L’Islande victime de l’économie de casino

En dépit de sa position géographique, l’Islande n’est pas une île économiquement isolée. Ses banquiers et politiciens ont gratté tout ce qu’ils pouvaient de la mondialisation capitaliste, conduisant ainsi le pays à la faillite. La devise islandaise, la couronne, n’est plus échangée par les banques étrangères. Les pensionnés ont perdu des milliards et le gouvernement est en conflit avec Gordon Brown au sujet des comptes qui avaient reçu l’épargne de britanniques.

Les banques d’Islande ont seulement été privatisées au début des années 2000, mais elles se sont rapidement adaptées à l’économie-casino globale. Elles ont acheté des parts dans des compagnies scandinaves et britanniques, financées par des prêts. Une bulle de crédit a été crée qui, apparemment, garantissait une richesse toujours croissante. L’année dernière, leurs capitaux combinés représentaient dix fois le PIB islandais.

Au cours des dernières semaines, les trois plus grandes banques du pays ont été nationalisées – Glitnir en premier, ensuite Landsbanki et enfin la plus grande, Kaupthing. Jusqu’au mercredi 8 octobre, cependant, l’économiste en chef de Kauphting, Asgeir Jonsson, affirmait que cette banque resterait dans des mains privées. En ce moment, la banque centrale suédoise a déjà dans la pratique repris Kaupthing en Suède avec un emprunt de 500 millions d’euros.

La nationalisation des banques rend les actions bancaires sans valeur. Dix pour cent de la population islandaise – 30.000 sur 300.000 – possédaient des actions bancaires. La plupart des fonds de pension ont été également fortement impliqués, de même que plus de 100 conseils municipaux de Grande-Bretagne, avec des « investissements » de plus de 720 millions de livres sterling dans des banques d’Islande. Le premier ministre de Grande-Bretagne Gordon Brown a accusé l’Islande d’action «illégale», et a employé une loi anti-terroriste pour mettre la main sur les capitaux britanniques de Landsbanki.

Le premier ministre islandais, Geir Haarde, a averti de la menace d’une «faillite nationale» dans son intervention télévisée du lundi 6 octobre. Il a fini le discours, retardé de cinq heures en raison de discussions clandestines entre les banquiers et les politiciens, en disant: «Dieu bénisse l’Islande». Cette phrase est devenue ensuite un slogan utilisé lors d’une manifestation qui a critiqué la manière dont est intervenu le gouvernement et a rassemblé environ mille participants.

La colère des Islandais est dirigée contre les banquiers et le gouvernement, qui ont agi de pair. Les voitures de luxe sont devenues familières dans les rues de Reykjavik, et les banquiers pouvaient apprécier leur champagne dans une chambre forte de banque spécialement conçue. Nombreux sont ceux parmi les nouveaux riches qui ont employé du personnel domestique issu d’Europe de l’Est.

Marché boursier suspendu – devise en chute libre

Beaucoup de commentateurs disent maintenant que cette crise extrême a été causée par «20-30 personnes» seulement. C’est en soi un verdict sans appel sur la nature antidémocratique des économies capitalistes, mais cela dit beaucoup également sur les dirigeants des syndicats et des autres qui n’ont pas lutté contre cette tendance. Le capitalisme a semblé être la réponse pour tout. Cette idée a maintenant disparu.

Le gouvernement a complètement échoué à stabiliser la couronne, à 131 pour un euro. Il y a une année, c’était 85 couronnes qui s’échangeaient contre 1 euro, c’est tombé jusqu’à 160. Le 9 octobre, un effondrement complet est survenu, la couronne se commerçant à 340/l’euro avant que le marché ne soit entièrement stoppé. «Aucune banque ne veut commercer en couronne islandaise», a dit Elisabeth Gruie, experte en matière de devise chez BNP Paribas.

C’est une catastrophe pour le peuple islandais. 30.000 personnes ont contracté des prêts pour leur voiture ou leur logement dans d’autres devises. Il y a également des milliers de travailleurs polonais dans l’industrie de la pêche ou dans le secteur des services dont l’épargne ne vaut maintenant plus rien.

En plus de cela, l’inflation approche des 20-25 %, et les taux d’intérêt sont les plus hauts en Europe, au-dessus de 10 %. Les ventes de voitures ou encore de maisons se sont effondrées. Certains ont vidé leurs comptes bancaires, d’autres ont commencé à stocker de la nourriture. Les plus affectés sont les pensionnés, mais le gouvernement propose pourtant des coupes dans le budget des pensions.

Les capitalistes jouent avec différentes «solutions» – un grand prêt octroyé par la Russie, des négociations avec le Fonds monétaire international ou encore rejoindre l’euro. Même les politiciens les plus farouchement défenseurs de l’indépendance, y compris le premier ministre Haarde, envisagent de rejoindre l’Union européenne. Cependant, rejoindre l’euro ou coupler la couronne à l’euro serait probablement impossible puisque l’Islande a des fonds de réserve très limités.

Quelques soient les résultats de ces discussions, ils seront suivis de graves attaques contre les conditions de vie des travailleurs, particulièrement dans le secteur public. Le FMI, l’Union Européenne, ou la Russie proposeront des exigences très fortes pour comprimer le budget.

L’économie de casino a eu des effets dévastateurs sur l’Islande. Ce qui est nécessaire maintenant, c’est un mouvement de masse contre les capitalistes (locaux et autres) et les politiciens relié aux luttes des autres pays pour aboutir à une solution internationale à la crise. Tous les livres de comptes doivent être ouverts; l’économie islandaise dans son entièreté devrait être planifiée et sous le contrôle de comités de travailleurs, ce qui serait une étape vers une véritable solution : le socialisme démocratique.

 

Article par PER-AKE WESTERLUND

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