Grèce : Unifions les luttes et renversons le gouvernement

Depuis le mercredi 25 mai, les places d’Athènes et d’autres villes grecques ont été occupées par des manifestants. Cette interview a été réalisée vendredi 27 mai, deux jours après que l’occupation ait démarré. Dimanche 29 mai, une des plus grandes mobilisations de masse qu’on ait jamais vu a eu lieu sur la place Syntagma. Il y avait en permanence entre 50 et 70 000 personnes présentes, mais le nombre total de gens qui ont visité la place est estimé par Xekinima à environ 200 000 !

Peux-tu décrire le mouvement de la jeunesse ?

Cette vague d’occupations est très clairement une réponse aux développements en Espagne, qui étaient à leur tour influencés par les mouvements de masse en Tunisie et en Égypte. Ceci montre la force de l’internationalisme qui existe.

L’occupation est également une réponse aux conditions auxquelles est confrontée la jeunesse. Le chômage en Grèce a atteint des niveaux historiques. Selon la fédération syndicale grecque, ce chiffre s’élève en réalité à 22%. Le chômage des jeunes vaut environ le double de cela. Le salaire de base pour les jeunes travailleurs qui ont leur premier emploi est de 520€ net par mois, c’est un salaire de misère.

Ce mouvement est un développement assez puissant mais il n’est toujours pas clair de savoir dans quelle direction il va évoluer. Sur la place Syntagma où il a commencé mercredi 25 mai, on estime qu’il y avait 50.000 personnes, y compris un certain nombre de gens qui ne sont pas restés tout le temps, puisque l’occupation a duré de 6 heures du soir à 2 heures du matin. Les travailleurs et leurs familles ne peuvent pas rester tout le temps. Il y a eu des manifestations massives dans environ quinze villes grecques, comme Thessalonique, Patras, Volos, etc.

Ce n’est pas seulement la jeunesse qui participe. Il y a aussi des pensionnés et des travailleurs ; tous essaient d’apporter leur pierre. Il semble que la base a été jetée pour la prolongation des occupations dans les deux villes principales.

Il y a de très grandes assemblées, auxquelles participent une grande quantité de gens, bien qu’elles durent jusqu’à cinq heures. Des comités sont en train d’être mis sur pied pour prendre en charge les aspects techniques – la nourriture, l’eau, les connections wi-fi, etc. Et les premières tentes ont été dressées sur la place.

En Espagne, on constate une certaine antipathie envers les syndicats et les partis politiques. Cet élément est-il aussi présent parmi la jeunesse grecque ?

Tout comme en Espagne, il y a un très fort manque de volonté d’impliquer les syndicats ou les partis politiques. Mais nous pensons que cela n’est que temporaire. Nous croyons que, une fois que tout ceci évolue en un véritable mouvement, la nécessité de lui donner une dimension de masse pour le rendre efficace sera évidente. Et alors, la jeunesse sera forcée de faire appel à la classe ouvrière et aux syndicats. Cet appel sera essentiellement dirigé envers la base syndicale, parce que tout le monde déteste les dirigeants syndicaux, et aussi envers la base des partis de gauche, à cause de l’hostilité à l’encontre des partis de gauche.

Les membres de Xekinima participent aux comités de coordination de l’occupation dans les deux villes cruciales que sont Athènes et Thessalonique. Une des revendications centrales que nous mettons en avant, dans les assemblées tout comme dans le matériel que nous produisons et diffusons, est que nous voulons la participation des travailleurs ; nous voulons que tous les gens qui sont en grève terminent leur grève sur la place et y restent. Si les travailleurs de l’électricité partent en grève de 48 heures, par exemple, après leur manifestation, nous aimerions qu’ils viennent sur la place pour à la fois fournir et recevoir un soutien et la solidarité.

Nous sommes certains qu’une telle tactique recevrait une large réponse et je suis également certain que la majorité dans les assemblées soutiendra cette idée et les reprendra à son tour.

Les gens doivent être très fâchés du fait que le gouvernement grec soit en train de discuter de nouvelles coupes budgétaires et privatisations, non ?

Oui. Le gouvernement grec est en ce moment en train de discuter d’un deuxième accord avec la “Troïka” du FMI, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne. Ceci signifie en fait qu’après un an de cette politique barbare qui détruit les vies de centaines de milliers de gens, si pas de millions d’entre eux, ils sont arrivés à la conclusion que cette politique ne marche pas.

L’an dernier, il y a eu quatre vagues d’attaques. Le second accord signifie encore plus d’attaques. Les gens sont désespérés.

La vitesse à laquelle se déroulent les événements en Grèce est époustouflante. Toutes sortes de mouvement sont apparus, mais à cause du fait qu’ils n’ont aucune direction capable de leur fournir un programme et une stratégie pour la lutte, ils ne se maintiennent pas.

Et puis, il y a la réaction, sous la forme par exemple d’attaques fascistes comme on l’a vu il y a deux semaines. Ceci ne peut être compris que si l’on considère la société grecque comme une série de convulsions. Les gens sont extrêmement fâchés, mais en même temps extrêmement désespérés. Ils cherchent une issue.

Quelle a été la réponse aux attaques fascistes ?

Tout d’abord, je dois dire que ce qui s’est passé a été extrêmement choquant. Pendant près de quatre jours, des nazis – pas de simples populistes de droite – ont commencé à pourchasser tous les immigrés qu’ils voyaient dans les rues, à les frapper à coups de couteau et avec tout ce qui leur tombait sous la main. Ils sont entrés dans des boutiques tenues par des immigrés pour tout y démolir ; c’était un véritable pogrom. La police regardait sans rien faire. Tout Grec qui tentait de protester contre ce fait à la police était, dans les faits, livré aux fascistes pour se faire tabasser puis hospitaliser.

Ça a vraiment choqué la gauche. Les partis de gauche de masse ont toujours sous-estimé le danger du fascisme. Xekinima a toujours mis en avant le fait que les conditions qui seront créées par la colère, le désespoir et la frustration peuvent mener à une hausse du racisem et du fascisme. Ce développement montre que c’est dès le début qu’il faut se battre contre les fascistes, lorsqu’ils ne sont encore que des petits groupes.

Maintenant, le problème est qu’il n’y a encore eu aucune réponse sérieuse aux fascistes de la part des partis de gauche ou des syndicats. Malheureusement, malgré les propositions de Xekinima et cinq meetings bien remplis, les divers groupes de gauche refusent de se mettre d’accord sur une action unie. C’est ridicule, scandaleux même. Toutefois, la lutte contre les fascistes doit être menée.

L’extrême-droite a tenté d’intervenir dans les occupations et de profiter de la confusion qui existe afin de promouvoir des slogans nationalistes. Mais elle a été victorieusement combattue et a dû battre en retraite. La jeunesse et les membres de Xekinima ont réagi et ont répondu aux arguments politiques des fascistes. Il semble qu’ils se soient éloigné de ce mouvement et se préparent maintenant à l’attaquer.

Quelle issue propose Xekinima ?

Il y a eu de nombreuses luttes importantes récemment. Les travailleurs des bus ont mené une action de grève pendant trois mois. Mais ils ont été vaincus, vendus par leur direction. Et puis, il y a eu la fantastique occupation de l’hôtel de ville d’Athènes par les intérimaires. Après quatre semaines, eux aussi ont été vendus. Tout ça ne fait qu’ajouter à la frustration.

Nous avons vu le développement de mouvements, comme le non-payement des péages routiers, qui ont été caractéristiques des trois premiers mois de cette année. Mais ces mouvements aussi se sont éteints, parce qu’aucun des partis de gauche de masse ne leur a accordé le moindre effort.

Et maintenant, nous avons ce mouvement d’occupation, qui est à nouveau un mouvement spontané de la base. Malheureusement, le KKE (le Parti communiste grec) s’y oppose. Synaspismos, l’autre principal parti de gauche, ne parvient pas à lui donner de direction.

On a eu des grèves dans de nombreux différents secteurs. Et aussi neuf grèves générales jusqu’ici, la prochaine étant fixée pour le 21 juin. Il y a un mouvement de grève continu ; la jeunesse peut voir le pouvoir de la classe ouvrière.

Mais en même temps, elle comprend que ce genre d’actions de grève n’est pas assez pour résoudre le problème. Il faut plus que ça. On appelle à une grève générale tous les deux ou trois mois. Mais ce qu’on demande aujourd’hui est une action de grève plus déterminée, qui puisse paralyser le gouvernement et essentiellement, comme nous le mettons en avant lors des assemblées d’occupation, faire tomber le gouvernement.

Bien qu’il y ait beaucoup de confusion, les gens comprennent que le pays est dirigé par ce que tout le monde en Grèce appelle aujourd’hui “une bande de voleurs et de menteurs”. Le slogan “Dégagez” est partout. Huit personnes sur dix dans la rue sont d’accord avec ça.

Mais il n’y a pas la même compréhension quant au fait que pour faire chuter un gouvernement, il faut une lutte organisée. Alors, avec Xekinima, nous expliquons que la politique de ce gouvernement, qui représente les multinationales et les banques, détruit tout – absolument tout, sans exagération. Nous disons que si nous voulons la fin de cette politique, nous devons renverser ce gouvernement.

Un mouvement spontané tel que l’occupation des places n’est pas assez. Il faut l’organiser, le lier à la classe ouvrière ; il faut le lier aux grèves. Il faut le lier à la revendication de renverser le gouvernement et de s’opposer à tout gouvernement composé de Démocratie nouvelle, le parti capitaliste traditionnel. Et bien sûr, en même temps, nous soulevons aussi le reste de nos revendications politiques, y compris le refus de payer la dette et la nationalisation des banques, liées à l’argument selon lequel la seule issue pour les travailleurs et la jeunesse grecs est de rompre avec le capitalisme.

Auparavant, nous avons appelé les partis de gauche à collaborer pour faire chuter le gouvernement. C’était lorsque les résultats combinés de la gauche étaient de 25-30% dans les sondages, et lorsque l’idée d’une prise du pouvoir par la gauche pouvait être perçue comme réaliste. Mais à présent, ce n’est pas seulement la jeunesse, mais aussi une grande partie de la classe ouvrière qui est très mécontente de la gauche.

Dans de récents sondages, 45% des gens ont déclaré qu’ils ne voteraient pas lors des prochaines élections. Dans toute l’histoire de la Grèce, on n’a jamais entendu ça. Le taux d’abstention est normalement de 20-25%.

Mais lorsque les gens demandent qui va remplacer le Pasok si on le fait dégager, nous répondons que nous autres, les jeunes, les travailleurs, les militants, peuvent remplacer les dirigeants actuels. Sur base de ce mouvement, sur base des comités de représentation de ce mouvement, également soutenus par de grosses sections de la base de la gauche (et même une partie de la direction), nous pouvons fournir la base et les structures pour un nouveau pouvoir qui pourra représenter les masses ouvrières et remplacer le Parlement des “voleurs”. Cette revendication est fort appréciée.

 


Cette interview a été réalisée vendredi 27 mai, deux jours après que l’occupation ait démarré. Dimanche 29 mai, une des plus grandes mobilisations de masse qu’on ait jamais vu a eu lieu sur la place Syntagma. Il y avait en permanence entre 50 et 70 000 personnes présentes, mais le nombre total de gens qui ont visité la place est estimé par Xekinima à environ 200 000 !

L’assemblée générale du vendredi 27 mai, qui était la troisième dans une série d’assemblées quotidiennes, à voté à la quasi unanimité de se lier aux vagues de grèves en développement et d’inviter tous les travailleurs en grève à venir sur la place, de prolonger l’occupation jusqu’à la chute du présent gouvernement, et de refuser de reconnaitre la dette souveraine comme étant la dette du peuple.

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