Allemagne : DIE LINKE en troisième position dans les sondages

Il y a plus d’un an, l’ancien WASG (Alternative électorale pour le travail et la justice sociale) et la formation Linke/PDS (Parti du socialisme démocratique) ont fusionné pour devenir DIE LINKE. Aujourd’hui, cette formation est créditée de la troisième place dans les sondages d’opinions. Leurs revendications principales telles que l’introduction d’un salaire minimum, le retrait de toutes les troupes d’Afghanistan ainsi que l’annulation de toutes les attaques contre les chômeurs sont très populaires. Depuis la fusion, DIE LINKE a gagné une fraction parlementaire lors de toutes les élections dans les länder, excepté en Bavière.

L’existence de DIE LINKE en tant que parti national opposé aux coupes budgétaires et aux privatisations a accru le malaise à l’intérieur du SPD (le parti social-démocrate) et a rendu une coalition stable des deux partis nationaux moins aisée pour le futur. DIE LINKE a en outre joué un rôle important en s’assurant que les néo-nazis ne profitent pas du mécontentement en s’assurant un vote grâce à leur démagogie sociale.

L’exemple de l’Autriche, où les partis racistes d’extrême-droite ont obtenu un tiers des voix, montre la différence qu’il peut y avoir lorsqu’il existe un parti puissant qui critique les attaques, et la politique pro-capitaliste des partis de «gauche».

Malgré cela, DIE LINKE n’a pas utilisé à fond son véritable potentiel en supportant les luttes et en recrutant de nouveaux membres. Des millions de gens ont des espoirs envers la gauche. Mais bien que ces espoirs puissent conduire à des déceptions, cela dépendra de la manière dont le parti se développe. Est-ce que cela sera comme actuellement à Berlin, où DIE LINKE participe au gouvernement et subit la pression du capitalisme? Ou alors en se développant en une force de lutte où les gens entrent pour se battre pour leurs intérêts?

 

Première année de DIE LINKE

Il y a un an, les membres du SAV (CIO-Allemagne) ont proposé des conditions minimales pour un vote de soutien à la fusion des deux partis en comprenant le rejet de toute participation à un gouvernement qui mènerait une politique de casse sociale. Il ne s’est pas trouvé de majorité pour cette motion, les membres du SAV ont donc voté contre la fusion.

Les membres du SAV Ouest-Allemands ont rejoint DIE LINKE parce que ce parti est vu là-bas comme mouvement d’opposition et de résistance. La campagne des membres du SAV à l’intérieur de DIE LINKE était axée sur l’organisation de la résistance contre les attaques des grandes entreprises ainsi que du gouvernement tout en défendant une transformation fondamentale des relations de pouvoirs – c’est-à-dire une démocratie socialiste.

Contrairement à cela, dans la partie est de l’Allemagne et à Berlin, DIE LINKE participe aux gouvernements à des échelons locaux et au niveau des Länder en participant à des politiques de casse sociale. Les membres de la coalition «rouge-rouge» au sénat à Berlin, le SPD et DIE LINKE, ont mené des attaques contres les travailleurs de la ville, notamment des réductions salariales, et contre les chômeurs. En mai dernier, 8.000 écoliers ont entrepris des actions de grève contre la politique éducative du sénat. Au moment où les fonctionnaires de Berlin combattaient pour une augmentation salariale, le sénat s’est opposé à eux. La politique «rouge-rouge» du sénat était une des raisons pour laquelle les membres du SAV ont soutenu la candidature indépendante du WASG lors des élections régionales de Berlin en 2006. Représenté par Lucy Redler – qui a combattu la politique antisociale du sénat de Berlin – le WASG et les membres du SAV ont gagné 52.000 votes et sont ainsi représentés dans 7 des 12 conseils de district.

Pour les raisons décrites ci-dessus, les travailleurs et la jeunesse d’Allemagne de l’Est et de Berlin ne voient pas encore DIE LINKE comme un instrument de lutte contre la casse sociale et ne sont donc pas attirés par ce parti. C’est pourquoi les membres du SAV dans ces zones n’ont pas rejoint DIE LINKE au moment de la fusion. À Berlin, le SAV a participé à la formation de l’organisation qui a succédé au WASG, le BASG, le parti d’opposition le plus résolu contre la politique «rouge-rouge» du sénat.

Le SAV rejoint DIE LINKE en Allemagne de l’Est et à Berlin

Cependant, en septembre, les membres du SAV d’Allemagne de l’Est et de Berlin sont aussi entrés dans DIE LINKE. Les membres du SAV espèrent ainsi renforcer les forces dans le parti qui mettent en avant un programme socialiste avec une approche revendicative et s’opposant à toute participation gouvernementale avec le néolibéral SPD. En faisant cela, le SAV n’enterre pas ses critiques antérieures contre l’alliance PSD/DIE LINKE à Berlin et en Allemagne de l’Est. Au contraire, le SAV justifie son entrée dans DIE LINKE parce qu’il est plus facile de combattre avec d’autres pour un parti fondamentalement différend à l’intérieur du parti plutôt que de l’extérieur.

De plus, même dans ces régions, DIE LINKE est de plus en plus vu comme un parti d’opposition au niveau national. À Berlin, DIE LINKE augmente ses intentions de vote dans les sondages d’opinions pour les prochaines élections régionales, en passant de 13 à 20%. Ce qui aggrave la chute du soutien au SPD. Ces gains ont été obtenus en dépit de la politique de DIE LINKE au sénat de Berlin. Cela est fortement dû au fait que ce parti est vu comme un parti national qui s’oppose au gouvernement fédéral.

Dans sa déclaration à propos de son entrée dans DIE LINKE, le SAV a écrit:

«Le parti national et Oskar Lafontaine se sont mis des bâtons dans les roues, à l’Est et à Berlin. C’est pourquoi le projet BASG ne peut pas se développer. Nous nous attendons à un développement de l’importance de DIE LINKE dans la perspective des élections générales et avec le développement de la crise économique en Allemagne de l’Est et à Berlin. Ces dernières années ont connu une augmentation des grèves et des protestations à l’Est et à l’Ouest de l’Allemagne. Dans le cadre du contraste entre l’accumulation des richesses d’une part et les attaques sociales de l’autre, des confrontations de classe sont attendues. La question politique sera posée avec beaucoup de précision comme partie intégrante du conflit. De plus en plus de travailleurs et de sans-emplois chercheront des réponses et verront à travers DIE LINKE la réponses.»

Le SAV défend la construction d’une opposition marxiste à l’intérieur de DIE LINKE et combat pour ces revendications:

 

  • Non à toutes les formes d’attaques sociales et aux privatisations.
  • Non à la participation dans un gouvernement avec des partis qui mènent une politique d’assainissement social. Pour ce qui est des coalitions, chaque mesure devrait être étudiée au cas par cas selon l’intérêt des masses laborieuses.
  • DIE LINKE devrait quitter la coalition «rouge-rouge» au sénat de Berlin.
  • Une participation active aux luttes et aux mouvements sociaux ainsi que sur les lieux de travail. Pour une mobilisation de masse et une résistance pour stopper les attaques de la classe dirigeante.
  • Contre la guerre et l’impérialiste: stop à toutes les interventions étrangères de l’armée allemande – y compris les opérations sous mandat de l’ONU.
  • Le combat pour ces revendications doit être combiné au combat pour une démocratie socialiste. Nous ne voulons plus de la dictature des banques et des grandes entreprises ni de celle d’une caste bureaucratique isolée et privilégiée comme ce fut le cas en RDA (l’ancien Etat Stalinien d’Allemagne de l’Est).
  • Pour la démocratie interne dans le parti: le droit d’élire et de rejeter tous les fonctionnaires.
  • Pour un salaire de travailleur pour toutes les fonctions officielles ou de représentations.

Le SAV appelle tous les mouvements sociaux et tous les militants syndicaux aussi bien que les anciens membres du WASG à rejoindre DIE LINKE et à rejoindre le combat pour un parti socialiste.

Les premières réactions

Les premières réactions relatives à la décision du SAV d’entrer dans DIE LINKE ont été pour la plupart positives. Il y a eu un grand intérêt pour la déclaration du SAV et pour l’une des membres du SAV, Lucy Redler, qui est connue. La presse a relayé la décision du SAV et le nombre de personnes qui ont consulté le site du SAV est passé en un jour de 35.000 à 55.000. Plus de cent personnes sont venues assister à un meeting spécifiquement consacré à l’entrée du SAV dans DIE LINKE. Le SAV a reçu des douzaines de mails de bienvenue. Lucy Redler a été interrogée par plusieurs journaux Berlinois, certains journaux nationaux ont aussi mentionné le ralliement de Lucy Redler à DIE LINKE. Dans une interview pour le journal TAZ, Lucy – qui expliquait la décision du SAV – a été interrogée sur la crise économique:

TAZ: un des points programmatique du SAV est la revendication de la nationalisation du secteur bancaire. Vous ne voudriez pas être aux USA, où plusieurs banques sont nationalisées ?
Lucy Redler: Je suis pour la nationalisation des banques, mais pas de la manière dont cela s’effectue aux USA. Ces nationalisations sont en fait une socialisation des pertes. Les idéologues en chef prétendent que les dogmes néolibéraux qu’ils ont prêchés durant ces 20 dernières années avec force et un fanatisme évangélique n’ont jamais existé.

TAZ:
Est-ce une étape vers la fin du capitalisme financier?
Lucy Redler: Non, c’est juste une tentative de sauver les banques en faillite. Cela s’est déjà produit plusieurs fois dans l’histoire du capitalisme. Ces nationalisations ne sont pas dans l’intérêt des travailleurs et des petits investisseurs. Comme Marx le disait, l’Etat tentera de sauvegarder le profit des banques et des grandes entreprises en période de crise. Ce qui est fascinant, c’est que les travailleurs qui perdront leurs emplois dans la crise à venir demanderont: «si l’Etat peut intervenir pour sauver les banques, pourquoi ne peut-il le faire pour nationaliser mon entreprise ou pour sauver mon job?» Marx savait que le capitalisme ne s’achèverait pas de lui-même. Avec la crise économique, les gens vont commencer à se poser des questions sur le fonctionnement du système lui-même. C’est pourquoi DIE LINKE a besoin d’un programme anticrise qui revendique la nationalisation de toutes les banques et de tous les secteurs clés de l’économie, sous le contrôle démocratique des travailleurs en combinaison avec une réduction du temps de travail et des augmentations salariales. C’est la seule manière de se prémunir contre l’augmentation des prix. In fine, seule une société socialiste peut mettre fin à toutes ces crises.

 

 

 Article par HOLGER DROGE

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