VII) Quelles méthodes de lutte utiliser ?

Nombreux sont ceux qui préfèrent, au nom du réalisme, chercher à adapter le système actuel plutôt que de vouloir le renverser. Cet objectif – qui est celui d’organisations comme Greenpeace, OXFAM, ATTAC et autres ONG ne nous semble justement pas réaliste parce que le capitalisme, comme nous l’avons vu, est un système prédateur et indomesticable. Une partie des militants écologistes ont choisi la voie politique et parlementaire, comme le parti ECOLO. Mais à force de vouloir être « présentable » pour les autres partis, les concessions ont suivi les unes après les autres. Dans une interview accordée au quotidien Le Soir à la mi-octobre, Isabelle Durant et Jean-Michel Javaux (qui sont tous les deux au pouvoir dans leur commune ave le MR…) ont déclaré qu’ils refusent désormais de se positionner sur un axe gauche-droite déclarant qu’« ECOLO est ancré dans les valeurs progressistes mais est autonome et se rend aux élections les mains libres en terme de coalitions ». Pour certain, il s’agit de pragmatisme, pour nous, d’une adaptation logique à un système réfractaire à tout changement significatif. Il est vrai que des acquis ont pu être obtenus dans le passé au sein du capitalisme, mais pas à n’importe quelles conditions.

Pour forcer les capitalistes à lâcher du lest, il a fallu des luttes, des mobilisations massives et souvent du sang suite à la répression. Et encore cela s’est surtout produit dans des périodes de forte croissance économique. La majorité de nos acquis sociaux provient des vingt années qui ont précédé la première guerre mondiale (époque marquée par le pillage des colonies) et des « trente glorieuses » qui ont suivi le gigantesque massacre de la seconde guerre mondiale. Que sont devenus nos acquis aujourd’hui ? Ils se réduisent inlassablement et il en sera ainsi tant que les travailleurs ne partiront pas résolument à l’offensive.

Mais la marge pour que la bourgeoisie concède des concessions similaires est actuellement réduite. De l’aveu même du Fonds Monétaire International, nous sommes au début d’une crise mondiale qui sera lourde de conséquences. Ce qui vaut pour nos acquis sociaux vaut également pour la protection de l’environnement.

Une période de crise pousse à de nouvelles aventures guerrières, c’est-à-dire la continuation de la guerre par d’autres moyens. Tant que ce système pourri ne sera pas renversé par les travailleurs, cette menace subsistera.

Le simple fait de travailler dans une usine ou un bureau ne rend personne plus noble. Mais le processus capitaliste de production, de distribution et de communication dépend de A à Z des travailleurs. Sans eux, rien ne fonctionnerait. La position économique et sociale centrale qu’occupent les travailleurs dans la production, leur organisation collective imposée par le capitalisme dans la production mais aussi librement construite dans les luttes syndicales et politiques leur donne le potentiel d’en finir avec le capitalisme et de construire une nouvelle société. De là vient la stratégie d’essayer de gagner la majorité des travailleurs à un programme socialiste. Seule une majorité consciente de la classe des travailleurs est capable de mener une transformation socialiste de la société. Les actions isolées et de type « terroriste » destinées à « éveiller » les travailleurs ne sont que des aveux d’impuissance et de manque de confiance envers les capacités des masses à tirer des conclusions révolutionnaires.

Les travailleurs ont déjà démontré à plusieurs reprises la force qui était la leur : en Russie en 1917 bien sûr, mais aussi en Chine (particulièrement à la fin des années ’20), en Espagne durant la révolution de 1936, à la Libération dans de nombreux pays, en Allemagne de l’Est en 1953, en Hongrie et en Pologne en 1956, en France, en mai ‘68, au Chili, en 1970-1973, au Portugal, en 1974-1975, en Iran en 1979, en Pologne en 1980,… et en Amérique Latine aujourd’hui (au Venezuela, en Bolivie, …).

La jeunesse a elle aussi un rôle particulier dans la société. Parce qu’elle est depuis moins de temps sous l’influence de l’idéologie dominante (qui, dit-on, « assagit ») et parce qu’elle subit moins fortement le poids des défaites passées, la jeunesse est très souvent la première à se lever contre le système quand arrive une crise. Mais il lui faut absolument être rejointe par les travailleurs sous peine de voir son énergie et sa volonté de changement s’épuiser sans résultat durable. La moyenne d’âge au sein du parti bolchevik avant 1917 était de 16 ans, mais la révolution ne se serait pas déroulée si les bolcheviks n’avaient pas su se lier à la masse des travailleurs et des paysans.

L’une des principales critiques à porter au mouvement contre la mondialisation est justement d’être passé à côté de ce lien, ce qui explique dans une large mesure pourquoi ce mouvement s’est fortement affaibli. Le dernier G8, cet été en Allemagne, a illustré cette importante lacune. Durant ce G8 s’est déroulée une importante grève dans le secteur des Telecom mais, hélas, aucune liaison n’a été tentée entre les militants anti-G8 et les grévistes alors qu’il s’agissait là d’un important moyen pour perturber la réunion du G8.

De même, en août de cette année, des écologistes ont organisé pendant une semaine un « climate action camp » à l’aéroport londonien de Heathrow pour protester contre l’élargissement annoncé de cet aéroport. Un grand point positif a été la coopération réussie entre les militants écologistes et la population locale concernée. Cela a donné aux activistes la possibilité de discuter de leurs idées avec les habitants et a aussi donné un caractère plus large et plus représentatif à la manifestation, ce qui a laissé moins de latitude aux médias – et aux policiers – pour isoler les actions. En revanche, il a régné parmi les militants une grande confusion vis-à-vis des méthodes politiques à employer et les revendications mises en avant étaient à la fois limitées et vagues. Aucun lien clair n’a été établi avec la responsabilité du capitalisme dans ce problème et tout dialogue avec le syndicat des pilotes a été rejeté.

De par le fait qu’elle n’est pas dans son entièreté liée au monde du travail (en étant toujours aux études, à la charge de leurs parents, au chômage,…), certaines couches de la jeunesse – de par la confusion idéologique qui règne – peuvent développer des positions qui passent à côté du fond du problème qu’est la structure capitaliste. Ainsi, dénoncer les OGM ou les produits chimiques n’est pas le point fondamental. De même qu’un couteau n’est pas mauvais en soi, mais dépend de l’utilisation que l’on en fait, ce qu’il faut à notre sens dénoncer, c’est la manière dont le capitalisme pervertit toute innovation technologique. En France, les conséquences de la rigueur exceptionnelle de l’hiver 1788/89 ont été l’un des éléments qui a poussé la population à se révolter contre le régime féodal. Aujourd’hui, il en va de même. La crise environnementale va pousser de plus de gens à se poser des questions sur le système responsable de ce gâchis qui menace l’avenir de l’humanité. Mais le manque de clarté sur les possibilités d’une alternative au système peut freiner le développement d’une résistance active et des mouvements de lutte.

Regardons le présent tel qu’il est, il n’est pas fait que de désastres, de catastrophes ou encore d’extinctions d’espèces. Il porte en germe un futur débarrassé de l’exploitation : un avenir réellement socialiste, une société harmonieuse où le bien-être des producteurs, des consommateurs et de leur environnement sera la priorité. Luttons dès aujourd’hui pour ne pas avoir à regretter demain d’avoir trop tardé.

 


 

Depuis quand les marxistes ont-ils quelque chose à dire à ce sujet ?

Notre analyse de la crise écologique, notre programme pour y faire face et les méthodes pour réaliser celui-ci trouvent leur origine dans les théories de Marx et d’Engels (développées par la suite par Lénine, Rosa Luxembourg, Trotsky et bien d’autres encore). Toutefois, beaucoup de gens pensent qu’il n’y a que peu de temps que les marxistes s’occupent de l’environnement et qu’à l’instar des gouvernements bourgeois, ils ne s’y intéressent que parce qu’ils y sont poussés par l’intérêt de la population pour ce questions. Pourtant, Marx et Engels avaient déjà développé des positions écologistes bien avant que la pollution et ses dégâts ne deviennent un débat de société.

Marx et Engels, les auteurs du Manifeste du Parti Communiste (1848), ont refusé de se laisser enfermer dans de fausses idées comme celle d’opposer l’écologie à la technique ou de dire que le combat environnemental dépasse les clivages politiques. Friedrich Engels disait par exemple : « qu’il s’agisse de la nature ou de la société, le mode de production actuel tient uniquement compte du résultat immédiat manifeste ». Pour eux, c’est l’industrie capitaliste, et non l’industrie en général, qui est le véritable virus à la base de la dégradation de l’environnement. Les intérêts à court terme de la minorité qui possède les moyens de production et contrôle la société vont à l’encontre de ceux de l’humanité, avec des conséquences évidentes pour le respect du milieu de vie.

En prenant l’exemple de l’agriculture, Marx déclarait par exemple, bien avant l’utilisation massive des pesticides : « Tout l’esprit de la production capitaliste, axée sur le gain d’argent immédiat, est en contradiction avec l’agriculture, qui doit desservir l’ensemble des besoins permanents des générations humaines qui se chevauchent». Et il précisait : « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste représente un progrès non seulement dans l’art de dépouiller le travailleur, mais dans celui d’appauvrir la terre ; toute amélioration temporaire de la fertilité des sols rapproche des conditions d’une ruine des sources durables de cette fertilité ».

Engels, dans son ouvrage La dialectique de la nature, allait dans le même sens : « Nous ne dominons nullement la nature à l’instar du conquérant d’un peuple étranger, comme si nous étions placés en-dehors de la nature (…) toute la souveraineté que nous exerçons sur elle se résume à la connaissance de ses lois et à leur juste application, qui sont notre seule supériorité sur toutes les autres créatures. En effet, chaque jour, nous apprenons à mieux pénétrer ses lois et à reconnaître les effets plus ou moins lointains de nos interventions (…). » Il avertit cependant qu’arriver à une solution « exige de nous autre chose qu’une simple connaissance », et « nécessite le bouleversement total de notre production, y compris l’ordre social actuel dans son ensemble (…) Le profit obtenu par la vente est le seul et unique mobile du capitaliste (…) ce qui advient ultérieurement de la marchandise et de son acquéreur est le dernier de ses soucis. Il en va de même quand il s’agit des effets naturels de ces agissements».

Tous deux ont finalement démontré que la société industrielle et la nature ne sont pas incompatibles. Mais la production industrielle doit être organisée de manière consciente, planifiée dans les intérêts de tous et avec la participation de tous, afin d’éliminer les gaspillages et la logique de profit à court terme qui définit notre société actuelle. C’est cette dernière qu’il faut changer de fond en comble, radicalement. Toute position intermédiaire ne saurait être que l’équivalent d’une aspirine donnée à un cancéreux.

 

URSS et Chine « populaire »

Bien évidemment, quant on met en avant comme solution de détruire le capitalisme pour résoudre, entre autres, les problèmes environnementaux, un simple regard porté sur la pollution qui sévit en ex-Union Soviétique ou en Chine ne pousse pas à aller plus avant sur cette voie. Actuellement, un cinquième de la population russe vit dans une région tellement sinistrée écologiquement qu’elle est un danger pour la santé. Cas unique au monde, la centrale nucléaire de Krasnoïarsk refroidissait ses réacteurs directement avec l’eau du fleuve qui coule à proximité et elle y était ensuite reversée sans aucun traitement. De même, les pluies acides couvrent un tiers du territoire chinois et un rapport officiel a évalué les pertes économiques liées à la pollution à 3% du PIB de la Chine en 2004. Des analystes indépendants estiment que la réalité est plus proche des 10%. Dans le même pays, on dénombre au minimum 750.000 morts prématurées liées à la dégradation de l’environnement. L’exemple de l’usine pétrochimique de Jilin a, en 2005, illustré le respect qu’éprouvent les dirigeants d’entreprises envers l’environnement et la population : elle a déversé dans le fleuve Songhua des centaines de tonnes de produits hautement cancérigènes.

Pour nous, le « socialisme » qui y a été appliqué n’a finalement été qu’une caricature sanglante caractérisée notamment par un productivisme à outrance. Pour fonctionner, une économie planifiée a besoin de démocratie comme un corps a besoin d’oxygène. En ce sens, le règne dictatorial de la bureaucratie dans ces pays n’a pas eu uniquement comme conséquence les déportations et la répression : les dégâts causés à l’environnement devront encore être supportés par de nombreuses générations.

Quand les Etats staliniens se sont effondrés, le désastre écologique (Tchernobyl,…) des pays de l’Est a été pointé du doigt. Mais tant le passage de l’ex-URSS à l’économie capitaliste que la transition sur la même voie qui se déroule actuellement en Chine n’ont en rien atténué cette situation. Bien au contraire.

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