L’Asie: Une région cruciale pour l’économie mondiale

S’il y a une chose avec laquelle nous pouvons être en accord avec les économistes bourgeois, c’est que ce siècle sera celui de l’Asie. Tout le continent est devenu une région cruciale pour l’économie mondiale. La croissance en Chine et en Inde (de l’ordre de 10%) est en contraste frappant avec la crise américaine. Ce thème du siècle de l’Asie sera le message central de la cérémonie d’ouverture des JO, un message destiné à tous les chefs d’Etat qui seront présents.

Quand le régime chinois est intervenu au Tibet il n’y a eu que de légères critiques de la part des gouvernements occidentaux. Sarkozy avait dit qu’il allait boycotter les JO, mais il sera tout de même là. Beaucoup ont fait des déclaration de ce genre et seront présents à l’ouverture des Jeux. Cela est dû à la dépendance vis-à-vis de la Chine et à l’idée que la Chine va pouvoir sauver le système notamment avec ses placements aux USA et ailleurs. Mais comme nous l’avons déjà discuté ici, c’est une illusion. En Chine aussi, les entreprises géantes glissent vers la crise.

L’économie américaine reste l’économie dominante dans le monde et les pays capitalistes n’abandonnent pas un territoire sans combattre. Trotsky a écrit dans les années ’20 que la clé de la compréhension de la situation de cette époque était le déclin de l’impérialisme britannique ainsi que la montée de l’impérialisme américain et qu’une guerre pouvait arriver entre les deux. L’impérialisme britannique n’a finalement pu se maintenir que par la montée de l’impérialisme allemand, la deuxième guerre mondiale et la guerre froide. En jouant sur ces terrains, la Grande-Bretagne a pu préserver une partie de son influence.

Aujourd’hui, les institutions internationales comme le FMI, l’OMC ou la BM sont en crise, ce qui est une indication de l’affaiblissement et du déclin de l’impérialisme américain. Lors des dernières discussions de l’OMC, il a été impossible aux pays capitalistes traditionnels d’imposer leur volonté aux économies dites émergentes. Avant, c’était le FMI qui dictait les lois des USA, à la Corée du Sud et aux Philippines par exemple.

Mais la politique néolibérale imposée par ces institutions est devenue très impopulaire, et même les classes dirigeantes ne veulent plus se tourner vers les USA. La Chine a constituer des réserves de monnaie étrangère énormes pour être plus forte face à la crise, tout comme d’autres pays. Après la crise de ‘97, il y a eu un accord pour créer un fond asiatique capable de contrebalancer le FMI en se basant sur les réserves financières de la région et en se tournant vers le Japon. Le gouvernement Clinton a combattu systématiquement ce fond monétaire, y compris en faisant des pressions directes sur le Japon. Aujourd’hui, l’impérialisme américain ne peut plus se permettre d’agir de la sorte et, maintenant, des banques occidentales s’adressent au fond asiatique pour demander de l’argent. Dans la liste des pays les plus puissants établie par l’OCDE, les 4 premiers pays sont les USA, la Chine, l’Inde, le Japon. Trois sont donc asiatiques.

Les experts occidentaux se tournent de plus en plus vers le modèle asiatique. Les gouvernements occidentaux ont dû intervenir, ce qui était jusque ici plutôt typique des Etats asiatiques. Certains louent donc maintenant le modèle chinois, d’autres le « capitalisme autoritaire» asiatique ou parlent même de la Chine comme d’un capitalisme d’Etat. C’est certains que le rôle de l’Etat a été crucial à plusieurs moments pour défendre et fortifier des économies asiatiques (Singapour, Malaisie, Japon, …).

Le processus de déclin de l’impérialisme américain n’en est qu’à ses débuts. L’économie mondiale est fortement affectée par la crise américaine du crédit mais reste dépendante de l’économie US.

L’inflation et l’augmentation des prix des produits de base ont poussé des millions de travailleurs dans la pauvreté la plus totale. Au Cambodge, 100.000 élèves ont perdu le droit à un bol de riz gratuit à l’école à cause de la flambée des prix. Au Vietnam, des grèves se sont développées dans des entreprises essentiellement tournées vers l’exportation sur la question des prix de la nourriture. Habituellement, le Vietnam est considéré comme un canari pour l’économie asiatique, en référence au fait que cet oiseau était utilisé dans les mines pour signaler quand il y avait un problème de gaz. La Corée du Sud est dans une position plus forte qu’il y a dix ans. Mais ces pays sont tout de même forts dépendants à la fois des exportations et du pétrole qu’ils doivent importer, ce qui les rend très vulnérables. En Corée du Sud, il y a eu des manifestations de dizaines de milliers de personnes contre le prix du bœuf importé des USA. En décembre dernier, le premier ministre de Corée du Sud a été élu sur base d’un programme similaire à celui de Sarkozy pour « changer la société ». Dans son projet, il y avait de grandes privatisations et des coupes budgétaires, arrêtées en 7 jours par des mobilisations de masse contre un accord plus général avec les USA. Une conscience anti-américaine s’est développée et c’est une perspective pour toute la région.

L’idée de constituer un bloc asiatique contre le bloc américain et celui d’Europe existe. C’est un processus qui n’est pas linéaire; il y aura aussi des conflits entre les différents pays asiatiques et l’impérialisme américain va tout faire pour empêcher la création d’un tel bloc. Les accords entre l’Inde et le Japon sur le nucléaire sont un pas vers une alliance contre la Chine, qui a fortement réagit. Ce sont les USA qui ont fourni le nucléaire à l’Inde pour contrebalancer le pouvoir de la Chine dans la région. Même s’il va y avoir une pression très forte pour former ce bloc asiatique, une autre va dans l’autre sens. Les protestations les plus importantes contre la torche étaient au Japon et en Corée. Cela a fortement touché les relations diplomatiques entre la Corée et la Chine.

Les économies asiatiques vont être touchées par la crise actuelle, bien plus fortement qu’en 1997. Ce sera un terrain favorable pour le développement des idées socialistes contre le néolibéralisme importé dans ces pays.

Il peut rapidement y avoir des nationalisation de compagnies aériennes,… Cette politique sera-t-elle plus progressiste pour la population ? Ces mesures d’interventions d’Etat ne sont pas automatiquement progressistes. Mais néanmoins, si il y a des pressions assez fortes des masses, si la lutte des classes augmente, les mesures keynésiennes peuvent être un point d’appui pour les luttes et le point de départ d’une plus grande radicalisation. Nous avons toujours entendu les capitalistes et leurs défenseurs dire que le néolibéralisme était stable et pas trop flexible, mais nous verrons l’inverse à l’avenir. Même si il y a eu tout une vague d’attaques néolibérales en Asie, il y a encore une plus grande tradition d’intervention de l’Etat.

En 1997, par exemple, toutes les banques coréennes avaient été nationalisées, ce qui commence à arriver aujourd’hui aux USA pour les banques au bord de la faillite. Mais dans le cas des banques de Corée du Sud, il y a eu 1/3 des employés (100.000) licenciés au cours de ces nationalisation sous l’argument qu’il fallait que les travailleurs se sacrifient pour sauver l’économie. Les employés de banque se sont mis en grève et ont malgré tout réussi à freiner un peu l’ampleur des attaques, mais pas à les arrêter. Par la suite, les banques ont été reprivatisées une fois rétablies grâce aux capitaux d’Etat.

Le même processus a pris place en Malaisie en 1998 ou encore au Japon dans les années ’90, quand les banques ont été nationalisées pour faire face à une dépression prolongée. Mais au Japon, la dette publique était alors nulle, alors qu’aujourd’hui elle égale à 130% du PIB et est supérieure à le dette publique italienne en conséquence des interventions de l’Etat.

On appelait ça des « économie zombies » ou de substitution car les entreprises ne pouvaient pas survivre sans interventions de l’Etat. Les USA n’ont pas critiqué cela à l’époque, malgré le fait que cela allait directement à l’encontre de l’idéologie néolibérale. L’économie américaine ne pouvait pas se passer du marché japonais et ne pouvait pas non plus supporter les conséquences d’un effondrement de l’économie japonaise.

Ce programme keynésien, le plus vaste de toute l’histoire, a été accompagné d’un paquet d’attaques contre les acquis des travailleurs japonais gagnés après la seconde guerre mondiale. Le modèle social d’après guerre, c’était un peu l’idée d’un emploi à vie, mais cela a été complètement détruit. Un tiers des salariés travaillent maintenant à mis temps ce qui n’était le cas que pour 20% des travailleurs dans les années ‘90. Les salaires de ces dernières 6 années n’ont pas du tout été augmentés malgré la forte croissance et les échanges commerciaux avec la Chine.

Nous nous dirigeons vers la crise économique la plus profonde depuis 60 ans et les économies asiatiques vont être tirées dans cette crise, il n’y a pas de découplage. Le modèle capitaliste asiatique est différent du modèle occidental, et les interventions des Etats seront plus importantes. Mais il ne faut pas y voir une porte de sortie, ce n’est aucunement une solution. Ces mesures keynésiennes peuvent reporter un peu la crise, mais pas l’empêcher. De plus, si la crise arrive plus tard, ce sera plus intensément. Et quand on regarde la cas du Japon, une dette zéro leur permettait d’intervenir massivement dans les années ’90, mais aujourd’hui ?

 

Le cas de la Chine

Cette année a été un véritable défi pour l’Etat chinois. C’était aussi un test assez sérieux pour les forces se réclamant du marxisme.

Les révoltes au Tibet ont été fort importantes pour toute la Chine. Le Tibet est une région très pauvre et est restée en marge du développement économique. En Chine, on commence à, aller à l’école à l’âge de 13 ans, mais un cinquième des enfants tibétains seulement peut se le permettre. Il n’y a plus de secteur de santé développé, ni de logement sociaux. Tout a été privatisé et on doit payer en moyenne 200 euros annuellement pour envoyer un enfant à l’école tandis que seuls 18% des soins de santé sont supportés par l’Etat, les 82% restants sont aux mains du privé. Les soins de santé chinois sont donc plus privatisés qu’aux USA… Si Michael Moore tourne un jour « Sicko 2 », il devrait allez le faire en Chine !

Il y a en Chine 80 millions de travailleurs migrants. On parle d’un système d’apartheid entre les gens issus des villes ou des campagnes. Les gens cherchent à faire oublier leur origine rurale, des millions de chinois ont ainsi un faux passeport, les autres ont un statut social que l’on peut comparer à celui des sans-papiers en Europe. Il leur est impossible d’utiliser les hôpitaux, les écoles, etc. A Pékin, 5 millions de travailleurs migrants ont été virés de la capitale à cause des Jeux, pour donner une bonne image de la ville. Les travailleurs migrants sont aussi contrôlés par la haute technologie, avec des puces électroniques. Trostky a parlé de développement inégal et combiné pour la Russie, c’est vrai encore aujourd’hui pour la Chine, des régions extrêmement arriérées peuvent côtoyer des régions très modernes.

Au Tibet, dans les années ’60, il y avait des coopératives agricoles qui limitaient la pauvreté. Aujourd’hui, il y a une régression de la production agricole car ces terres collectives ont été réparties en petites parcelles et que les petits paysans n’ont pas les moyens d’avoir un tracteur ou d’autres outils de production. C’est pourquoi beaucoup de paysans quittent les villages et deviennent donc des migrants pour aller travailler dans des usines parfois 110 heures par semaine et 17 heures par jour. Ces travailleurs migrants ont droit à un plus petit salaire que celui des citadins et ont une carte électronique avec toutes des informations sur eux : d’où ils viennent, de quelle famille, quels problèmes sont survenus avec les précédents employeurs,… Ce nouvel esclavagisme fait partie du développement inégal et combiné d’aujourd’hui.

L’an dernier, nous avions projeté un film horrible d’enfants esclaves libérés uniquement par la mobilisation des parents par Internet qui a obligé la télévision à faire un reportage, ce qui a forcé les autorités à les libérer et à faire quelque chose. Une nouvelle loi sur le travail a été introduite, mais elle est restée toute théorique. Aucun organisme de surveillance n’existe et il n’y a toujours pas de droit de s’organiser collectivement pour faire respecter la loi.

En juin de cette année, il y a encore eu un scandale d’enfants esclaves dans la région la plus riche de Chine. Les travailleurs exploités, dont le plus jeune avait 9 ans, travaillaient 12 heures par jour, avaient un repas chaud une fois tous les deux jours, étaient battus, les gamines étaient violées, le salaire était payé au marchand d’esclave,… Ces enfants étaient issus du Sichuan, où le tremblement de terre a eu lieu. Mais aujourd’hui, à la différence de l’an dernier, tout est caché par « l’enthousiasme » autour des JO. Le gouvernement chinois n’a aucun contrôle sur les gouvernements locaux, et encore moins sur les entreprises privées qui emploient des esclaves. Le PCC est aussi impliqué : avec le scandale de l’an dernier, un peu moins d’une centaine de bureaucrates du Parti ont été exclus, mais aucun n’a été poursuivi en justice.

Certains enfants libérés l’an dernier ont disparu depuis lors, et on pense qu’ils sont retournés dans des usines qui utilisent des esclaves. Le gouvernement central aimerait bien empêcher ce travail d’esclave, mais il ne le peut pas. Cela pose la question de ce que le gouvernement contrôle encore. La société chinoise représente un cinquième de la population mondiale et est très complexe, avec des pouvoirs locaux qui se moquent du pouvoir central, notamment en termes de normes de protection de l’environnement. Au vu des dégâts causé à l’environnement, c’est une situation catastrophique, le plus qu’elle peut l’être à l’exception d’une guerre. Les mesures sont essentiellement cosmétiques, sans politique soutenue, comme l’a montré la décision d’enlever la moitié des voitures de Pékin le temps des J.O.

Le Fleuve Jaune, qui donne de l’eau à 150 millions de chinois, a 10% de sa composition faite des égouts des villes. Tous les 10 jours, il y a un grave accident au niveau de l’eau, comme une usine qui explose et déverse ses produits dans un cours d’eau. Cette année, cela a encore été pire avec les inondations qu’il y a eu un peu partout. Le ministre de l’environnement a constaté qu 75% des systèmes de purge de l’eau ne fonctionnent plus. Le plan d’intervention à ce niveau ressemble plus à une liste de Noël qu’à un plan. Ce sont de souhaits. Il y a aussi beaucoup de systèmes de purge de l’eau qui ont été installés dans les usines, mais les usines ne les utilisent pas. Le maintien de ces système coûte trop cher et les entreprises préfèrent payer une éventuelle amende.

Les JO ont été accordés à la Chine pour bon comportement. Ce n’est pas un hasard si ce n’est pas Chavez ou Morales qui ont reçu l’organisation des JO. Les politiques néolibérales gagnent du terrain en Chine. 40% de la population rurale a vu ses revenus baisser, ce qui correspond plus ou moins à 400 millions de personnes. Les capitalistes sont persuadés que les JO vont les aider pour appliquer les règles de l’OMC en Chine. Ces normes, décidées en 2001, sont un secret d’Etat en Chine. Si un journaliste chinois explique ce qu’il y a dans l’accord, il va directement en prison.

Du milieu des années ’90 à 2001, le nombre d’employés des services publics est passé de 130 millions à 30 millions. 70% des travailleurs sont employés dans des entreprises privées, même s’il est difficile de voir ce qui est privé et ce qui ne l’est pas. Même avec un diplôme élevé, on peut rester sans emploi pendant des années. Entre 1996 et 2004, le nombre d’entreprises publiques à chuté de 2,1 millions à 294.000, soit 10% de ce que c’était. Des grandes entreprises publiques sont cotées en Bourse, même si c’est l’Etat qui contrôle encore une bonne partie. Le secteur d’Etat a connu une véritable implosion à la fin des années ’90 et au début des années 2000. Dans ce contexte, les luttes se développent rapidement, mais la conscience des masses chinoises est encore fort basse.

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