au Kenya. Les espoirs des Kenyans relatifs à une démocratisation du pays, à une hausse du niveau de vie et à une baisse de la corruption se trouvèrent vite déçus. En effet, malgré une croissance de 6% par an, plus de deux tiers de la population vivent avec moins d’un euro par jour face à une inflation de 7 %, et un taux de chômage s’élevant à 30 %. L’élection de 2007 était pour les Kenyans un moyen d’exprimer leur opposition à ce système ne favorisant qu’une élite. Raila Odinga (ODM, Mouvement Démocratique Orange), d’ethnie Luo, paraissait représenter cette alternative (bien que l’ODM ait participé aux gouvernements Arap-Moi et Kibaki, et que Odinga ait encouragé les violences contre les Kikuyu).

Les élections ont connu des fraudes énormes : on relève près de 100 % des voix pour Kibaki (ce qui est impossible) et, de manière étrange, 115 % de votants dans la population ; ce qui fut une des causes des émeutes. Pendant tout son mandat, Kibaki a encouragé les conflits interethniques dans une politique de “diviser pour mieux régner”. Mais les émeutes ne peuvent pas être résumées comme le font les médias à des conflits purement ethniques, d’autant plus que la police et l’armée y ont largement participé. La majorité des Kenyans vit sous le seuil de pauvreté, même ceux qui ont un travail. La situation vécue au quotidien dans les bidonvilles est plus que catastrophique. Les émeutes post électorales étaient en réalité une révolte du peuple contre les politiques de l’élite dirigeante et sa corruption; contre les conditions de vie inhumaines qu’il subit tous les jours.

Contrairement au Nigeria où des fraudes avaient aussi eu lieu en avril 2007, les impérialismes européen et américain ont été forcés d’intervenir au Kenya. À travers un gouvernement intérimaire d'”unité nationale” et des pourparlers entre gouvernement et opposition présidés par l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, l’impérialisme essaie de reprendre le contrôle de la situation, c’est à dire de renforcer la mainmise des firmes occidentales dans le pays, ce qui ne changera rien voire aggravera la précarité des travailleurs kenyans.

À l’heure actuelle, les émeutes se poursuivent et sont de plus en plus violemment réprimées par la police et l’armée ; et il n’est pas dit que ces protestations de masse aient un effet favorable pour les travailleurs sur les négociations en cours. Ce dont ils ont besoin, c’est d’organisations démocratiques et indépendantes, de masse, dont de puissants syndicats, indispensables pour stopper les violences ethniques et les attaques des forces militaires et pour construire un nouveau parti des travailleurs indépendant, avec un programme authentiquement socialiste, pour mener la résistance face aux attaques menées par les capitalistes et leur jeu sur les divisions ethniques, contre l’exploitation et l’oppression.

Article par  Cécile Rimboud

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