Noël 1914 – Quand les soldats ont cessé de se battre

3noelNous sommes à l’aube du centième anniversaire de la Première Guerre Mondiale et la classe dirigeante britannique et ses scribes dans les médias vont libéré une nauséabonde avalanche de propagande chauviniste afin de masquer la réalité derrière cette guerre. C’est un bon moment pour revoir sur le film Joyeux Noël, un film semi-factuel datant de 2005 retraçant la trêve de Noël 1914 à travers les yeux de soldats français, écossais et allemands. Par Jimmy Haddow, Socialist Party.

Le film est essentiellement centré sur six personnages: Gordon (officier de la Royal Scots Fusiliers), Audebert (officier français réticent qui est également fils et petit-fils de membres de l’état-major français), Horstmayer (officier allemand juif), Palmer (prêtre écossais officiant comme brancardier) et un soldat qui est chanteur d’opéra allemand ainsi que sa partenaire et compagne danoise. L’acteur écossais qui joue le rôle du prêtre, le père Palmer, est Gary Lewis, qui a déjà joué le rôle du père du jeune Billy Elliot dans le film du même nom. Avant de devenir acteur, il était membre de Militant, le prédécesseur du Socialist Party Scotland (section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Ecosse), et avait entre autres été fortement impliqué dans la grève des mineurs de 1984 et dans d’autres batailles de la classe ouvrière des années ’80.

Le 28 juin 1914, un étudiant nationaliste serbe assassina l’héritier du trône austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche, lors d’une visite d’Etat à Sarajevo, en Bosnie. Cinq semaines plus tard, à partir du 4 août, l’Autriche, la Russie, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne étaient en guerre, tous les politiciens capitalistes des pays belligérants et leur presse ne cessant de répéter que le conflit serait terminé pour la Noël. Ce fut loin d’être le as, la guerre a causé un nombre de morts estimé à dix millions au cours de quatre années de bain de sang industrialisé.

 

Quelles causes derrière la guerre?

L’assassinat de l’archiduc qui a servi de prétexte officiel à la guerre était en fait quasiment sans conséquence en tant que tel. Les véritables causes derrière le conflit étaient économiques : un combat pour les matières premières, les colonies et les marchés d’Asie, d’Afrique et d’ailleurs entre la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France et même la ”petite Belgique”. Cela, combiné à la croissance du capitalisme en Europe de l’Est et du Sud-Est, a soulevé la question de l’autodétermination nationale des peuples balkaniques en Etats nationaux. Le tout ensemble a assuré que la situation était explosive en 1914.

Chaque pays belligérant s’est drapé de couleurs patriotiques. Le film Joyeux Noël commence d’ailleurs avec des scènes d’écoliers récitant des discours patriotiques en faisant l’éloge de leurs pays respectifs et en condamnant leurs ennemis. En Ecosse, deux jeunes frères sont engagés à combattre, suivis de leur prêtre, le père Palmer. En Allemagne, un chanteur d’opéra est interrompu pendant une représentation par un officier allemand lui annonçant qu’il était appelé à servi dans l’armée. L’officier français se penche quant à lui sur une photo de sa femme enceinte qu’il a dû laisser derrière lui dans la partie de la France occupée par l’Allemagne.

À Noël, la guerre s’était stabilisée avec une sorte de ”rideau de fer” de tranchées qui s’étendaient de la frontière suisse à la mer du Nord. Quelques jours avant Noël, les Écossais et les troupes françaises, dans Joyeux Noël, menèrent un assaut combiné sur les tranchées allemandes en France. L’attaque provoqua de lourdes pertes des deux côtés, sans toutefois parvenir à rompre l’impasse de la guerre de tranchées. L’un des deux frères écossais est mortellement blessé lors de l’assaut et son frère, Jonathan, est contraint de l’abandonner en plein no man ‘s land. Dans la confusion du retrait, l’officier français perd son portefeuille, comprenant la photo de sa femme, dans la tranchée allemande.

Pendant ce temps, la chanteuse d’opéra danoise, Anna, bien connue dans les cercles supérieurs de la classe dirigeante allemande, obtient l’autorisation d’effectuer un récital de Noël pour le prince héritier Guillaume de Prusse. Son amant allemand, le soldat Sprink, est retiré du front et reçoit la permission de l’accompagner. Ils passent une nuit ensemble et effectuent leur représentation. Ensuite, Sprink exprime son amertume dans le confort du siège de l’état-major et décide de revenir au front chanter pour les troupes. Sprink s’oppose tout d’abord à la décision d’Anna de l’accompagner, mais finit par accepter. Là, le réalisateur et auteur Christian Carion a utilisé sa licence artistique, car il semble n’y avoir aucune trace de femme civile au front en 1914.

 

La trêve officieuse

La trêve officieuse est initié lorsque les Ecossais commencent à chanter des chansons fête, accompagnés à la cornemuse, sous al direction du père Palmer. Les chanteurs d’opéra arrivent alors sur la ligne de front allemande et Sprink chante pour ses camarades. Alors que Sprink chante Douce Nuit, il est accompagné par un joueur de cornemuse de la ligne de front écossaise. Sprink répond au joueur de cornemuse et quitte sa tranchée avec un petit arbre de Noël.

Suivant l’exemple de Sprink, les officiers français, allemands et écossais se rencontrent ddna sle no man ‘s land et se mettent d’accord pour un cessez-le feu à l’occasion de cette soirée. Les différents soldats se rencontrent et se souhaitent Joyeux Noël, Frohe Weihnachten, et Merry Christmas. Ils échangent du chocolat et du champagne, se montrent des photographies de leurs proches et évoquent leurs souvenirs d’avant-guerre. Palmer et les Ecossais célèbrent une brève messe pour les soldats (en latin comme c’était alors le cas dans l’Église catholique) et les soldats se retirent profondément émus. Jonathan reste cependant totalement insensible aux événements, toujours sous le coup de la mort de son frère.

Le jour de Noël, les officiers prennent leur café ensemble et décident d’enterrer leurs morts. Plus tard, les deux camps jouent un match de football l’un contre l’autre – un événement qui a historiquement eu lieu ce jour-là. Le lendemain, après s’être abrités de tirs d’artillerie des deux côtés, les commandants décident qu’il est temps pour chacun de suivre son propre chemin. Les soldats français, écossais et allemands doivent maintenant faire face aux conséquences inévitables des décisions de leurs supérieurs. Alors que les Allemands reviennent dans leurs tranchées, les chanteurs d’opéra Sprink et Anna restent avec les Français et demandent à l’officier français de les faire prisonniers, afin qu’ils puissent rester ensemble.

Dans le film, comme dans la vraie vie, les soldats ont écrit des lettres à leurs proches, et l’élite militaire et politique de chaque pays a lancé une vague de répression. Une lettre d’un soldat des Gordon Highlanders affirmait que les Allemands en avaient marre de la guerre tout comme lui et qu’ils disaient avoir été trompés par le Kaiser sur les raisons de la guerre. Un autre soldat du Seaforth Highlanders a dit à ses parents qu’ils avaient eu un cessez-le feu de trois jours à Noël et que des soldats bavarois lui avaient dit qu’ils étaient fatigués de la guerre, que cela ne leur profiterait d’aucune manière et qu’ils étaient socialistes.

Les états-majors de toutes les nations ont vu de grands dangers dans cette fraternisation et des directives sont arrivées pour y faire face. Le Général Forrestier-Walker de l’armée britannique a publié un édit interdisant la fraternisation, car ”cela décourage les initiatives du commandement et détruit l’esprit offensif dans tous les rangs (…) des rapports amicaux avec l’ennemi, des armistices non officielles et l’échange de tabac et d’autres équipements, pour tentant et parfois amusant qu’ils soient, sont absolument interdits.”

Le Père Palmer est ensuite renvoyé à sa propre paroisse et son bataillon démantelé en marque de honte. Malgré le fait qu’il ait souligné l’humanité et la bonne volonté de la trêve, il est réprimandé par son évêque écossais, qui prêche ensuite un sermon anti-allemand pour les nouvelles recrues, dans lequel il décrit les Allemands comme le Mal et commande aux recrues de tuer chacun d’entre eux. Le Père Palmer surprend ce sermon et retire la croix chrétienne qu’il portait au cou.

 

Le dégoût envers le commandement politique et militaire

De retour dans les tranchées, les Ecossais sont commandés par un major furieux et irrité par la trêve. Il ordonne de tirer sur un soldat allemand qui entre dans le no man’s land et le traverse vers les lignes françaises. Les soldats refusent de le tuer et tirent un coup de semonce au-dessus de sa tête. Encore une fois, un grand nombre de lettres envoyées à l’arrière ont mentionné ce type d’action, des deux côtés du fil de fer barbelé. Mais Jonathan tire sur l’Allemand pour venger la mort de son frère, le blessant mortellement.

La punition de l’officier français, Audebert, est d’être envoyé à Verdun, il reçoit aussi une sévère engueulade de son général de père. Mais le jeune Audebert n’exprime aucun remord pour la fraternisation qui a pris place sur le front, et parle de son dégoût pour les commandants militaires et politiques qui parlent de sacrifice, mais ne savent rien de la lutte dans les tranchées.

Horstmayer et ses troupes,confinés dans un train, sont informés par le prince héritier qu’ils constituent une honte pour l’armée allemande et qu’ils doivent être expédiés au front de l’Est, sans la permission de voir leurs familles lors de leur passage à travers l’Allemagne. Il piétine alors l’harmonica d’un soldat et déclare que Horstmayer ne mérite pas sa Croix de Fer. Au départ du train, les Allemands commencent à fredonner un chant écossais qu’ils ont appris des Ecossais.

Laissons le dernier mot à Lénine, l’un des dirigeants du parti marxiste bolchevique et co-dirigeant de la révolution russe d’Octobre 1917. Lorsqu’il a entendu parler de la Trêve de Noël, il a déclaré que, s’il y avait des organisations prêtes à se battre pour une telle politique parmi les soldats de toutes les nations belligérantes, il pourrait y avoir une fin rapide de la guerre en faveur de la classe ouvrière et des pauvres . Il avait écrit: «Essayez d’imaginer Hyndman, Guesde, Vandervelde, Plékhanov, Kautsky et le reste [les dirigeants des partis sociaux-démocrates et ouvriers qui ont soutenu la guerre] qui, au lieu d’aider la bourgeoisie (ce dans quoi ils sont maintenant engagés), formeraient un comité international d’agitation pour la fraternisation et pour l’établissement de relations amicales entre socialistes de tous les pays belligérants, à la fois dans les tranchées et parmi les troupes en général. Que seraient les résultats dans quelques mois?”

Joyeux Noël, Christian Carion, 2005, 116 mins – disponible en DVD

Laisser un commentaire