Chapitre IV. L’épisode de la «Commune Asturienne»

Le triomphe de Hitler en Allemagne et ses graves conséquences pour le mouvement ouvrier européen donnent partout un nouveau souffle aux désirs d’unité et à la lutte contre le fascisme, d’autant plus que le nombre de régimes réactionnaires ou fascisants qui détiennent le pouvoir en Europe se multiplie (Allemagne, Italie, Portugal, Pologne, Hongrie, Bulgarie,…).

Dans un tel contexte, il est clair que la nouvelle composition du gouvernement, comprenant trois ministres d’extrême-droite, ne peut être considérée autrement que comme une déclaration de guerre par le mouvement ouvrier. Elle provoque sa réaction immédiate ; les travailleurs espagnols sont en effet bien décidés à ne pas subir le même sort que leurs camarades allemands et autrichiens qui viennent de succomber sous la botte du régime nazi.

Le Parti Socialiste avait déclaré qu’il répondrait par les armes à une telle provocation ; dès lors, l’UGT lance le mot d’ordre de grève générale, tandis que la CNT, voyant en celle-ci une force concurrente, ne bouge pas. Finalement, trois foyers insurrectionnels se déclarent : Barcelone, Valence et les Asturies. A Barcelone et à Valence, le gouvernement rétablit facilement son autorité, du fait que la CNT s’est positionné contre la grève et a ainsi brisé le front unique.

Dans les Asturies en revanche, la CNT, contre l’avis de la direction nationale, rejoint la lutte. La prise de position de la CNT asturienne est sans équivoque : «La réalité du péril fasciste en Espagne a posé sérieusement le problème de l’unification du prolétariat révolutionnaire en vue d’une action d’une portée plus grande et plus radicale que celle qui se limite à des fins purement défensives. L’unique issue politique actuellement possible se réduisant aux seules formules antithétiques de fascisme ou révolution sociale…il est indispensable que les forces ouvrières constituent un bloc de granit.» (1)

En conséquence, dans cette région, la lutte prend une toute autre envergure. La force du mouvement oblige même le Parti Communiste à s’y rallier en dernière minute, et à mettre au frigo ses slogans sectaires. Dans tous les villages miniers se constituent des comités locaux qui prennent le pouvoir. Pendant 15 jours, les mineurs résistent, les armes à la main, contre des troupes de métier très bien équipées et armées jusqu’aux dents. Le gouverneur civil des Asturies commentait après coup : «Les énormes contingents ouvriers qui peuplent les Asturies –pas moins de 120.000-, tous encadrés dans les organisations, UGT, PSOE, PC et CNT, se mettant d’accord pour une action commune, faisaient de cette province un cas unique en Espagne de dangerosité sociale.» (2)

Cependant, de par le refus des dirigeants nationaux de la CNT de se joindre au mouvement et d’élargir l’appel à la grève -notamment envers les travailleurs du rail, ce qui aurait permis d’empêcher l’envoi de troupes pour mater l’insurrection- le gouvernement central est sûr de tenir le reste de l’Espagne : «Le mouvement fut une catastrophe d’inorganisation et d’improvisation dans tout le reste de l’Espagne.» (3)

Dès lors, le gouvernement décide d’employer les grands moyens et finit par écraser dans le sang ce que l’on appellera la «Commune Asturienne». La répression est féroce : plus de 3000 travailleurs tués, 7000 blessés et plus de 40.000 emprisonnés. L’instigateur de cette répression n’est autre qu’un dénommé…Francisco Franco.

Références
(1) «Histoire de l’Internationale Communiste», de Pierre Broué, chap.24 «La montée ouvrière de 1933-1934», p.646
(2) ibidem
(3) ibidem

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