Réunion internationale du CIO

Le Comité Exécutif International (CEI) du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) s’est réuni du 17 au 22 janvier 2012, en Belgique, juste après une année 2011 qui fut la plus importante pour la classe ouvrière depuis quelques temps. Plus d’une trentaine de pays étaient représentés à cette réunion, avec environ 85 camarades d’Europe, d’Asie, des Amériques et d’Afrique.

L’an dernier, nous avons été témoins de révolutions et de mouvements de masse en Afrique du Nord et au Moyen Orient, de la crise de la zone euro, de la contre-attaque de la classe ouvrière partout en Europe contre l’austérité et du développement du mouvement ”Occupy” à travers le monde. Un bilan de l’année écoulée et les grandes lignes des perspectives les plus probables pour 2012 ont été introduites par Peter Taaffe (secrétaire général du Socialist Party d’Angleterre et du Pays de Galles), avec une conclusion après discussion de la part de Lynn Walsh, du Secrétariat International du CIO. Voici un rapport de cette discussion.

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) s’attend à des ”troubles sociaux” dans au moins un tiers des pays du monde cette année, a expliqué Peter, et cela indique l’échelle des bouleversements dus à la crise économique. Alors même que le CEI se réunissait, le Nigeria a connu le mouvement de classe le plus important depuis longtemps dans le pays : la grève générale contre la suppression des subventions sur le pris du pétrole et l’augmentation des prix qui en a découlé. Pendant ce temps, le Pakistan était confronté à une forte agitation politique.

Début 2011, la classe capitaliste espérait mondialement que le pire de la crise économique commencée avec la crise bancaire de 2008-2009 était passé. Ils entretenaient le faible espoir d’une croissance pour relancer l’économie. Au lieu de cela, la crise de la dette souveraine dans les pays européens a eu des conséquences mondiales, avec l’austérité imposée à la Grèce et aux autre pays endettés qui a démoli les prévisions de croissance, et forcé la classe ouvrière européenne à faire grève et à descendre dans la rue contre l’imposition de coupes budgétaires et d’emplois par les banques, l’Union Européenne et le Fonds Monétaire International.

Les programmes d’austérité ont exacerbé le ralentissement économique mondial. Ils ont atteint les taux de croissance déjà bas, et la récession voire même l’effondrement économique menace. Tout ce que la classe capitaliste pouvait faire, selon les mots de Gillian Tett du Financial Times, c’était ”gérer la douleur”. Ce journal a récemment lancé une série intitulée ”le capitalisme en crise” pour discuter des problèmes auxquels les grandes entreprises font face dans le monde entier, les options disponibles et l’opposition qu’elles rencontrent.

Le ralentissement économique en cours dure depuis plus longtemps que la récession des années ’30, bien que l’ampleur de la destruction des ressources économiques ne soit pas encore aussi importante. En fait, les grandes entreprises disposent d’énormément de liquidités mais refusent d’investir dans la production parce que les opportunités rentables manquent. L’absence d’une croissance réelle aux USA et la persistance d’un chômage élevé ont des effets politiques menaçants pour les possibilités de Barack Obama de gagner les élections présidentielles de novembre.

Pendant la discussion, un camarade a expliqué que les capitalistes ont suggéré que les pays capitalistes avancés étaient confrontés à une ”Japanisation” – une longue période de stagnation et une croissance faible ou inexistante. La dette nationale du Japon a enflé jusqu’à 200% du PIB, sans qu’aucune solution ne soit trouvée face aux problèmes économiques du pays. Le Japon n’a pas été secoué par des conflits sociaux mais pourrait l’être dans l’avenir si son économie, étayée par l’essor de l’économie chinoise depuis des années, est contrainte à encore plus de récession et que plus de coupes dans les dépenses publiques sont faites, ce qui conduirait à des protestations. Le Japon ferait ainsi face au même scenario d’instabilité et de contestation que récemment aux USA et en Europe.

 

Chine et USA

La Chine a subi l’onde de choc de la crise en Europe, avec la baisse de la demande d’une partie de son principal marché d’exportation. Les prévisions économiques sont revues à la baisse à cause de la croissance chinoise, notamment à la perspective de l’éclatement de la bulle du marché immobilier. Les commentateurs capitalistes alertaient sur les effets sociaux possibles d’un ralentissement de l’économie chinoise. Dans la discussion, les camarades décrivaient quelques unes des protestations des masses chinoises, dont des grèves considérables, ainsi que le mouvement du village Wukan, à la fin de l’année, contre les ventes forcées des terrains par les fonctionnaires locaux.

La contestation s’est étendue au monde entier en 2011. Les grands patrons et les commentateurs pro-capitalistes craignent les révoltes et les mouvements de masse des travailleurs et des jeunes.

Les révolutions et soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont été suivi du mouvement Occupy (qui aux USA suivait le début d’un réveil de la classe ouvrière avec le mouvement de masse rencontré au Wisconsin un peu plus tôt). Le mouvement Occupy a vu une génération de jeunes monter sur la scène politique et s’opposer aux effets du capitalisme effréné. Aux USA en particulier, une partie des occupations s’est tournée vers le mouvement ouvrier.

Lynn Walsh, en résumant la discussion, a souligné que la majorité de la population des USA était en faveur du mouvement Occupy, et que 59% des Afro-Américains et 49% des jeunes ont une opinion favorable du socialisme ! Mais, en général, les mouvements Occupy n’ont pas mis en avant des idées claires sur la façon d’abolir le capitalisme ; ils se sont plutôt limités à des mesures pour ”faire mieux fonctionner le capitalisme”.

Le Comité pour une Internationale Ouvrière continue à participer au mouvement Occupy, en mettant en avant un programme pour changer la société au bénéfice des 99%, plutôt que pour les 1%, comme sous le capitalisme.

 

La crise Européenne

L’Europe a été l’épicentre de la crise économique mondiale en 2011 (les perspectives pour l’Europe seront détaillées séparément dans un prochain rapport sur ce site, NDLR). La menace de défaut de paiement et d’expulsion de la zone euro pèse sur plusieurs pays. Le sommet d’urgence de l’Union Européenne a seulement abouti à des mesures pour essayer d’empêcher de nouvelles crises, sans résoudre les problèmes actuels, et l’euphorie initiale des marchés s’est évaporée en quelques jours. Lynn disait que l’Europe était comme ”une maison en flammes” dont les habitants ne savent pas se décider d’appeler les pompiers, ni d’ailleurs quels pompiers appeler et quand le faire, mais par contre, pendant ce temps, ils appellent différents architectes pour construire une nouvelle maison !

Les capitalistes européens, menés par l’Allemagne, rejettent l’idée d’euro-obligations pour financer le renflouement mais, pendant la discussion, les camarades ont soulevé la possibilité que dans le futur cette alternative soit considérée. Le plus récent accord tenté par l’Europe, le Pacte de stabilité, exclut à l’avenir les plans de stimulus économiques. Mais si l’économie de la zone euro s’effondre, ils pourraient être forcés de déployer d’autres plans de dépenses pour essayer d’échapper temporairement à la récession et empêcher la radicalisation de la société et la révolution.

L’Union Européenne a imposé des gouvernements de “technocrates” en Grèce et en Italie, et des politiques d’austérité ont aussi été imposées par en haut. L’augmentation de l’utilisation de méthodes anti-démocratiques par la classe dominante en Europe a ajouté à la colère des travailleurs et des jeunes. Dans la prochaine période, la classe ouvrière va de plus en plus défier ces gouvernements et leurs mesures.

Les états de la zone euro ont d’énormes engagements de remboursements dans la première moitié de 2012, ce qui va tester les fonds de renflouements et les politiques de l’UE encore une fois. Le moment critique pourrait arriver bientôt pour beaucoup de pays. La perte du triple-A par la France met l’accent sur la profondeur de la crise.

L’introduction de l’euro a bénéficié principalement aux grandes entreprises allemandes, qui ont pu faire de gros profits sur la vente de produits manufacturés. Elles utilisent cette justification pour dicter les politiques d’austérité des ”fautifs” économiques de la zone euro ; leurs représentants politiques disent que l’Europe doit devenir ”plus allemande” ! Menée par la Chancelière Merkel, l’Allemagne a décidé du niveau des coupes à imposer à ces pays qui demandent un renflouement. La contrainte à des coupes féroces depuis l’extérieur exacerbe le ressentiment. Peter Taafe a expliqué que la classe ouvrière était la véritable force qui peut s’opposer à ces dictats. Dans des endroits comme l’Ecosse ou la Catalogne, les politiques déflationnistes acceptées centralement ont attisé la question nationale.

 

Chômage massif

En Europe, la jeunesse en particulier est frappée par le chômage de masse. Le phénomène d’émigration massive est réapparu, comme montait le désespoir de la jeunesse face au manque d’opportunités. Des jeunes de pays européens, comme le Portugal, sont même forcés d’immigrer vers les anciennes colonies, comme l’Angola, pour chercher du travail.

Cependant, la classe ouvrière européenne est revenue à une étape de luttes de masse. La série de grèves générales en Grèce, celles au Portugal, en Espagne, en Italie, et la grève générale du secteur public en Grande Bretagne en novembre dernier ont démontré la combattivité des travailleurs face aux attaques contre leur niveau de vie. Malheureusement, la plupart des dirigeants syndicaux ne remplissent pas leur tâche de défendre leurs membres contre les ravages des programmes d’austérité.

En résultat de la profonde crise économique et des coupes d’austérité énormément impopulaires, en 2011, en Europe, cinq premiers ministres ont été évincés. Les politiques pro-capitalistes des anciens partis sociaux-démocrates les ont conduits à la défaite électorale en Espagne et au Portugal au profit des partis de droite. Dans beaucoup de pays, il y a un vide à gauche.

Certaines des formations politiques de gauche qui ont surgi dans la dernière période, comme Syriza en Grèce, n’ont pas répondu aux attentes de leurs partisans parce que leur direction se droitisait. Leur manque de succès pour construire de grands mouvements ne signifie toutefois pas qu’ils ne pouvaient pas obtenir de succès électoraux ; mais cela n’exclut pas non plus que de nouveaux mouvements et partis soient créés. Là où de nouvelles formations viables à gauche sont créées, le CIO défend qu’elles doivent adopter un programme socialiste contre les coupes et pour un réel changement de système.

 

Mouvements en Russie

La crise frappe aussi la Russie et l’Europe de l’Est. Les protestations contre les élections frauduleuses en Russie ont secoué la classe dirigeante et ses principaux représentants politiques, Poutine et Medvedev. En réaction, le Financial Times a titré : ”Une possible révolution russe !”

La contestation des coupes a aussi récemment secoué la Roumanie. Cependant, la question du danger de l’extrême droite en Europe a été posée par la situation en Hongrie, où le gouvernement de droite a introduit des mesures d’austérité, ce dont le parti néo-fasciste Jobbik a été le principal bénéficiaire. Cela dit, l’introduction récente d’une nouvelle constitution avec des mesures anti-démocratiques a provoqué des manifestations massives dans les rues de Budapest.

Les magnifiques révolutions et mouvements du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en 2011 seront abordées dans un prochain rapport. Ici, il est nécessaire de dire que les nouveaux régimes installés en Egypte et en Tunisie ne sont pas stables. Dans ces deux pays en particulier, il y a le sentiment que les révolutions n’ont pas été achevées, et les travailleurs et les jeunes continuent de lutter pour leurs revendications économiques, sociales et politiques. Cela va conduire à plus de conflits.

Ces révolutions n’ont pas non plus amené la paix dans la région : il y a des menaces de guerre si Israël ou les USA entreprennent une action militaire contre les installations nucléaires en Iran. Seules davantage de luttes victorieuses de la classe ouvrière et des jeunes, qui ont accompli les révolutions de l’année dernière, peuvent empêcher les horreurs de la guerre de ravager la région.

Le Moyen-Orient n’est pas le seul point chand pour l’impérialisme. Les USA ont retiré leurs troupes d’Irak en 2011, mais sont toujours profondément impliqués en Afghanistan. Illustrant l’impasse dans ce pays, les Talibans ont récemment été autorisés à établir un bureau au Qatar dans le but explicite de négocier avec les USA et d’introduire des membres des Talibans dans le gouvernement de Kaboul.

 

Asie-Pacifique

Une autre poudrière potentielle pourrait être la région Asie-Pacifique. Récemment, le gouvernement américain a produit un nouveau document stratégique qui change l’orientation majeure de sa politique étrangère envers cette région du monde, dicté par la peur que la Chine utilise son pouvoir économique grandissant pour dominer la région. Elle pourrait éventuellement devenir la plus grande économie du monde, alors que ses conditions de vie moyennes sont loin en dessous de celles des USA. Cependant, le potentiel pour un conflit pourrait être coupé par l’irruption d’un mouvement de masse en Chine.

Dans sa conclusion, Lynn disait que 2011 était une année exceptionnelle pour les mouvements massifs et donnait d’énormes tâches et défis aux socialistes. Comme a dit Peter, il n’y a jamais eu un meilleur moment pour le CIO qu’aujourd’hui et ses partisans doivent partout expliquer nos idées marxistes aux travailleurs et aux jeunes en lutte, pour construire nos forces socialistes afin renforcer la lutte pour mettre fin au capitalisme et aller vers un changement authentiquement socialiste de la société.

 

 

Article par KEVIN PARSLOW

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