JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES: La lutte n’est pas terminée!

Hier se déroulait à Bruxelles une des actions organisées mondialement dans le cadre de la Marche Mondiale des Femmes. Nous sommes en parfait accord avec l’idée de massivement mobiliser autour de la question des femmes. Nous voulons rendre au 8 mars son statut de journée d’action internationale, où femmes et hommes se lèvent ensemble pour mettre fin à toute discrimination. Nous pensons néanmoins qu’il faut aller plus loin que le programme de la Marche Mondiale, bien qu’il comporte déjà nombre de revendications correctes et importantes. C’est le capitalisme qui est la cause du mauvais statut des femmes.

Dans les années ’90, l’idée selon laquelle la lutte pour les droits des femmes était de l’ordre du passé dominait. Pour une femme, le fait de réussir ou pas était considéré comme entièrement dépendant de ses efforts individuels. Mais des recherches menées aux Pays-Bas montrent que moins de la moitié des femmes qui travaillent sont indépendantes financièrement, que les femmes font toujours la plus grande partie du ménage et que l’écart salarial est toujours loin d’avoir disparu… La lutte des femmes est donc toujours nécessaire, ici comme dans le reste du monde.

Le Rapport sur l’écart salarial de 2009 nous montre, tout comme de nombreuses autres études, que les rôles traditionnels n’ont pas disparu. Dans certains secteurs, ce sont surtout des hommes qui travaillent, dans d’autres surtout des femmes. Les salaires sont plus bas dans les secteurs «féminins», mais bien des femmes ne reçoivent pas de salaire égal pour un travail égal. L’homme reste le gagne-pain le plus important dans la plupart des familles. Quand des circonstances obligent un des partenaires à rester plus souvent à la maison – à cause des enfants, des parents, des malades,… – il est logique que ce soit celui qui a le plus bas salaire. Les femmes interrompent donc plus régulièrement leur carrière et sont plus touchées par le temps partiel, avec une pension moins élevée. Avec les loyers actuels, la meilleure stratégie des femmes contre la pauvreté est encore d’avoir un partenaire. Les salaires féminins étant plus bas, beaucoup de femmes isolées flirtent avec le seuil de pauvreté.

On nous a longtemps affirmé que la dernière chose à obtenir pour “l’émancipation totale” était une percée des femmes dans les hautes fonctions. Mais même si la moitié des fonctions de cadres dans les entreprises et la politique était occupée par des femmes, cela ne signifierait toujours pas une amélioration pour la majorité des femmes. Ainsi, certaines des plus grandes attaques contre le mode de vie et la position des femmes ont été faites par des ministres femmes: abolition de l’interdiction du travail de nuit pour les femmes et d’un règlement de pension qui tenait compte de la double tâche (le ménage et le travail) et de ses conséquences sur les carrières des femmes, introduction des statuts fortement sous payés comme les ALE, les titres-services, le statut des mères d’accueil,…

  • Dans les “secteurs féminins” les salaires doivent immédiatement augmenter, de même que le salaire minimum.
  • Il faut des emplois à temps plein avec un bon statut et un bon salaire combinés au droit d’avoir et d’éduquer des enfants.
  • Pendant le congé parental, le salaire doit être entièrement payé.
  • Les allocations familiales doivent augmenter pour représenter les coûts réels de la vie.
  • Il faut des places d’accueil de bonne qualité pour les enfants pour tous, dans tous les quartiers.
  • Avec la pression du travail actuelle, une diminution du temps de travail sans perte de salaire pour tous est nécessaire, avec embauches compensatoires, ce qui est aussi un premier pas dans la lutte contre le chômage.

Non au sexisme!

La place de l’industrie publicitaire pour déterminer l’image de la femme dans la société est aujourd’hui déterminante. La femme est devenue un simple objet pour pousser à acheter tel ou tel produit, ce qui a un grand impact sur la vision qu’ont d’elles-mêmes les femmes ainsi que sur la manière dont les hommes se situent face à elles. 1 femme sur 3 a dû faire face à de la violence sexuelle à l’école ou au travail.

Beaucoup d’organisations étudiantes annoncent leurs activités à grands coups de femmes nues, ou presque. Les Etudiants de Gauche Actifs (EGA) de l’université francophone de Bruxelles, l’ULB, ont lancé une campagne pour combattre le sexisme sur le campus.

Plus d’investissements dans des crèches collectives

Le PSL-Gand a lancé en février une campagne de pétition pour accuser le manque de place et les listes d’attente pour les crèches. Les autorités promettent des solutions depuis des années, mais le problème ne fait que grandir.

Dans certains cas, le manque de place dans une crèche pousse un des deux partenaires à arrêter de travailler, dans d’autres, cela pousse à jongler avec un agenda compliqué se reposant sur les amis, la famille,… afin d’assurer la garde des enfants.

Le début de cette campagne du PSL a été une réussite. Nous mettons l’accent sur des crèches publiquement financées, la meilleure garantie d’accueil de qualité avec un statut décent et fixe pour les employés.


Quelles leçons tirer de l’histoire?

Dans la période 1870-1920, les femmes ont lutté pour le droit de vote et le droit à l’enseignement. Les gouvernements y étaient opposés par crainte que cela ne renforce le vote de la classe ouvrière. Finalement, en accordant l’égalité totale aux femmes, la Révolution russe de 1917 a forcé plusieurs pays capitalistes à accorder le droit de vote aux femmes (Canada, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Pays-Bas,…).

La Journée des Femmes commence son histoire aux Etats-Unis. Le 8 mars 1908, des milliers de travailleuses du textile ont manifesté à New York pour le droit de vote des femmes, pour de meilleures conditions de travail, des augmenta- tions salariales, des journées de travail plus courtes et l’abolition du travail des enfants.

Le 28 février 1909, les femmes socialistes ont organisé une commémoration, la première Journée des Femmes, avec des manifestations et des meetings massifs partout aux Etats-Unis. Elles revendiquaient des droits politiques et ne luttaient pas contre les «hommes» mais contre le patronat qui exploite tous les travailleurs.

Cette première Journée des Femmes n’était pas vraiment en mesure d’effrayer le Parlement, mais elle a tout de même obtenu quelque chose: il est apparu que c’était une bonne manière d’impliquer aussi des femmes, moins actives politiquement, entre autres dans l’organisation pratique. A chaque Journée des Femmes, année après année, de plus en plus de femmes rejoignaient les partis et les syndicats socialistes.

En 1910, la deuxième Conférence Internationale des Femmes Ouvrières (la première s’étant tenue en 1907) a approuvé la proposition de Clara Zetkin d’organiser chaque année une journée internationale des femmes travailleuses. Un an plus tard, la première Journée Internationale des Femmes (le 19 mars) a été un grand succès, avec de nombreux meetings et manifestations en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Suisse et aux Etats-Unis.

En Russie, la Journée Internationale des Femmes a été organisée pour la première fois en 1913, avec des meetings illégaux et des articles spéciaux dans la presse socialiste. Les lois répressives rendaient impossible toute manifestation publique. En 1914, une manifestation avait été planifiée, mais n’a pas pu se dérouler à cause de l’intervention de la police. En Russie, la Journée des Femmes était liée à la lutte contre la répression. Le slogan pour le droit de vote des femmes était devenu un slogan pour le renversement du tsarisme.

De la guerre à la révolution

Avec la première guerre mondiale, l’organisation de la Journée des Femmes est devenue très difficile. Mais l’organisation internationale des femmes s’est poursuivie, et liait la lutte pour les droits de femmes à la lutte contre la guerre. Il était difficile de manifester – en 1915, cela n’a pu se faire qu’en Norvège. En Suisse, une conférence internationale a été organisée pour discuter de la manière de mettre un terme à la guerre.

Le 8 mars 1917, les travailleuses du textile à de Saint-Pétersbourg se sont mises en grève contre les mauvaises conditions de travail et de vie. Elles revendiquaient du pain et le retour des hommes de la guerre. Cette lutte s’est de plus en plus généralisée parmi les femmes et les hommes. Les femmes de Saint-Pétersbourg ont été les premières à porter l’assaut final au régime tsariste. Le 8 mars, commençait la révolution de «février» (la Russie utilisant toujours le vieux calendrier).

La Révolution russe et les droits des femmes

La Révolution d’Octobre a donné aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes. Les droits civils n’existaient alors pour les femmes que dans une poignée de pays capitalistes. Chez certains, l’illusion se créait que le droit de vote des femmes et le droit de siéger au Parlement allait à terme résoudre tous les problèmes des femmes. Mais tant dans les pays capitaliste après le suffrage universel qu’en Union Soviétique après la bureaucratisation du régime, nous avons constaté que c’est loin d’être suffisant. Tant que subsiste la misère et qu’un groupe privilégié revendique une plus grande partie de la richesse, cette élite va chercher à diviser la majorité de la population, et les femmes de la classe ouvrière en seront toujours les victimes.

Les travailleuses russes avaient déjà toute une histoire de lutte derrière elles. Ainsi, la grève des fileuses de coton à Saint-Pétersbourg de 1878 avait imposé l’interdiction légale du travail de nuit pour les femmes et les enfants. A certains endroits, les femmes étaient aussi actives dans les révoltes et les grèves que les hommes, et parfois même les dirigeaient. Cependant, il ne s’agissait que d’une minorité – la majorité des femmes restait loin de la politique et de la lutte. Avant la révolution, la plupart des membres féminins du mouvement clandestin étaient des femmes éduquées d’origine plus aisée. Cela a toutefois changé en 1905 lorsque les travailleuses russes se sont massivement mises en action.

Dans la lutte, il s’est rapidement avéré clair que les revendications des travailleuses ne correspondaient pas à celles des féministes bourgeoises. Les ouvrières luttaient pour une journée de travail plus courte, de plus hauts salaires, un traitement humain, moins de répression, plus de liberté d’action… Les féministes bourgeoises luttaient pour l’égalité au sein du capitalisme: elles voulaient obtenir autant d’avantages, de pouvoir et de privilèges que les hommes de leur classe. Les femmes de la classe ouvrière luttaient justement pour abolir ce genre de privilèges.

Les différences sont devenues très claires pendant la lutte du personnel domestique de Saint-Pétersbourg. L’initiative avait été prise par des féministes bourgeoises qui proposaient une coopération entre employeuses et travailleuses. Les travailleuses avaient néanmoins vite ressenti que cette coopération n’était pas à leur avantage et elles se sont tournées vers leur propre classe. Cette distinction, non pas entre hommes et femmes mais entre travailleurs et classe dirigeante, était nécessaire pour permettre les développements ultérieurs qu’a connus la Russie.

La révolution n’aurait pas eu lieu si les organisations ouvrières n’avaient pas gagné la lutte pour une influence décisive parmi les travailleuses et pour l’unité des travailleurs.

La guerre mondiale a eu pour effet que de plus en plus de femmes allaient à l’usine. La femme était en premier lieu devenue un travailleur salarié. Mais le capitalisme est dur pour la femme: elle devenait un travailleur salarié, mais sans qu’une partie importante de ses tâches non payées dans le ménage ne soit reprise par la société. Le capitalisme créait la double tâche des femmes: travailler et les obliger à continuer d’exercer des fonctions sociales qu’il est difficile de rentabiliser.

Les femmes et le socialisme

Après la révolution, la Russie Soviétique a réalisé de grandes avancées concernant les droits des femmes. Les femmes n’ont pas seulement obtenu l’égalité juridique, politique et légale, mais l’Etat ouvrier faisait tout ce qu’il pouvait pour donner aux femmes l’accès complet à la vie économique et sociale. Les femmes pouvaient divorcer, l’avortement était légal, elles pouvaient étudier, voter et être élues à tous les niveaux; elles recevaient des congés de maternité payés avec l’assurance de pouvoir regagner leur emploi. Concernant la double tâche, des crèches ont été crées, des repas servis au travail et à l’école,… En organisant le ménage et l’accueil des enfants en tant que responsabilité de la société, les femmes pouvaient travailler en dehors de la maison sans conséquences néfastes pour leurs familles.

Ainsi, il était possible de faire participer les femmes à la production et à l’organisation de la société en tant que membres de cette société à part entière et de valeur égale:

  • les femmes appliquaient leurs droits politiques en pratique (p.ex. en se faisant élire)
  • les femmes suivaient des études (la moitié des étudiants étaient des femmes)
  • les métiers qui étaient perçus comme typiquement «masculins» (ingénieur, mécanicien, etc.) étaient également occupés par des femmes
  • divorcer n’était plus un privilège de riches (un divorce à l’amiable se faisait en moins de deux semaines)

Une grande amélioration s’est effectuée dans la vie des femmes russes. Après une période de méfiance, les femmes ont commencé à utiliser les services publics (crèches, soins collectifs des enfants, repas collectifs,…) et à les apprécier. Mais la société était trop pauvre et trop peu développée, la faim dominait (aussi à cause de la guerre civile qui a duré jusqu’en 1921), les moyens présents ne correspondaient pas aux plans,… La libération de la femme n’est pas possible sur base de pénurie généralisée.

Le stalinisme revient sur les acquis des femmes

La Révolution d’Octobre avait fait de grands pas en avant, mais une cruelle contre-révolution s’est produite ensuite. Avec la défaite du mouvement révolutionnaire dans plusieurs pays européens, la Russie s’est retrouvée isolée. Cet isolement, combiné aux grosses pénuries dans le pays et au sous-développement économique et culturel, a été la base du développement d’une bureaucratie toujours plus grande, qui est de plus en plus revenue sur tous les acquis. Les lois de la Révolution d’Octobre ont été révisées, supprimées et remplacées par des copies du droit bourgeois. Les mêmes arguments qui étaient auparavant utilisés en faveur du droit à l’avortement et au divorce – la libération des femmes, les droits de l’individu, la protection de la maternité,… – sont devenus des arguments contre l’avortement et le divorce.

L’attitude adoptée par la bureaucratie contre les femmes et la famille reflétait le changement général qui avait lieu en Union Soviétique. Au lieu d’être le parti de l’avant-garde du prolétariat révolutionnaire, le parti bolchévique était de plus en plus devenu l’organisation politique de la bureaucratie. La bureaucratie inférieure a suivi le sommet du parti dans sa lutte pour le pouvoir et pour des privilèges. En 1927, l’Opposition de Gauche (sous la direction de Léon Trotsky) a protesté contre le fait que l’appareil administratif croissant accaparait une partie de plus en plus grande de la richesse. La seule conséquence a été l’arrêt des publications de ce genre de données. Les statistiques sur la taille, la richesse et les privilèges de cette couche ont commencé à être censurées de façon professionnelle. Dans «La Révolution Trahie», Trotsky estimait que ces couches privilégiées étaient constituées de 20 à 22 millions de personnes, c’est-à-dire 12 à 15% de la population. Cette division était sans doute plus «démocratique» que sous le tsarisme et que dans la plupart des pays capitalistes, mais on ne peut qualifier cela de socialisme.

Un grand nombre d’enfants des rues est apparu, mais sur cela non plus il n’était pas possible d’avoir des données publiques, tout comme pour la prostitution. Les crèches étaient d’une qualité lamentable, ceux qui avaient de l’argent cherchaient une autre solution. Une campagne a été mise sur pied contre «le divorce trop facile», et il a dès lors fallu payer pour la procédure. La bureaucratie a aussi mené une campagne contre l’avortement. Ils prétendaient que «sous le socialisme» aucune femme n’avait le droit de refuser «les joies de la maternité».

Le droit à l’avortement avait été reconnu parce qu’avoir un enfant pouvait pousser les femmes dans la pauvreté. Le droit à l’avortement fait partie de la lutte contre la pauvreté et est un droit social, politique et culturel. La bureaucratie parlait de «socialisme» mais oubliait que le socialisme doit éliminer les causes de l’avortement, ce que le régime bureaucratisé ne faisait pas. La loi anti-avortement a conduit à des protestations, mais est passée. Les «dames» des couches privilégiées, tout comme les femmes riches dans les pays capitalistes, disposaient cependant des moyens de faire ce qu’elles voulaient. Même l’avortement était devenu un privilège.

Cuisiner et faire la lessive à la maison ont été encouragés et sont de nouveau devenus une responsabilité individuelle, les services collectifs étaient souvent de mauvaise qualité faute de moyens. Quand les bons alimentaires ont été abolis en 1935, beaucoup de personnes ont recommencé cuisiner à la maison. La femme a été repoussée à la maison, les solutions pour la double tâche ont été démantelées.

Ces mesures ont démontré qu’une législation ne suffit pas, elle peut même être hypocrite. La majorité des femmes ne peut pas être «libre» si la société n’est pas capable de prendre sur elle les soins matériels des familles et si seules les femmes riches peuvent sous-traiter les «tâches ménagères».

Le stalinisme ne pouvait et ne voulait pas libérer de moyens pour cela, mais la position des femmes n’a fait qu’empirer par la réintroduction du capitalisme début des années 90. Les soins de santé et l’enseignement gratuit, le logement abordable,… ont été perdus avec d’énormes conséquences pour les femmes. Des services publics tout entiers, entre autres dans l’accueil des enfants, ont été abolis, fortement diminués ou privatisés. Le mode de vie de la grande majorité de la population s’est drastiquement effondré.

Voilà pourquoi on retrouve beaucoup de femmes de l’ex-Bloc de l’Est dans la prostitution occidentale. La voie vers la libération n’était pas dans le capitalisme, mais dans le socialisme démocratique, dans la planification de la production décidée de façon démocratique, avec pour objectif les besoins de la majorité de la population et non les profits de quelques-uns.

 

Article par LAURA G (Gand)

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