Chine : l’économie perd de la vapeur, les travailleurs perdent leurs emplois et leur salaire

C’est avec la force d’un super-typhon que la crise capitaliste mondiale a frappé Guangdong, véritable centre exportateur de la Chine méridionale. C’est «le pire environnement économique de notre vie», s’est exclamé l’économiste-en-chef de la Chambre de Commerce de Hong Kong. Tel un jeu de domino, une vague de fermetures d’usines se propage à toutes les industries telles que les fabriques de jouets, de chaussures, de textiles et d’ingénierie légère à Dongguan, à Shenzhen, et dans les autres villes fortement industrielles du delta du Fleuve des Perles. La Fédération des Industries de Hong Kong s’attend à 2,5 millions de licenciements au cours des trois prochains mois – soit 27.000 par jour! Selon la même source, 20.000 PME de Hong Kong pourraient fermer d’ici le nouvel an lunaire (fin janvier 2009).

 

“Dépression”

Cela fait des années que le monde entier s’émerveille des chiffres de croissance spectaculaires de la Chine ; mais il faut s’attendre maintenant à un autre type de record! Les dirigeants de la cité de Dongguan parlent d’une «dépression» dans cette ville de sept millions d’habitants, dont la plupart sont des ouvriers issus de la campagne qui travaillant dans des conditions épouvantables (les fameux «travailleurs immigrés»). Wang Zhiguang, vice-président de l’Association de l’Industrie du Jouet de Dongguan, a déclaré au Gangzhou Daily que «sur 3.800 usines à jouets situées à Dongguan, pas plus de 2.000 d’entre elles vont survivre aux prochaines années».

Avec les prix de l’énergie et des matières premières qui montent en flèche, la hausse de la monnaie chinoise et le rétrécissement des marchés d’exportations, les marges bénéficiaires, déjà très ténues, ont été fortement compressées. «Après que les Etats-Unis et l’Union Européenne aient modifié leurs seuils de marché pour les jouets chinois, et à cause des jouets qu’on a dû retirer en 2007, nos frais de tests ont grimpé de 25%» a dit un porte-parole de l’industrie du jouet.

Plusieurs usines à capitaux hongkongais ont fait faillite dernièrement, dont trois appartenant au Smart Union Group, le plus grand fabriquant de jouets du monde, qui fait entre autres des jouets pour Mattel et Hasbro. «C’est effrayant», confiait à l’agence Reuters Zeng Yangwen, 26 ans, un ingénieur qui travaille depuis trois ans pour Smart Union. «Auparavant, c’était les petites boîtes qui faisaient faillite. C’est la première fois qu’une entreprise de cette taille est touchée».

 

Chaque jour des mouvements de protestation

Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi et bon nombre d’entre eux sont descendus dans les rues pour réclamer leurs salaires impayés. Leurs anciens patrons ont, pour la plupart, mis à l’abri les actifs de valeur, puis disparu. Dans beaucoup de villes de la région, les manifestations en rue et les rassemblements devant les bureaux gouvernementaux locaux se déroulent sur base quotidienne. Il y a eu au moins un cas d’occupation d’usine, à Shenzen, à l’usine Xixian – qui dépend de Peace Mark, un fabriquant de montres de luxe basé à Hong Kong – où plus de 600 travailleurs ont organisé un sit-in de deux jours pour réclamer leurs salaires. D’autres évènements du même type vont certainement se dérouler lors des semaines et mois qui viennent.

Les régions exportatrices telles que le delta du Fleuve des Perles sont les premières à être touchées par la crise, au vu du flétrissement de leurs marchés d’exportation sous l’impact de la récession mondiale, combiné à la hausse des coûts des fournisseurs et à la restriction de l’accès au crédit bancaire. Cela n’est pour le moment que la première phase de ce qui doit clairement être compris comme un ralentissement substantiel de la croissance industrielle chinoise, exacerbé par l’éclatement simultané de gigantesques bulles financières sur les marchés boursiers chinois et dans le secteur foncier. En plus de cela, il y a bien entendu la crise capitaliste mondiale, qui écrase les marchés d’exportation et porte la menace de nouveaux aléas financiers. Cette semaine, les bourses asiatiques ont coulé à leur point le plus bas depuis quatre ans, suite à la peur que les difficultés croissantes en Chine et sur les autres «marchés émergeants» prolonge la récession mondiale. L’économie chinoise qui bat de l’aile est passée, aux yeux des capitalistes mondiaux, de l’état de possible lueur d’espoir, à celui de nouvelle source de tracas sans nom.

Tous les facteurs cités ci-dessus signifient que le déclin industriel actuel pourrait être bien plus sérieux que ce que veulent bien reconnaître publiquement les dirigeants chinois et la plupart des analystes. Le régime de Pékin continue à vouloir rassurer le public sur la «solidité des bases» de leur économie. Mais ces déclarations sont en partie calibrées de manière à éviter d’effrayer davantage les investisseurs (spéculateurs) capitalistes – lesquels sont plus enclins à céder à la panique causée par le ralentissement mondial qu’à être rassérénés par les récentes mesures mises en place par le régime chinois et sa banque centrale afin de soutenir le marché.

«Jusqu’ici, le ralentissement de l’économie chinoise, est d’une gravité inattendue», selon Li Wei, de la Standard Chartered Bank, interviewé par China Daily. Tous les principaux indicateurs économiques pointent maintenant vers le bas. La croissance du PIB chinois n’était plus que de 9% pour le troisième trimestre, le taux de croissance le plus bas depuis la crise du SRAS de 2003, et le cinquième trimestre consécutif de baisse de la croissance. Toutes les prédictions pour 2008 et 2009 ont du être revues à la baisse, et plusieurs économistes prophétisent pour 2009 le plongeon sous le seuil fatidique des 8%. La dernière prédiction de Morgan Stanley pour 2009 était de 8,2%, tandis que CICC parle de 7,3%. Li Wei, de Standard Chartered, prévoit une croissance de 7,9% seulement en 2009, et de seulement 7% en 2010. Dans le contexte chinois, on considère qu’une croissance sous les 8% équivaut à une récession, ce qui signifie un taux de chômage débridé et un niveau de vie en berne pour de larges couches de la population.

 

Baisse des investissements

Les investissements aussi, un des moteurs de la croissance du PIB depuis le début du siècle, ont connu un ralentissement brutal. Selon l’Académie chinoise des Sciences Sociales, les investissements réels (après compensation pour la hausse des prix au producteur) pourraient ne croître que de 15% cette année, contre 20% en 2007. Ceci pose de gros problèmes au gouvernement central : même sa politique de relaxe monétaire (les taux d’intérêts ont été revus par deux fois à la baisse lors du mois dernier) et son assouplissement de l’accès au crédit bancaire ne pourront sans doute pas avoir l’effet désiré, si les entreprises deviennent réticentes à investir à cause d’un marché morose et des énormes niveaux de capacité excédentaire. Des secteurs tels que la sidérurgie, le charbon et l’énergie se sont accrus bien au-delà des limites de l’économie chinoise au cours de l’expansion frénétique, sur sept à huit ans, de la bulle d’investissement. Ces secteurs sont dépendants de la gargantuesque machine à exporter nationale afin d’absorber leur offre. Pour la première fois depuis des années, les aciéries et les entreprises du charbon ont annoncé des coupes dans leur capacité de production afin de freiner la chute en vrille des prix issue de la baisse de la demande et de l’excédent de l’offre. En effet, depuis l’été, les prix du charbon ont baissé de 14%, ceux de l’acier de 20%. Il est évident que le ralentissement de l’économie n’est pas confiné aux régions et aux industries exportatrices, bien que ce soit elles qui soient frappées en premier et le plus durement.

Tandis que la croissance globale du PIB chinois semble toujours impressionnante, selon les standards mondiaux, le caractère complexe et fragmenté de son économie signifie que celle-ci peut subir différents processus contradictoires au même moment. A cause de la mondialisation, Guangdong et d’autres provinces côtières qui échangent plus avec les USA et l’Europe qu’avec le reste de la Chine, montrent à ce stade des signes de récession bien plus évidents que la plupart des économies occidentales. Il y a eu des vagues de suicides parmi les capitalistes de la province. En tout, près de vingt millions de travailleurs ont perdu leur emploi en 2008, à cause des faillites. Mais comme l’économie chinoise dans son ensemble continue à s’accroître, beaucoup de ces travailleurs (dont la plupart sont des «immigrés», c’est-à-dire issus des campagnes) pourront être absorbés ailleurs. Toutefois, à un certain point de la spirale négative, cette aptitude à éponger le chômage nouvellement créé va forcément saturer, et le chômage déclaré va grimper en flèche, et avec lui la menace de graves troubles sociaux.

 

Mesures gouvernementales

Les marchés fonciers – qui avaient atteint des niveaux fantastiques lors de la vague spéculative des dernières années – se sont effondrés d’un coup, jusqu’à 40% dans certaines villes comme Shenzhen. Les régions côtières qui souffrent le plus de la crise et du crash foncier sont aussi la cible principale du plan de «rééquilibrage» de l’économie en direction de la consommation domestique, une chose discutée depuis longtemps mais dont la concrétisation tarde toujours… Le PIB par habitant dans les plus riches des provinces côtières est à peu près équivalent à deux fois celui des provinces du nord-est, trois fois celui des provinces centrales, et cinq à six fois celui des provinces de l’ouest, les plus pauvres. C’est une bien plus grande consommation – équivalant au double de la consommation actuelle – qui serait requise pour briser la dépendance quasi-totale de l’économie vis-à-vis de l’exportation et pour éviter un grave déclin. Si cette hausse de la consommation ne provient pas des provinces les plus riches, d’où alors ? Mais les coups combinés de la chute des valeurs foncières, des fermetures d’usines, de la récession, et du départ des immigrés pour d’autres destinations, ne vont qu’affaiblir la consommation dans ces régions, plutôt que la renforcer.

Pour la première fois de l’histoire chinoise moderne, depuis les réformes pro-capitalistes et le processus d’ouverture entamé il y a trente ans, les provinces côtières pourraient aller vers une période de moindre croissance et de plus grande dislocation que leurs cousines de l’intérieur des terres. Déjà, les entreprises côtières se préparent pour l’assaut des marchés des autres provinces. La scène est maintenant prête pour un terrible accroissement des rivalités et des disputes économiques entre les différentes provinces. Pékin pourrait se retrouver dans le rôle d’arbitre pour combat de coqs!

Le gouvernement central a répondu à la baisse de la croissance actuelle avec une série de mesures qui incluent encore plus d’investissement dans l’infrastructure, la restauration des taxes pour les industries fortement consommatrices de main d’œuvre (celles-ci avaient été supprimées il y a deux ans pour adoucir les effets du protectionnisme américain), et des lois spéciales afin de faciliter les termes d’emprunt pour les PME’s. Le taux d’appréciation de la devise va certainement ralentir, si pas s’inverser, et les protestations à ce sujet en provenance des USA pourraient être momentanément atténuées par des promesses de poursuivre les incroyables achats de Bons du Trésor américain.

D’autres mesures ont été implantées afin de remettre à flot les marchés boursiers, de sorte à empêcher le principal index CSI 300 de tomber sous la barre psychologique des 2.000 points. Le marché a plongé de 70% cette année, mais les dernières mesures – qui consistaient à employer les compagnies d’Etat et le fonds souverain, le CIC, pour racheter les actions – n’ont pas pu prévenir de nouvelles baisses (le CSI 300 était tombé à 1.833 points au moment de la rédaction de cet article, il est encore descendu le temps de le traduire).

En toute probabilité, le gouvernement va bientôt annoncer un paquet de réformes visant à stimuler l’économie, contenant des baisses d’impôts, et de nouveaux fonds d’investissement publics. Selon une rumeur qui circule en ce moment, l’ensemble de ces réformes coûtera 400 milliards de yuan (soit 58 milliards de dollars). Le fait que ce plan ait été reporté peut refléter des divisions profondes au sein de l’équipe de gestion économique du régime au sujet de quel «cocktail» de mesures adopter. De nombreux pontes du PCC se sont déclarés en faveur des baisses de charges, acceptant l’argument libéral selon lequel ceci est la manière la plus rapide de stimuler la consommation. Cependant, moins d’un tiers des salariés chinois bénéficieraient de ces baisses d’impôts, puisque le reste ne gagne pas assez que pour pouvoir payer des taxes.

 

Peur des protestations

Dans la vague croissante de fermetures d’usines, quel rôle jouent les gouvernements locaux du delta du Fleuve des Perles et des autres centres d’exportations ? Il y a bien sûr un grand risque d’instabilité, voire d’émeutes, et les autorités sont promptes à désamorcer ces mouvements. Au même moment, les administrations locales du PCC ont créé un environnement qui permet aux capitalistes corrompus de laisser tomber leur entreprise puis de disparaître, laissant en plan les salariés, les créditeurs et les fournisseurs. Bon nombre des patrons aujourd’hui fugitifs étaient bien introduits auprès des dirigeants locaux et payaient bien leurs services. Aujourd’hui, les usines sont en train d’être vendues aux «enchères immédiates», tandis qu’on ne permet aux employés de rester dans les dortoirs et cantines que de manière temporaire.

En même temps, les gouvernements locaux utilisent les deniers publics pour rembourser les salaires impayés aux ouvriers licenciés, une politique de plus en plus critiquée, suscitant une colère similaire à celle provoquée par les renflouements bancaires en Occident. Afin de nettoyer les rues et d’éviter que la colère des travailleurs ne se cristallise en une lutte plus large par-delà les usines et les municipalités, les gouvernements utilisent la « carotte » des compensations plutôt que le « bâton » de la répression policière – pour le moment en tout cas. Le China Daily du 23 octobre a révélé que le gouvernement de la cité de Dongguan a payé plus de 24 millions de yuan (3,5 millions de dollars) pour compenser les 7.000 ex-salariés du Smart Union Group. Une fois payés et dispersés, les autorités espèrent que les travailleurs immigrés iront vers d’autres emplois ou d’autres régions. Des usines rivales ont envoyé des agents de recrutement dans les manifestations à Dongguan et Shenzhen afin de remplir leurs postes vacants.

La principale revendication des protestations ouvrières a été de récupérer tout ou partie des salaires impayés. Ceci représente le niveau encore basique de la conscience des travailleurs, dont la lutte ne cherche pas encore à remettre en cause le droit des patrons à envoyer sur la paille des milliers d’entre eux. Les perspectives pour les travailleurs immigrés sont 1) l’espoir ou la certitude de trouver un nouvel emploi dans une autre région, 2) l’impossibilité de s’opposer aux patrons et aux dirigeants : «Ils agiront comme ils l’entendent, que pouvons-nous faire ?»

 

Occuper !

Mais les gouvernements sont clairement nerveux. L’humeur populaire peut se modifier, surtout avec la crise qui s’approfondit : les petits ruisseaux deviennent une inondation, et de nouveaux emplois deviennent de plus en plus difficiles à trouver. Les usines en faillite sont rapidement rasées ou scellées pour empêcher les travailleurs d’y demeurer trop longtemps, ce qui risquerait de faire germer l’idée qu’une lutte plus effective pourrait être organisée en restant là, en occupant l’usine et en la transformant en un symbole de protestation. Et pas seulement pour obtenir la paye des arriérés salariaux, mais pour défendre l’emploi, gagner une sécurité économique, bref, un avenir. De tels mouvements de protestation pourraient à leur tour susciter des questions quant aux heures de travail, au niveau des salaires, à la sécurité sur le lieu de travail, et à quelle force sociale – le Capital ou le Travail – devrait organiser et contrôler la production.

Le sit-in à Xinjiang est un signal d’avertissement que certains groupes de travailleurs pourraient opter en faveur d’une lutte plus inspirée. Les sit-in et les occupations d’usines – des méthodes qui ont permis d’importants acquis pour les travailleurs américains et français dans le passé – pourraient se développer en points de ralliement pour la lutte des travailleurs à l’échelle d’une ville, d’une région, voire à l’échelle nationale. En plaçant les bâtiments des usines sous leur contrôle et en s’organisant pour reprendre le travail, les travailleurs montrent leur pouvoir potentiel, en tant que maîtres réels de la société. Alors que beaucoup des travailleurs licenciés dans le Guangdong ont reçu de la part d’agences gouvernementales tout ou partie de leur salaire non-payé, ceci ne représente finalement que quelques milliers de yuan. D’autres payements, sous la forme de pensions et d’allocations de handicap ont disparu avec les capitalistes en cavale. Plus d’un millier de travailleurs licenciés ont engagé des avocats pour obtenir la compensation qui leur est due mais qu’ils ne recevront pas s’ils se contentent du dédommagement limité offert par les gouvernements locaux.

 

Pour une alternative socialiste

Les véritables socialistes, les marxistes, soutiennent le droit des travailleurs licenciés à obtenir pleine compensation de la part des fonds gouvernementaux, mais cela n’est pas assez. Pourquoi ces usines devraient-elles être cédées jusqu’à une nouvelle faillite à une autre clique de capitalistes corrompus et irresponsables ? De plus, les fonds des gouvernements locaux ne sont pas inexhaustibles. Il y a une crise. Sur base de la folie du marché, plus de faillites sont inévitables. Ceci signifie que le budget des gouvernements locaux sera restreint par la baisse des recettes fiscales, et – surtout – par moins de vente de propriétés, lesquelles ont été une source importante (bien que souvent frauduleuse) de recettes gouvernementales lors des dernières années. On va arriver à un point où lorsqu’une usine fermera ses portes, le gouvernement municipal sera contraint de dire aux travailleurs : «Désolé, nous sommes fauchés!»

Pourquoi des usines qui étaient au départ profitables, qui possèdent une main d’œuvre bien établie et expérimentée, devraient-elles être vidées et transformées en friches industrielles, selon le bon vouloir du grand casino de l’économie capitaliste?

Plutôt que de fermer, ces usines devraient continuer à tourner mais en tant que propriété entièrement publique, sous le contrôle démocratique de son personnel. Si le marché pour des produits actuels tels que montres luxueuses ou jouets est saturé, des lignes de production alternatives et socialement nécessaire devraient y être installées, afin de participer à une réorganisation socialiste démocratique de l’économie, orientée vers les besoins réels et urgents de la population. Ceci ne peut être réalisé que par des comités d’entreprise et de quartiers élus, dans chaque canton, et par un nouveau mouvement syndical indépendant (où était la Fédération Pan-Chinoise des Syndicats, véritable satellite étatique, lorsque toutes ces usines ont été fermées?). Cette alternative – le socialisme – ne viendra pas du parti au pouvoir, mais peut émerger des luttes qui se déroulent maintenant dans les rues et les usines de Dongguan, de Shenzhen et du delta du Fleuve des Perles.

 

 

Article par VINCENT KOLO

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