Le déclin du gouvernement Sarkozy

Racisme, corruption, crise économique et lutte des classes

Le vieil adage des chasseurs « ne jamais faire confiance à un animal blessé », est justement illustré par les dernières actions du gouvernements Sarkozy. En effet, les circonstances dans lesquelles se trouve le capitalisme français( caractérisé par une combinaison explosive de crises ) ont poussé la classe dirigeante à recourir à la vieille arme du racisme.

Depuis la fin du mois de juillet, une féroce chasse aux sorcières contre les Roms est en cours dans tout le pays. Cela fait partie d’une vague de mesures répressives racistes contre de soi disant « crimes », qui stigmatise les immigrés, renforcée par une augmentation des expulsions. C’est dans ce cadre que la législation va être élargie e, intégrant des propositions seront présentées au parlement le mois prochain pour retirer la nationalité française à des personnes d’origine étrangère qui ont commis des actes criminels. Ces mesures ne sont rien d’autre qu’une tentative désespérée de détourner l’attention de l’incapacité du gouvernement à résoudre les nombreux problèmes accumulés par des années de politiques en faveur des capitalistes, et surtout, essayer de briser les luttes de classes cruciales à venir.

Le 26 juillet, le journal américain le New York Times écrivait le commentaire suivant : « M. Sarkozy chancèle avec un taux de désapprobation dans les sondages nationaux de 61%; le scandale qui se développe est une vraie plaie, impliquant un ministre clé, des cadeaux en nature, des privilèges et la femme la plus riche de France; et des manifestations de masse sont prévues en septembre contre la réforme du système de retraite du pays. »

La clique politique au pouvoir a été secouée par une succession de scandales, contribuant à faire chuter le soutien à Sarkozy dans la société à des niveaux bas records. Cela se passe dans un contexte de crise industrielle et de crise des finances publiques qui se poursuivent. L’affaiblissement de « l’homme fort » Sarkozy et de son gouvernement est aussi nourri par la colère contre la réforme du système de retraite, pierre angulaire d’une nouvelle batterie de mesures d’austérité. Le déficit budgétaire de la France approche un niveau record de 8% du PIB. Le réduire en dessous des 3%, ce que prévoit le gouvernement, impliquerait d’arracher 100 milliards d’euros des poches des travailleurs en 3 ans, ce que la classe dirigeante française n’a jamais fait dans toute son histoire. Des coupes de 45 milliards d’euros sont déjà nprévues dans les dépenses publiques, ce qui implique la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires (par le non- remplacement d’un retraité sur deux.), des coupes dans la santé, par le gel des fonds alloués aux régions, des coupes dans diverses allocations sociales etc.

Pourtant le mot « austérité » reste tabou dans les cercles dirigeants, de peur que la notion même d’austérité ne nourrisse la colère et les manifestations. Le premier ministre, François Fillon, qui début mai, juste après l’annonce du gel des dépenses publiques, proclamait « qu’il n’y a pas et n’y aura jamais d’austérité en France », avait suscité l’outrage parmi les politiciens en parlant de « l’austérité budgétaire » de la France dans un discours lors d’une visite officielle au Japon.

Austérité pour les pauvres, « reprise des profits » pour les capitalistes : les ingrédients d’une nouvelle récession

Les chiffres publiés récemment par Pôle Emploi soulignent le massacre d’emplois qui a eu lieu en France pendant la crise économique. L’année 2009 a été la pire de ce point de vue deopuis la 2è guerre mondiale. 256100 emplois ont été détruits (une chute du taux d’emploi total de 1,5%) avec 168200 emplois perdus dans le seul secteur industriel. C’est comme si en moyenne une usine de 700 ouvriers fermait chaque jour.

Dans le même temps les profits des grandes entreprises françaises évoluent dans la direction opposée, atteignant des niveaux vertigineux, en particulier dna sle secteur bancaire, et, pour certains, renouant même avec leurs profits d’avant crise. Les profits de 28 des 40 plus grands entreprises françaises qui ont publié leurs résultats bisannuels ont augmenté de 2,5 fois par rapport à la même période l’année dernière. Il n’y a aucune contradiction à cela : ce montant spectaculaire de profits a principalement été généré sur la base non d’une augmentation de l’investissement productif, mais grâce à une réduction massive de l’emploi industriel et la super exploitation des travailleurs restants, combiné à des aides de l’Etat au secteur financier.

Cela montre l’aspect unilatéral de la « reprise » économique dont les économistes, faiseurs d’opinion et politiciens parlent : « le nouveau cercle vertueux de la croissance » comme le définissait le ministre de l’économie Christine Lagarde, n’est « vertueux » que pour les riche et les gros actionnaires. Des économistes plus sérieux pointent le fait que le faible 0,6% de croissance du PIB enregistré au deuxième trimestre de l’année n’est pas tenable, principalement parce qu’il est du aux opérations de restockage, alors que le niveau de consommation intérieure continue de diminuer. En même temps, l’épreuve prévue par le gouvernement pour les travailleurs et les gens ordinaires, ciblés comme ceux qui doivent payer l’addition du fardeau budgétaire, ne peut qu’affaiblir encore les bases instables sur lesquelles la soi-disant « reprise » est fondée. La promesse pré-électorale de Sarkozy d’être le président du pouvoir d’achat a été et continue d’être à l’exact opposé : un président qui prend en otage le pouvoir d’achat des pauvres en faveur des plus riches.

Un gouvernement de riches pour les riches

Une récente spirale de scandales a frappé les cabinets ministériels, prenant des dimensions politiques. Cela inclus des allégations selon lesquelles l’UMP a bénéficié de dons illégaux pour la campagne électorale de 2007de la part de Lilliane Bettencourt, milliardaire agée de 87 ans, l’héritière de l’Oréal l’empire de la cosmétique, et femme la plus riche d’Europe. Eric Woerth, le ministre du travail en charge de la réforme des retraites est au cœur d’une controverse, il est accusé d’avoir utilisé son influence quand il était ministre du budget et trésorier national de l’UMP, et sa femme, conseillère financier personnel de Bettencourt, pour aider celle-ci à ne pas payer d’impôts.

Non seulement cet ouragan de scandales dévoile la vie décadente et luxueuse des politiciens au pouvoir et la connexion entre eux et la classe capitaliste. Il a par exemple été révélé que Christian Blanc, secrétaire d’état au Grand Paris, avait dépensé 12000 de l’argent des contribuables en cigares cubains ; il a été forcé de démissionner depuis. Ils mettent en exergue les faiblesses et la décrépitude du gouvernement, ce qui crée un vide dans lequel les masses pourraient s’engouffrer. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’assemblée nationale, a déclaré juste après la journée d’action du 24 juin qu’il y avait aujourd’hui en France « une atmosphère malsaine nuit du 4 août » (en référence à l’épisode de la révolution française de 1789, quand l’assemblée nationale a formellment aboli le système féodal et les nombreux privilèges de la noblesse et du clergé)

C’est dans ce climat malsain que des mesures ont éte annoncées en juin visant à limiter les dépenses des ministres et des secrétaires d’état, soi-disant pour montrer que « tout le monde se serre la ceinture ». En effet, les jets de luxe, les hôtels cinq étoiles et les chasses présidentielles ne sont pas une très bonne publicité quand les mêmes politiciens essaient de convaincre les gens ordinaires qu’ils vivent « au dessus de leurs moyens » et qu’ils dépeignenet les fonctionnaires comme des « privilégiés ». « J’ai décidé que le niveau du vie de l’état doit être vigoureusement réduit, l’état doit être exemplaire. » Voilà ce que déclarait Sarkozy alors, c’est le même président qui avait augmenté son salaire de 170% juste après son élection et est connu pour son style de vie luxueux, ses vacances sur les yachts des des ses amis milliardaires. Sarkozy suggère aussi d’abolir le cumul des mandats, si cela était mis en place cela constituerait une bombe politique qui rencontrerait l’opposition farouche non seulement de l’opposition mais aussi de ces alliés.

La nouvelle guerre contre l’insécurité

Face à une accumulation de problèmes, Sarkozy a eu besoin d’un instrument de diversion, dans une tentative d’éteindre un feu en allumant un autre. Deux ‘émeutes de jeunes – une dans la petite ville de Saint Aignan dans Vallée de la Loire, où des gens du voyage ont attaqué un commissariat de police après qu’un des leurs avait été tué par balle par un gendarme, l’autre dans une banlieue pauvre de la ville de Grenoble, où une personne de 27 ans d’origine africaine a été tuée dans une fusillade avec la police après le cambriolage d’un casino – lui a donné un prétexte pour lancer une croisade contre l’immigration et ‘l’insécurité’, associant directement le premier avec le dernier.

La déclaration par le Ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, “français ou voyou, vous devez choisir” (en d’autres termes : vous êtes français, ou vous êtes un voyou…et donc un immigré) résume la nouvelle ‘politique’du gouvernement français, une copie de la rhétorique classique de l’extrême droite le Front national (FN). Par la suite, le FN s’est vite manifesté pour indiquer que : “le nouveau ton du Président de la République et son administration a seulement un mérite : il apporte une confirmation officielle du caractère criminel d’une certaine immigration, une vérité pour laquelle le Front national a été persécuté pendant trois décennies.”

Sarkozy et son parti ont subi une défaite importante en mars lors des élections régionales, tandis que le FN, profitant partiellement de l’ambiance anti-Sarkozy, a consolidé un score de 12 % des voix au premier tour. Le succès électoral de Sarkozy en 2007 a surtout dépendu dans le fait d’éloigner du FN une section des électeurs ouvriers et les pauvres, toujours dégoûtés par la faillite mémorable et les mesures anti-ouvrières du précédent gouvernement de « gauche plurielle » de 1997à 2002(le Parti Socialiste, le Parti communiste et les Verts). Il rêve maintenant de reproduire la même tactique en prévision de la campagne présidentielle 2012 : exaltant le racisme et la politique anti-immigré à un nouveau stade et essayant par ce processus de reprendre l’électorat du FN. Mais cela a peu de chance de succès. Comme le site Web américain ‘Politique étrangère’ en a récemment fait état : ” Il y a trois ans, la campagne électorale de Sarkozy a unifié la mondialisation – les hommes d’affaires amicaux, les parties modernisatrices des élites gouvernementales et bureaucratiques, et une partie des classes inférieures. Aujourd’hui cette alliance est tombé en lambeaux ; à l’annonce de la moindre réforme, les lobbies s’opposent.

Autrement dit, la réelle nature de classe du gouvernement de Sarkozy a été révélée aux yeux des masses, polarisant ses partisans originaux sur des lignes de classe. Les couches bourgeoises n’ont pas échappé à ce processus. Selon ‘ Le Monde ‘, juste après les élections régionales 41 % des professions libérales et des cols blancs et 46 % de ‘ les professions intermédiaires (des artisans, des commercants …) ont exprimé leur désaffection de Sarkozy et son gouvernement (en 2007, 62 % et 82 % des mêmes couches étaient en faveur de Sarkozy).

Par conséquent, si une résistance ouvrière claire et un parti pour l’organiser, ne sont pas construits dans la période à venir pour battre Sarkozy, il y a un risque réel que la seule ‘opposition’ tirant avantage de cette désaffection générale et de la propagande raciste du gouvernement, pourrait être l’extrême droite elle-même.

Diviser pour mieux régner

Dans un discours à Grenoble fin juillet, le président a annoncé qu’il mènerait “une guerre nationale” contre le crime, annonçant de nouvelles mesures visant principalement les immigrés. Cela inclut, entre autres choses : la possibilité de déchoir de la citoyenneté française quelqu’un “d’origine étrangère” reconnu coupable d’actes de délinquance, notamment s’ils “mettent en danger la vie d’un policier, un soldat ou une autre personne d’autorité publique” (malgré le fait que, dans les deux affaires mentionnés ci-dessus, les tueurs étaient la police elle-même); des menaces de punir des parents dont les enfants manquent l’école en coupant le paiement des allocations familiales ; l’installation de 60000 nouvelles caméras vidéo de surveillance avant 2012; etc.

Le gouvernement s’est aussi lancé dans une campagne tonitruante contre les Roms et les gens du voyage, avec l’intention de démanteler la moitié des 600 camps de Roms estimés d’ici 3 mois. Ces mesures ont déjà commencé : plus de 50 de ces camps ont été détruits ces dernières trois semaines, avec les expulsions de leurs occupants principalement vers la Roumanie et la Bulgarie, où ils feront inévitablement face à un mépris encore pire, à la pauvreté et la discrimination. Les autorités françaises ont même commencé à prendre les empreintes digitales et d’autres données biométriques, pour s’assurer qu’ils ne reviennent pas.

« Nous les Français n’avons pas vocation à intégrer deux millions et demi de gitans roumains », a déclaré le secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, Pierre Lellouche. Il ne s’agit que de pure distorsion pour jouer sur les peurs, de la distorsion et des préjugés raciaux : on estime qu’il y a 400 000 gens du voyage en France, dont la grande majorité sont des citoyens français qui vivent dans le pays depuis plusieurs générations. En ce qui concerne les Roms, alors qu’ils sont la plus grande minorité ethnique d’Europe, ils sont au nombre de 15 000 en France et viennent généralement de l’immigration plus récente d’Europe de l’est.

De plus, depuis que le gouvernement Sarkozy a mis en place des quotas d’expulsion d’immigrés, cette dernière catégorie représente un « réservoir » pratique pour les atteindre : environ un quart des expulsions ces quatre dernières années ciblaient des Roms (à peu près 10 000 pour la seule année 2009) selon les chiffres officiels. Ceci montre à quel point les autorités capitalistes se moquent des lois existantes sur « la liberté de mouvement des citoyens de l’Union Européenne », selon lesquelles ces derniers ont soi disant le droit de se déplacer librement entre les pays membres.

En France comme ailleurs, les Roms sont la plupart du temps forcés de vivre dans des conditions insalubres déplorables à cause de la discrimination et de l’oppression qu’ils ont dû souffrir à travers l’histoire. Comme un Rom l’a constaté dans Libération, « en Bulgarie, il n’y a rien pour nous. Si nous sommes partis, c’est parce qu’il n’y avait pas de travail, pas d’écoles, et nous avons été expulsés de chez nous. Mes deux enfants n’ont jamais été à l’école en Bulgarie à cause du manque d’argent mais aussi à cause de la discrimination de l’administration locale. » La politique de discrimination systématique est reproduite par les autorités françaises. « Et ici, en pratique, ils ont mis tellement d’obstacles que c’est impossible pour nous de travailler. Et après on est “accusés” de vivre dans la pauvreté… Tout est organisé pour que nous ne puissions pas nous intégrer ».

Depuis 1990, les « lois Bessons » ont mis en place l’obligation pour l’état de construire des aires adaptées pour les gens du voyage dans toutes les villes de plus de 5 000 habitants. Mais 58% des autorités concernées n’ont jamais appliqué la loi, forçant cette population à installer leurs camps dans des zones genre bidonville, près des champs, des déchetteries ou entre chemins de fer et autoroutes.

Comme cela s’est passé en Italie, le climat raciste que propage le gouvernement donne carte blanche à des attaques racistes contre les Roms et les immigrés en général, en les soumettant à encore plus de pression raciste. Trois camps de Roms ont déjà été vandalisés près de Toulouse dans les semaines récentes. Et, encore comme en Italie, la soi-disant « gauche » du PS, malgré une dénonciation verbale et une démonstration d’indignation contre les nouvelles mesures, les suit en pratique. A Anglet dans les Pyrénées-Atlantiques, l’administration locale PS a envoyé les CRS pour démanteler un camp Rom ; le maire PS de Carrières-sous-Poissy dans les Yvelines a personnellement écrit à Sarkozy pour lui demander d’expulser les Roms de son département. « En tant qu’officiel de la gauche, et dans l’intérêt de la sécurité publique, j’ai demandé leur expulsion le plus tôt possible », a-t-il expliqué. La faillite historique des partis soi-disant de « gauche » est telle qu’ils semblent ne rien avoir d’autre à opposer à la politique de Sarkozy que de jouer sur son propre terrain.

Même si ce n’est pas à la même échelle, des éléments des mesures racistes initiées par le gouvernement sont des réminiscences du régime de Vichy et de l’occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale. Des mesures spécifiques qui traitent des communautés particulières comme des citoyens de seconde classe étaient aussi des éléments de la politique du régime français pendant la guerre d’Algérie, illustrée par le tristement célèbre massacre de centaines de militants du FLN par la police parisienne en octobre 1961, alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre un couvre-feu imposé sur les « travailleurs musulmans algériens », les « musulmans français » et les « musulmans français d’Algérie ».

Alors qu’en juillet, le gouvernement a classé monument historique les restes de l’ancien camp de concentration de Roms à Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire, en commémoration de la persécution des Roms par les autorités françaises entre 1941 et 1945, actuellement, il procède à une campagne de raids violents contre ces mêmes personnes. Ceci démontre de manière détestable combien ce gouvernement est hypocrite et cynique. Et ce sans mentionner le fait que le nom de famille de Sarkozy, d’origine semi-hongroise, est « typiquement Rom », d’après le porte-parole principal de la communauté Rom en Autriche, qui s’appelle (ironiquement)… Rudolf Sarkozi.

Le CIO appelle à l’arrêt immédiat de toutes les violences, persécutions et discrimination à l’encontre des Roms, gens du voyage et de toutes les minorités ; non à la stigmatisation des étrangers et particulièrement de la communauté musulmane et de la jeunesse arabe et nord-africaine ; pour la fin de toutes les expulsions d’immigrés ; pour l’application et l’extension des lois visant à mettre à la disposition des gens du voyages des infrastructures et services sanitaires dignes de ce nom ; non à la proposition de loi pour retirer la nationalité aux personnes condamnées pour crime ; pour la défense et l’extension de services publics gratuits et de qualité accessibles à tous ; pour des conditions de vie et des emplois décents pour tous, indépendamment de l’origine, du sexe ou de la religion. Non aux citoyens de seconde classe : droits égaux pour tous !

L’appel à une « guerre nationale contre l’insécurité » n’est rien d’autre qu’une tentative clairement affichée de semer les graines du racisme dans les rangs de la classe ouvrière et une manœuvre de diversion destinée à éclipser les batailles sociales qui vont avoir lieu dans la toute prochaine période. Ce dernier point est démontré par le fait que le gouvernement a décidé de présenter son projet de loi sur la « sécurité nationale » devant le Sénat le 7 septembre, c’est à dire à la même date où les syndicats ont décidé d’une journée d’action et de grèves nationale contre la réforme des retraites.

Mais ces mesures ne sont qu’un écran de fumée pour masquer les réelles batailles. Du point de vue du gouvernement, elles sont aussi une étape effective pour préparer ces dernières. En effet, les nouvelles mesures sur la « sécurité » représentent un réel échauffement pour l’État, qui fait ses armes contre la classe ouvrière en anticipation de l’augmentation de la colère sociale, qui pourrait amener à des confrontations explosives dans la prochaine période. Sarkozy, sentant que sa base sociale s’amoindrit, essaie de redorer son image de « premier flic de France » en prenant de plus en plus de mesures dans la direction d’un État plus répressif, similaire sous certains aspects aux premières tentatives de De Gaulle après son arrivée au pouvoir en 1958. La tendance de plus en plus affichée à nommer des responsables de la police aux différentes préfectures en est un élément.

La violence des CRS déployés dans les quartiers contre les immigrés, les gens du voyage et les Roms sera à coup sûr utilisée contre les travailleurs en grève ou les luttes de la jeunesse. C’est pourquoi s’opposer et bloquer les nouvelles mesures racistes du gouvernement et organiser et mobiliser pour des actions en soutien aux victimes de cette politique doit être partie intégrante de la riposte contre les tentatives de faire payer la crise capitaliste aux travailleurs et aux pauvres. Ce ne sont que deux facettes de la même politique. Une telle réponse est nécessaire et urgente de la part de tout le mouvement syndical et des organisations de gauche pour poser les bases d’une lutte unifiée qui, en développant sa propre dynamique, pourrait gagner la force de battre ce gouvernement et leurs plans pour organiser la misère, le racisme, la division et la répression.

Plus de 50 organisations, y compris les syndicats, ont appelé à des manifestations de masse le 4 septembre à Paris et dans beaucoup d’autres villes de France. Le CIO et sa section française, la Gauche Révolutionnaire, sont en campagne pour une présence massive dans les rues pendant ce jour d’action important. Nous comprenons que sans un pôle d’attraction clair à gauche, qui donnerait des réponses concrètes aux problèmes sociaux et à la crise du capitalisme, des secteurs de la population pourraient avoir une attitude d’approbation passive face à l’offensive de Sarkozy sur « l’insécurité ». Mais cela n’a rien à voir avec ce que le gouvernement voudrait nous faire croire.

Ces dernières semaines, les journaux capitalistes en France et à l’international ont largement commenté sur un sondage qui disait qu’il y avait un « soutien populaire impressionnant » pour les nouvelles mesures de Sarkozy. Mais les sondages sont comme les parfums : on peut les sentir mais jamais les boire. En effet, quel crédit peut-on donner à un sondage conduit par l’IFOP, dont la vice présidente est Laurence Parisot, patronne du Medef, et organisé par Le Figaro, tenu par Serge Dassault, un grand industriel, sénateur UMP et ami personnel de Sarkozy ? C’est ce même Figaro qui a publié début 2010 qu’« une majorité » des Français soutenait la réforme des retraites. Les grosses mobilisations de la classe ouvrière en mai et en juin ont donné une première réponse à une assertion aussi partiale.

De manière intéressante, un autre sondage (évidemment beaucoup moins mis en avant) par le CSA et publié dans Marianne, dans différentes conditions et avec des questions plus précises, a dessiné un tableau bien différent. Par exemple, il indique que 73% des gens considèrent que ce sont les inégalités et les problèmes sociaux qui sont la cause de l’augmentation de la criminalité ; et une forte majorité (69%) considère que la politique de Sarkozy est « inefficace » en terme de lutte contre l’insécurité.

Huit ans plus tôt, alors que Sarkozy était ministre de l’Intérieur, il avait déjà déclaré la « guerre à la criminalité » et avait promis aux habitants des zones urbaines une « vie libérée de la peur », etc. Mais il n’a rien changé. Au contraire, des couches de plus en plus importantes de la population ont tiré les conclusions des dernières années et sont moins enclins à gober la pilule sarkozienne de « la loi et l’ordre » car ils comprennent que la vraie bataille aura lieu au front social de septembre. Ils ont bien vu que le seul côté « efficace » de la politique de Sarkozy a été de détruire les emplois et les services publics pour protéger les intérêts des riches, alors que d’un autre côté, l’insécurité sociale a explosé, particulièrement dans les quartiers les plus pauvres. Les statistiques montrent que la politique répressive de Sarkozy en terme d’amélioration de la sécurité est une faillite complète. Par exemple, ces cinq dernières années, les attaques contre « l’intégrité physique des personnes » (vols avec violence, menaces physiques, chantage…) ont augmenté de 16%.

Qui est vraiment responsable ?

Alors qu’il prétend combattre les délinquants et les criminels, Sarkozy protège en fait les vrais voyous et criminels : les grands patrons. Ce sont eux qui contrôlent l’économie et concentrent entre leurs mains une partie grandissante des richesses, poussent des parties entières de la société vers la privation sociale et menant les secteurs les plus aliénés de la population vers les activités criminelles et la délinquance.

Sarkozy a beaucoup à dire sur l’introduction d’un contrôle renforcé sur les supposés « profiteurs sociaux », alors que les plus grands fraudeurs fiscaux cachent des fortunes dans les paradis fiscaux avec l’aide de ce même gouvernement corrompu. Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, parle d’introduire des contrôleurs spéciaux pour vérifier la situation fiscale des gens du voyage, remettant en avant le vieux cliché selon lequel ils conduiraient de grandes et luxueuses voitures pour tirer leurs caravanes. De l’autre côté, en juillet, l’ancien comptable de Liliane Bettencourt a confirmé qu’elle n’avait « jamais été soumise à aucun contrôle fiscal depuis au moins 1995 ». Ceci montre le caractère double et profondément intéressé vers une classe en particulier de la politique de Sarkozy : une politique pour les riches, une autre pour les pauvres.

Ceci est très révélateur de la signification réelle de ses gesticulations démagogiques suite à l’explosion de la crise financière, alors qu’il prétend engager un combat contre les « requins financiers », contre les paradis fiscaux, etc. Il ne s’agit en fait que d’une gigantesque fanfaronnade pour tenter de duper les travailleurs ordinaires et en pratique protéger ses soutiens et amis dans le big business tout en adoptant des méthodes de plus en plus en répressives contre les victimes de sa politique et ceux qui essaient de s’y opposer.

La classe ouvrière et la résistance

Sarkozy a décidé d’infliger un coup sérieux à la classe ouvrière et il est prêt à utiliser tous les moyens pour atteindre ce but. Mais il n’a pas nécessairement les moyens de mener à bien ses intentions car son gouvernement traverse une crise politique majeure et, parmi les pauvres, la classe ouvrière et particulièrement la jeunesse, l’idée de s’en débarrasser gagne du terrain. Le remaniement ministériel prévu pour octobre parviendra difficilement à changer ceci. Face à ce gouvernement affaibli, la classe ouvrière et la jeunesse pourraient gagner plus de confiance pour emprunter le chemin de la lutte. Le mois de septembre sera un test crucial dans cette perspective.

Comme un chien à l’agonie, Sarkozy essaie de reprendre l’initiative. Pourtant, même parmi la droite et dans les rangs mêmes de l’UMP, nombre de voix expriment leur inquiétude à propos de ce « nouveau tournant ». Pas parce qu’ils sont inquiets du sort de milliers d’immigrés ou de familles de Roms, ou des attaques sur les libertés civiles dont on peut être certains, mais parce qu’ils sont inquiets que l’attitude toujours plus provocatrice de Sarkozy puisse mener à des explosions incontrôlables de la base.

Comme l’a décrit le magazine économique Foreign Policy, « les rues de France pourraient bientôt accueillir les syndicats militants, les travailleurs du public en grève et les jeunes de banlieue en révolte ». De manière peu surprenante, les principales critiques sur les derniers revirements de la politique de Sarkozy viennent des villepinistes, le groupe dissident de l’UMP dirigé par l’ex-premier ministre Dominique de Villepin ; ce même Villepin qui en juin a créé un nouveau mouvement politique appelé République Solidaire, une sorte d’« aile droite sociale » opposée à Sarkozy.

Un certain nombre de politiciens de droite essaient à présent de se distancier de Sarkozy par peur de creuser leur propre tombe politique. Ils pensent que cette dernière croisade raciste dont il est à l’initiative n’est pas nécessaire, qu’elle ne fait que jeter de l’huile sur le feu et que l’attitude collaboratrice des dirigeants syndicaux pourraient être des éléments suffisants pour mettre le feu aux poudres des mobilisations sociales de l’automne.

Sur ce dernier point, ils ont probablement raison en ce qui concerne l’attitude des dirigeants syndicaux. Dans une interview le 11 juillet, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT a averti le gouvernement en lui demandant d’amender son projet de loi sur la réforme des retraites, « ou nous aurons une crise sociale majeure en automne ».

La classe ouvrière en France, ce « pays traditionnellement anticapitaliste », comme l’a commenté récemment le journal anglais le Guardian, pourrait potentiellement mettre ce gouvernement pourri à genoux, si elle a à sa tête une direction déterminée, capable de donner confiance à la masse de la population et dépasser les limites imposées par le conservatisme des dirigeants syndicaux. A ce moment décisif, la construction d’un parti qui intervienne constamment dans la lutte des classes, dans les lieux de travail, les syndicats et défende un clair programme pour une transformation socialiste de la société, est une tâche primordiale. Les luttes qui vont se développer offriront énormément d’opportunités pour la mener à bien. Les membres de la Gauche Révolutionnaire, section française du CIO, mettront toutes leurs forces pour aider à ce processus, dans les grandes confrontations qui vont certainement exploser dans la prochaine période.

Article par CEDRIC GEROME

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