Film : Katanga Business

Aujourd’hui sort le nouveau film de Thierry Michel: Katanga Business, une épopée dans la province minière de la République Démocratique du Congo (RDC) mêlant lutte de classes, politique, néo-colonialisme, et nouvelles relations de pouvoirs dans l’ordre international. Thierry Michel n’en est pas à son coup d’essai puisque c’est lui déjà qui avait réalisé Mobutu, roi du Zaïre et Congo River, sur la RDC, sa politique et son histoire tourmentée.

Thierry Michel n’en est pas à son coup d’essai puisque c’est lui déjà qui avait réalisé Mobutu, roi du Zaïre et Congo River, sur la RDC, sa politique et son histoire tourmentée. Dans Katanga Business, il s’agit cette fois de découvrir ce qui intéresse tant les impérialistes du monde entier au Congo: la richesse du sol en minerais du Katanga.

Le Katanga est en effet une des zones au monde les plus riches en minerais. La Belgique coloniale y créa la fameuse Union Minière du Haut-Katanga (propriété de la Société Générale de Belgique) afin d’exploiter ces richesses. Cette zone était tellement importante économiquement pour la Belgique et son allié américain qu’ils n’ont pas admis son passage sous l’administration du «dangereux» Patrice Lumumba qui espérait que les Congolais puissent enfin jouir des richesses du Congo (et donc grand danger pour les capitalistes belges). La Belgique a donc soutenu la création d’un État fantoche, l’éphémère République du Katanga, dirigé par Moïse Tshombé. Ce n’est que l’assassinat de Patrice Lumumba qui a permis la réintégration du Katanga au sein de la République congolaise, avec l’arrivée au pouvoir du sanguinaire et pro-américain Mobutu.

Une «nationalisation», en fait une privatisation dans les mains de Mobutu et de ses amis, et la création de la Gécamines (Société générale des carrières et des mines) ont ensuite ruiné la production, avec les deux guerres congolaises.

Aujourd’hui, un calme relatif est revenu au Katanga et les impérialistes peuvent venir refaire leur travail. C’est ainsi que face à la dette odieuse de la RDC (contractée par Mobutu pour ses «besoins personnels»), la Banque Mondiale a envoyé Paul Fortin, un Canadien, comme nouveau PDG de la Gécamines avec pour mission de démanteler l’entreprise et de livrer les concessions aux entrepreneurs privés.

Parmi eux, on pourra voir dans le film Georges Forrest, un grand capitaliste belge pour qui a notamment travaillé Jean Claude Marcourt quand il était avocat. Georges Forrest fait des affaires depuis les temps coloniaux au Congo, dont certaines ont éclaboussé quelques politiciens (le libéral flamand Pierre Chevalier notamment – voir ici). On pourra aussi voir Monsieur Min, envoyé par le gouvernement chinois pour négocier des concessions minières juteuses.

La Chine échange avec la RDC les meilleures concessions contre la création de routes et d’universités, choix qui permettra sans doute au Congo de se reconstruire à court-terme mais destiné à tuer le Congo sur le long terme. Les contrats en effet sont d’un pro rata autour de 30%-70%, 70% des profit pour la Chine, et 30% pour le Congo. Ces concessions de la Gécamines offertes aux entrepreneurs étrangers privent les mineurs artisanaux de leur outil de travail: les mines et carrières et quand ceux-ci se révoltent la police congolaise tire à balle réelle sur les manifestants. Comme dit l’un d’eux dans le documentaire «on donne les richesses du Congo aux étrangers et lorsqu’on se révolte, des congolais viennent nous mater».

Face à cela, le «héros» principal du documentaire est Moïse Katumbi, gouverneur de la province du Katanga et businessman. Politicien populaire et «proche du peuple», la caméra de Thierry Michel met néanmoins ses contradictions en lumière: beaucoup de promesses, mais énormémemnt de désillusions pour les ouvriers qui lui font confiance.

Bref, ce film montre à merveille le pillage en règle du Congo orchestré par le FMI et la Banque Mondiale et qui profite aux capitalistes belges, américains, canadiens et à l’État ainsi qu’aux capitalistes chinois. Lutter contre les institutions de Bretton Woods (OMC, BM, BIRD, FMI) est une nécessité cruciale pour sortir le pays de la misère.

Il est évident que la «nationalisation» laisse de mauvais souvenirs aux Congolais, mais si celle-ci est réalisée sous le contrôle réel de la population, alors le vol qui caractérisait le pouvoir mobutiste ne pourra se reproduire. Le Congo ne pourra se développer et sortir de la misère provoquée par deux guerres désastreuses que par la mainmise sur ses propres richesses minières. Cela demande une lutte contre le système capitaliste. Avec les richesses du pays dans les mains de l’Etat et de la population, un profit immense pourra être dégagé et ensuite ré-investi pour diversifier la production et éviter au pays d’être dépendant du cours du cuivre ou du cobalt, ainsi qu’investir dans le socialement utile: éducation, santé infrastructures, etc.

Pour appliquer ces mesures, il faudra un gouvernement courageux et fort, soutenu, créé et contrôlé par les paysans et les ouvriers. Quel que soit le pays qui entrerait dans un tel processus de rupture avec le capitalisme et ses institutions, ce serait une impulsion gigantesque donnée aux luttes des autres pays, une nécessité vitale car un pays isolé ne pourra lutter suffisamment efficacement contre le capitalisme international.

 

 

Article par STEPHANE R (Liège)

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