Après un an et demi d’instabilité – A quoi faut-il s’attendre en 2009 ?

Depuis les élections fédérales de juin 2007, la politique belge se retrouve dans une de ces situations surréalistes dans laquelle toutes les contradictions s’entrechoquent et où toute « gestion normale » devient pratiquement impossible. Mais aujourd’hui, il paraît qu’on peut recommencer à espérer parce que nous avons enfin « un vrai premier ministre »…

Que Van Rompuy, ancien président du CVP (l’ancêtre du CD&V) et ancien ministre du Budget, fasse partie de la vieille garde, c’est certain. Sa position au sein du CD&V repose sur une toute autre base que celle de Leterme, qui n’est arrivé sur le devant de la scène qu’après 1999 quand les chrétiens-démocrates flamands se battaient dans l’opposition pour reconquérir leur position dirigeante en Flandre. C’est dans ce combat que se trouvait l’origine du cartel avec la N-VA, un petit parti qui se débattait pour dépasser le seuil électoral et qui avait reçu, grâce au cartel, un pouvoir qui dépassait de loin son poids véritable parmi la population.

 

Une attaque – plus ou moins masquée – contre nos conditions de vie…

Nous avons toujours expliqué que le CD&V allait en fin de compte mettre de côté les jeux communautaires et défendre les intérêts de la classe dirigeante. De ce point de vue, la crise économique lui a offert l’opportunité de casser le cartel afin de pouvoir se présenter aux prochaines élections comme des hommes d’Etat responsables. Et puis il y a eu l’affaire Fortis… Il est devenu clair que maintenir Yves Leterme comme premier ministre conduirait à une situation encore moins gérable pendant une crise économique qui se développait rapidement. Il devait céder la place à une figure plus rassurante. Mais Leterme parti, toutes les contradictions restent. La seule chose qui tient ensemble le gouvernement est la volonté de tous les partis de servir la bourgeoisie sur le plan socio-économique, c’est-à-dire de faire payer la crise aux travailleurs et aux petits revenus.

Les “plans de relance” du fédéral ou des Régions consistent surtout en un soutien à ceux qui ont réalisé des profits record dans la période passée pendant que la part des salaires et des allocations – ce qui concerne environ 80% de la population – passait sous le seuil de la moitié du revenu national. Seules quelques miettes de ces plans tombent du côté des travailleurs et des allocataires sociaux, afin que les politiciens puissent prétendre défendre «l’intérêt général». Quant aux investissements, on en reste au partenariat public-privé (qui permet au privé de faire des profits payés par « la société ») et, le plus souvent, on ne parle que d’accélérer des investissements déjà prévus.

L’argument de “l’intérêt général” va servir à attaquer encore une fois les acquis de la classe ouvrière. Comme ministre du Budget sous Dehaene, Van Rompuy a introduit de nombreux assainissements structurels durs sur le dos des travailleurs : index-santé, norme salariale, privatisations et démantèlement des services publics,… la liste est trop longue pour tout citer. Les désaccords au sein du gouvernement sur les plans de relance et l’ampleur du déficit budgétaire ne portent en réalité que sur la question : comment va-t-on faire payer la population ? Par un affrontement direct avec le mouvement ouvrier ou par la tromperie ? Par une réforme de l’Etat qui répartirait les attaques sur différents niveaux ou par une attaque structurelle au niveau fédéral sur ce qui reste de la sécurité sociale et les services publics ?

S’il n’y a aujourd’hui pas encore un plan d’austérité dur, c’est surtout parce que patronat et gouvernement ont peur de la réaction de la classe ouvrière et parce que les partis gouvernementaux doivent aller aux élections régionales en juin en étant fortement affaiblis.

 

…Mais avec quel gouvernement ? Et avec ou sans élections fédérales ?

En périodes de crise, quand la classe dirigeante doit trouver de nouvelles formules pour maintenir son pouvoir, les gouvernements en Belgique ont tendance à tomber rapidement. Dans les années ’30, il y a eu 10 gouvernements en 10 ans, dont un ne s’est maintenu que six jours ! A la fin des années ’70, le changement de politique socio-économique qui était nécessaire du point de vue de la bourgeoisie – et le manque d’unité sur cette question entre les partis politiques et même au sein de ceux-ci – a mené à une énorme instabilité avec 8 gouvernements entre juin ’77 et décembre ’81.

Pendant ces périodes, il y a eu aussi une radicalisation politique et une forte polarisation. Elles se sont exprimées dans les années ’30 à travers la montée du PC, de Rex et du VNV tandis qu‘à la fin des années ’70, les tripartites classiques n’ont été évitées que par la participation au gouvernement des partis régionalistes FDF et Volksunie, qui obtenaient à ce moment des scores électoraux élevés. Aujourd’hui aussi, on assiste à la montée de forces nouvelles – mais jusqu’à maintenant uniquement sous la forme de formations populistes de droite (Liste Dedecker, N-VA) et uniquement en Flandre – qui prospèrent sur le mécontentement omniprésent après une pério-de de croissance économique au cours de laquelle les travailleurs se sont pourtant appauvris et qui est maintenant suivie par ce qui va sans aucune doute être une crise très profonde.

Dans de telles périodes, la socié-té devient de plus en plus difficile à gérer à cause des divisions dans la classe dirigeante. Il est toutefois certain que les partis actuellement au gouvernement défendent tous la société capitaliste et sa classe dirigeante. Ils estiment tous aussi que c’est la grande majorité de la population qui doit payer pour la crise et pas la poignée de super-riches qui sont pourtant à la base de cette crise avec leur soif aveugle de profits. Si cette majorité – les travailleurs, les allocataires et leurs familles – ne résistent pas de façon acharnée, ces partis vont finalement trouver un accord, bien que cela peut encore prendre un peu de temps.

Il est certain aussi que les partis du gouvernement Van Rompuy ont peur d’aller à des élections générales, surtout en Flandre. Il est toujours possible que le gouvernement tombe avant les élections régionales et européennes, mais c’est moins probable qu’il y a quelques mois. Il est aussi possible que les partis du gouvernement trouvent une manière de tromper la majorité de la population, en lui accordant quelques nouvelles miettes pendant qu’ils conyinuent à lui vider les poches. Dans ce cas, le gouvernement pourrait rester jusqu’à 2011, mais il est peu probable que cela puisse se passer sans luttes des travailleurs. Une autre possibilité est que le gouvernement reste encore assez longtemps pour élaborer un budget pour 2010 – Van Rompuy parle aujourd’hui déjà d’à peu près 10 milliards euros d’assainissements ! – pour tomber rapidement après, éventuellement sur quelque chose comme BHV. Ce serait certainement un scénario vraisemblable si le gouvernement se heurtait à une résistance massive du mouvement ouvrier.

Qu’est-ce que tout cela annonce pour les travailleurs et le mouvement syndical ? Aucun parti, même pas le PS et encore moins le SP.A, ne défend les intérêts du mouvement ouvrier. Le mieux qu’on puisse attendre d’eux est qu’ils jettent des miettes de la main gauche pendant qu’ils limitent structurellement nos revenus avec la main droite. Pour cela, eux et la vielle garde du CD&V ont beaucoup d’expérience. Et ils savent utiliser à plein leurs liens avec les directions syndicales.

Malgré l’affaiblissement de ces partis, la règle pour la bourgeoisie reste que, pour imposer l’austérité, il vaut mieux un gouvernement incluant les partis liés aux syndicats. Provoquer le mouvement ouvrier avec un gouvernement de droite pur sans masque « social » est très dangereux pour elle. Certes, la classe des travailleurs est bien affaiblie par cette longue période où elle ne dispose plus d’aucun instrument politique. Mais, de son côté, la bourgeoisie doit se contenter de partis qui ont beaucoup moins d’autorité parmi la population que dans le passé.

Une partie de la politique d’austérité sera certainement menée à travers la régionalisation de nouveaux paquets de compétences. La « responsabilisation » des régions devrait se marquer notamment sur le terrain des allocations de chômage. Le mouvement ouvrier ne doit pas se laisser aveugler par les belles promesses : en Belgique, la régionalisation signifie le plus souvent la régionalisation des assainissements pour éviter de cette façon une lutte unifiée. Nous devons nous préparer à un plan d’austérité du genre du Plan Global de ’93 ou du Plan de Val Duchesse de ‘86 et à y répondre par une lutte d’ensemble.

 

 

Article par ANJA DESCHOEMACKER

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