Chapitre XIV. En guise de conclusion

Il s’est présenté en Espagne une situation révolutionnaire exceptionnellement favorable, sans doute plus favorable encore que celle de l’Octobre russe. La réaction ouvrière contre le soulèvement des généraux et des fascistes prit immédiatement le caractère d’un assaut révolutionnaire contre le régime capitaliste. Mais la plus prometteuse des révolutions peut tourner à l’aigre si elle ne dispose pas de son complément indispensable : un parti révolutionnaire.

En Espagne en 1936, l’appareil d’Etat de la bourgeoisie fut partiellement disloqué : armée, police, magistrature, bureaucratie furent en grande partie détruits ou étaient passés dans le camp fasciste. Le mouvement révolutionnaire s’étendait à la campagne où les paysans confisquèrent les grandes propriétés et les biens de l’Eglise, partageaient les grands domaines, se libéraient de toutes les servitudes du passé.

Malheureusement, les travailleurs espagnols n’ont pas eu les dirigeants clairvoyants et audacieux capables de leur indiquer la solution du problème et de leur donner les moyens de vaincre les obstacles, intérieurs et extérieurs, s’opposant au développement du mouvement vers la victoire de la révolution socialiste. Alors que toute la situation objective portait naturellement vers une telle conclusion, les partis du Front Populaire vont exiger des ouvriers de ne pas sortir des limites de la démocratie bourgeoise. Au vu de tels développements, la lacune fondamentale à constater est qu’il n’y avait pas un parti révolutionnaire avec une direction capable de faire une analyse correcte de la situation, d’en tirer les conclusions nécessaires et de mener fermement les travailleurs à la prise du pouvoir. Trotsky disait que la solution victorieuse des tâches révolutionnaires qui se posaient à l’Espagne exigeait trois conditions : un parti, encore un parti…et toujours un parti.

Cette même conclusion peut être tirée de nombreux mouvements révolutionnaires qui jalonnent l’histoire du capitalisme. C’est pourquoi nous pensons que les leçons à tirer de cette expérience sont d’une importance fondamentale, et préservent toute leur actualité. Les enseignements de la révolution espagnole ne doivent cependant pas rester sur le papier : construire une organisation révolutionnaire internationale est la seule manière utile de rendre hommage au sacrifice des centaines de milliers de travailleurs espagnols, et surtout la seule manière de permettre que ce genre de tragédies ne se reproduise plus à l’avenir.

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