La question concerne des millions de personnes : comment stopper Trump ? Certainement pas avec Biden !

L’année de crise 2020 n’est pas encore terminée, mais elle pourrait devenir encore plus turbulente. Les manifestations “Black Lives Matter”, qui constituent la plus grande mobilisation sociale de l’histoire américaine, se poursuivent. On constate une hausse effrayante de la violence des milices d’extrême droite en coopération avec la police militarisée. Le changement climatique (notamment la virulence des ouragans) et les économies réalisées en matière de prévention des incendies provoquent des dégâts sans précédents. Les conséquences de la pandémie sont exacerbées par l’incompétence de Trump et un système de santé tout entier dévolu aux profits du secteur privé. Quel que soit le résultat des élections présidentielles, tous ces problèmes ne feront qu’empirer tant qu’aucun mouvement de masse ne sera pas forgé pour fondamentalement changer de société.

Un dossier de Bart Vandersteene

Les démocrates ne peuvent que perdre

Trump est détesté par des dizaines de millions d’électeurs. Mais il semble que nous nous dirigeons encore une fois vers une autre élection qui ne peut qu’être perdue par les Démocrates. L’avance de Biden dans les sondages en juillet est beaucoup plus faible aujourd’hui. Comme en 2016 avec Hillary Clinton, l’establishment démocrate, qui défend les intérêts des grandes entreprises, mène une campagne complaisante. La campagne de Biden ne fait pas de porte-à-porte, ne mobilise pas les jeunes électeurs pour qu’ils s’inscrivent, même dans les ‘swing states’ (États charnières), comme le Michigan. Pendant ce temps, la campagne de Trump frappe à la porte d’un million de foyers par semaine. Le duo Biden / Harris ne parvient pas à présenter un programme électoral qui inspire les travailleurs, les millions de chômeurs ou les jeunes. Pour vaincre Trump, une participation massive des électeurs sera nécessaire. Mais les Démocrates ne semblent pas en mesure de le faire.

Trump fait campagne autour de l’idée qu’il préconise une politique de “la loi et de l’’ordre”. Il affirme que le pays sous la direction des Démocrates est en train de glisser dans l’abîme. Il dépeint les grandes villes dirigées par les Démocrates comme des bastions de la violence et de la misère. Il décrit les Démocrates comme la “gauche radicale”. Il encourage la violence de droite contre les militants de Black Lives Matter (BLM).

En même temps, il tente de répondre aux critiques justifiées de la gauche en prenant lui-même des mesures sociales temporaires, telles que l’augmentation des allocations de chômage et un moratoire temporaire sur les expulsions. Cela doit donner l’impression que le président est du côté des plus faibles de la société. Le contraire est bien sûr vrai. Les plus riches n’ont jamais été aussi bien lotis que sous Trump. Le fossé entre riches et pauvres n’a fait que se creuser. Depuis le début de la pandémie, les 643 milliardaires se sont enrichis de 29% ! Au cours de la même période, 50 millions d’Américains ont perdu leur emploi.

Robert Reich, ancien ministre sous Bill Clinton, a déclaré que le capitalisme américain a complètement déraillé. L’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, pourrait donner à tous les employés d’Amazon (et ils sont nombreux !) 105.000 dollars et toujours être aussi riche qu’avant la pandémie. Ces records pourraient bientôt être battus par l’industrie pharmaceutique qui recherche des méga profits sur les vaccins contre le coronavirus.

Le Parti démocrate a peur des mouvements sociaux

Aux États-Unis, les socialistes ont joué un rôle de pionnier dans la lutte contre la politique de droite, raciste et antisociale de Trump. La direction du Parti démocrate, en revanche, a offert une très faible “résistance”. À aucun moment, cette direction n’a tenté de mobiliser la colère présente dans un mouvement. Au lieu de cela, les dirigeants démocrates ont parlé de “Russiagate”, une question qui n’a pas incité les gens à agir. La raison est simple : les Démocrates ont peur des mouvements sociaux et d’une base active. Après tout, ils savent que les mobilisations de masse peuvent se retourner contre eux avec la même détermination.

Dans cette campagne électorale contre un Trump affaibli mais toujours dangereux, le Parti démocrate ne peut pas aller plus loin qu’un candidat qui se met dans l’embarras, lui et son parti. Alors que le monde est en feu, Joe Biden se montre le moins possible en public. Beaucoup y voient une “incompétence” du candidat et du parti. Il n’y a pas que ça. L’establishment du Parti démocrate est entièrement contrôlé par le monde des affaires. Au début de cette année, il a coordonné une campagne extraordinaire pour battre Bernie Sanders lors des primaires démocrates. Le problème avec les dirigeants du Parti démocrate n’est pas qu’ils sont incompétents, mais qu’ils sont essentiellement une institution capitaliste qui vise à maximiser les profits de la classe des milliardaires. Pour faire cela, ils doivent essayer d’empêcher les mouvements de travailleurs et d’opprimés de remporter des victoires. C’est là leur véritable programme.

Malgré la popularité croissante de la demande d’accès généralisé à une assurance maladie, ‘Medicare for All’, Biden et Harris s’y opposent avec véhémence. Il n’y a qu’une seule raison à cela. C’est parce que leur parti et leur campagne sont financés par des compagnies d’assurance et des entreprises pharmaceutiques.

Est-ce que Biden ramènera la “normalité” ?

Si Biden remporte les élections, ce ne sera pas grâce à l’enthousiasme qu’il suscite, mais plutôt en raison de la haine profonde ressentie envers Trump. Beaucoup de gens vont faire la fête en cas de défaite de Trump. Bien sûr, les socialistes seraient heureux si Trump disparaissait, mais sans illusions : nous savons que Joe Biden n’apportera pas de changement fondamental à la Maison Blanche.

Sous la direction du président Biden, les Démocrates devront gérer la plus grande crise que le pays ait connue depuis la guerre civile. La polarisation politique va se poursuivre. Les groupes d’extrême-droite et les forces franchement fascistes continueront à renforcer leur soutien parce que les Démocrates n’apporteront pas de changement substantiel. Trump a pu devenir président en 2016 sur base de l’échec de la politique traditionnelle. Les forces et organisations encore plus à droite que Trump peuvent connaître un essor sous une présidence Biden.

Pour lutter efficacement contre l’extrême droite, nous avons besoin d’un mouvement social et, en fin de compte, d’un nouveau parti qui se batte dans l’intérêt de la classe ouvrière. Dans la constellation actuelle du système bipartite, le système politique continue de se déplacer vers la droite. C’est l’une des raisons pour lesquelles Socialist Alternative, notre organisation-sœur aux États-Unis, rejette la logique du “moindre mal”.
Dans ces élections, un vote de protestation pour le candidat vert Howie Hawkins, malgré toutes les faiblesses du Parti Vert, peut être un pas en direction de la création d’un parti de gauche pour la classe ouvrière. En plus d’une tactique pour les élections, il est encore plus important de construire par en-bas un mouvement ouvrier militant, de lutter contre le racisme, le sexisme et l’homophobie, de lutter contre les expulsions imminentes, de protester contre le changement climatique,… En fin de compte, nous avons besoin d’une rébellion pure et simple contre toutes les injustices du capitalisme. Ce combat va mettre en existence les bases du type de parti dont nous avons besoin.

Trump peut-il voler l’élection ? Comment la gauche doit-elle réagir ?

Le 12 septembre, dans un tweet, Donald Trump a exhorté ses électeurs à voter deux fois : par correspondance et en personne. Il tente également de discréditer le vote par correspondance en répandant des mensonges sur la perte de votes, en réalisant de nouvelles mesures d’austérité sur les services postaux et en menaçant de poursuites judiciaires contre le comptage des votes par correspondance avant le jour des élections. Les électeurs qui votent par correspondance votent en plus grand nombre pour les Démocrates. Il y a aussi la campagne habituelle pour limiter le nombre d’électeurs inscrits, réduire le nombre de bureaux de vote dans certains quartiers plus susceptibles de voter Démocrate,…

A cela s’ajoute la pandémie. Même sans les mesures d’austérité réalisées par Trump à l’US Postal, il n’y avait pas suffisamment d’infrastructures pour répondre à la demande accrue de vote par correspondance. Le vote par correspondance pourrait entraîner le chaos. On s’attend également à ce que de nombreux préposés aux bureaux de vote ne se présentent pas, ce qui entraînera leur fermeture. Toutes ces restrictions des droits démocratiques toucheront principalement les plus faibles, les plus pauvres et les personnes de couleur.

Dans un sondage de la NBC/WSJ, 26 % des électeurs de Biden ont déclaré qu’ils voteraient en personne le jour du scrutin, tandis que 66 % des partisans de Trump ont déclaré qu’ils voteraient de cette façon. Cela signifie que les résultats le soir des élections peuvent être extrêmement trompeurs. Trump peut avoir un résultat beaucoup plus fort le soir de l’élection que lorsque tous les votes ont été comptés.

Trump a laissé entendre à plusieurs reprises qu’il n’a pas l’intention de quitter la Maison Blanche, même s’il perd les élections. Il a semé le doute sur la légitimité des élections pendant des semaines. On spécule déjà beaucoup sur le fait que Trump pourrait se déclarer vainqueur à tort le soir de l’élection, alors qu’il est en tête, même si seulement une petite partie des voix a été comptée. Certains groupes progressistes se préparent à ce scénario avec des plans de protestations de masse et de désobéissance civile, ce qui est un bon pas en avant.

Si un “vol” électoral menace, Trump ne pourra être arrêté que lorsque des millions de travailleurs feront grève, soutenus par des manifestations de masse bien organisées dans chaque ville. Il est préférable que ces actions soient organisées indépendamment des dirigeants du Parti Démocrate. En 2000, la direction du Parti Démocrate a montré qu’elle préférait perdre plutôt que de construire un mouvement de masse pour défendre le résultat du vote. Bush junior a ainsi pu voler les élections de 2000.

Les syndicats devraient être en première ligne pour protéger ces manifestations contre d’éventuelles violences de la part des militants de droite. Face à une crise économique, un chômage de masse, une pandémie mondiale, des assassinats policiers racistes et des incendies de forêt sans précédent, un mouvement de masse devrait exiger bien plus que le simple départ de Trump de la Maison Blanche.

Des millions de personnes en grève et en manifestation contre le vol des élections renforceraient le pouvoir de la classe ouvrière organisée. Cela pourrait être le point de départ d’une nouvelle phase dans la lutte contre le racisme et toutes les formes d’inégalité et de discrimination.

Bernie a loupé une occasion historique

Début 2020, il semblait que Bernie Sanders pouvait surmonter tous les obstacles pour remporter les primaires démocrates. En fin de compte, l’establishment a réussi à manipuler la campagne de telle sorte qu’un candidat qui leur était sûr, Joe Biden, s’en est sorti. Malheureusement, Bernie s’y est résigné. Comme en 2014, Bernie avait un puissant mouvement derrière lui pour mener une campagne indépendante, séparée des Démocrates et des Républicains, en novembre, dans laquelle il aurait pu vaincre à la fois Trump et Biden. S’il avait déjà fait ce choix en 2014, Trump n’aurait peut-être jamais été élu.

Même si Trump avait remporté une telle élection entre trois candidats (Sanders, Biden, Trump), la gauche aurait au moins disposé d’une force indépendante pour lutter contre la droite. Une telle campagne aurait posé les bases d’un nouveau parti de masse pour la classe ouvrière et aurait donné un énorme coup de pouce à tout mouvement pour la justice sociale.

En raison de la capitulation de Sanders, un sentiment de déception et de défaitisme règne parmi une couche d’activistes. Heureusement, le mouvement historique BLM est entré en scène, ce qui a rapidement éliminé ce sentiment. Mais la question d’une représentation politique propore aux travailleurs n’est pas encore résolue.