L’extrême droite gagne du terrain dans les médias et dans les rues : comment l’arrêter ?

En France, la mort de Quentin Deranque, un néo-nazi de 23 ans en février à Lyon, a été le point de départ d’une campagne de diabolisation et de décrédibilisation de la gauche radicale. La violence de son passage à tabac a choqué, y compris bon nombre de travailleurs et leurs familles permettant à l’extrême droite et la droite de sauter sur l’occasion. L’extrême droite à tenté de présenter la violence de rue comme l’apanage de la gauche radicale. Pour les macronistes, l’extrême droite et la gauche radicale sont présentés comme deux extrêmes identiques hors de l’”arc républicain” afin de mettre pression sur la social-démocratie et les verts de rejeter toute alliance avec la France Insoumise. Qui sème la violence dans notre société ? Comment réagir ?
Tout commence le 14 février à Lyon. Ce jour-là, une conférence de l’eurodéputée de La France Insoumise (LFI) Rima Hassan est organisée à Sciences Po Lyon. Devant l’université, 7 militantes du collectif d’extrême droite Nemesis (qui présente les hommes issus de l’immigration comme responsables des violences faites aux femmes) manifestent avec une banderole contre la venue de Rima Hassan. Dans la marge de l’événement, une confrontation éclate plus tard à quelques rue de là entre quelques militants de gauche et d’extrême droite dont Quentin Deranque. Quentin Deranque, roué de coups, en ressort gravement blessé et mourra de ses blessures à l’hôpital.
La couverture médiatique de l’extrême droite
Dans les jours qui suivent, de nombreux politiciens de droite et d’extrême droite s’emparent de cette mort tragique pour s’attaquer violemment aux mouvements de gauche antifascistes et à LFI, considérée comme complice des militants de gauche présents lors de la bagarre. Ce qui est particulièrement frappant, c’est la caisse de résonance dont ils disposent dans une grande partie des médias en France qui relaient leur indignation et leurs accusations. A titre de comparaison, les médias avaient passé sous silence le meurtre d’Ismaël Aali, 20 ans, retrouvé mort dans un étang dans le sud de Lyon, dans la nuit du 6 janvier 2026, manifestement victime d’un crime raciste. Il y a 2 ans, le meurtre raciste du joueur de rugby Aramburu, tué en pleine rue à Paris par deux membres d’une milice d’extrême droite, avait fait peu de bruit. Au contraire, pour Quentin Deranque, personne en France ne peut passer à côté de sa mort, qui lui vaudra même une minute de silence à l’Assemblée nationale.
Plus que jamais, l’extrême droite dispose de médias prêts à diffuser ses idées nauséabondes et même à les amplifier. Depuis 10 ans, la concentration des médias français dans les mains de quelques super-riches n’a fait que s’amplifier. A titre d’exemple, Vincent Bolloré, milliardaire et 11e fortune française, a racheté Canal+ en 2015, le groupe Prima (magazines) en 2021 et le groupe Lagardère en 2023[i]. Il possède des chaînes de télévision, des journaux, des magazines, des maisons d’édition qui relaient des idées réactionnaires et complotistes sans en être empêchés.
Grâce à cette caisse de résonance, l’extrême droite se sent pousser des ailes et ose tout. Suite au drame de Lyon, le Rassemblement National et son président Jordan Bardella ont profité de l’opportunité pour expliquer que ce n’est pas l’extrême droite qui est violente, mais bien l’extrême gauche, les antifascistes étant en réalité les fascistes d’aujourd’hui… Bardella a poussé l’audace jusqu’à appeler à constituer un cordon sanitaire pour isoler LFI et la tenir à l’écart des institutions, que ce soit à l’Assemblée nationale ou aux élections municipales.
En Belgique aussi, Georges-Louis Bouchez (MR) a sauté sur l’occasion pour s’attaquer à la gauche, en visant en particulier le PTB et le mouvement antifa : « Nous avons une gauche totalement hors de contrôle. Certains n’arrêtent pas de pointer l’extrême droite, mais pendant qu’ils agitent ce péril imaginaire, le seul groupe régulièrement violent dans notre société, c’est l’extrême gauche. » GLB aurait été particulièrement traumatisé par son mauvais accueil à Liège en septembre 2025… et il en appelle à durcir la loi Quintin, encore au stade de projet, qui permettrait au gouvernement de prononcer une interdiction administrative de certaines associations « constituant une menace » pour la sécurité nationale, voire de les dissoudre sans passer par le tribunal.[ii]
De quelle violence parle-t-on ?
Cet empressement de la droite et de l’extrême-droite pour accuser la gauche d’être responsable de la violence dans notre société est évidemment compréhensible. Ce sont les mêmes personnes qui sont prêtes à tout pour sauvegarder leur système économique, quitte à réduire nos services publics à peau de chagrin et à détricoter toutes les mesures de solidarité dans notre société.
Et ces mesures d’austérité ont des conséquences très concrètes. Ainsi, en Belgique, le nombre de personnes sans domicile fixe augmente d’année en année : aujourd’hui, 50 000 personnes sont sans domicile fixe… et un quart d’entre elles sont des enfants ! Cette situation tragique est la conséquence directe du manque d’investissement dans les logements sociaux, l’accueil pour les enfants placés et l’aide aux familles en difficulté.
Un autre exemple est la baisse dramatique de la qualité des soins dans les hôpitaux belges, due au manque d’infirmiers, qui augmente la mortalité pour les patients[iii]. Les coupes dans les budgets des soins de santé depuis de nombreuses années sont évidemment responsables de ces morts qui auraient pu être évitées !
Cette violence « ordinaire », quotidienne, fait rarement la une des journaux. Les responsables sont les partis traditionnels qui se sont succédé au pouvoir ces dernières décennies et ont enchaîné les mesures d’austérité et postposé les investissements structurels nécessaires pour faire fonctionner nos infrastructures collectives et nos services publics. L’austérité et le néolibéralisme n’ont fait que creuser les pénuries de logement, d’emploi, de places en crèche…
Par ces discours de haine, l’extrême droite désigne des boucs émissaires pour expliquer ces pénuries, renforcer les oppressions envers les personnes issue de l’immigartion, les femmes, les personnes LGBTQIA+ et détourner le regard des vrais responsables.
Les partis de gauche comme le PTB en Belgique ou la LFI en France proposent un programme qui va à l’encontre de cette logique d’austérité. Ils proposent des investissements dans les services publics et des mesures en faveur de toute la classe travailleuse et des personnes précarisées. Ce sont des mesures qui luttent contre la violence sociale de notre système. Alors, dans quel camp se trouve la violence ?
Lutter contre l’extrême droite avec un programme social et une unité dans la rue
Le score impressionnant de LFI au premier tour des municipales en France illustre la portée limitée de cette campagne de décrédibilisation. La politique de casse sociale menée par des partis de gauche traditionnels a participé aux énormes pénuries sur lesquels l’extrême-droite s’est développée. Un front antifasciste ne doit pas se limiter aux urnes. Il doit en premier lieu viser à unifier les forces issues du mouvement des travailleurs, y compris de ses composantes qui subissent les oppressions .
Pour combattre l’extrême droite, nous avons besoin d’un programme d’investissement radical pour mettre fin aux pénuries sociales, dans les logements sociaux, les crèches, les écoles, les soins de santé, les services publics,… qui créerait des dizaines de milliers d’emplois décents. Cela se heurterait inévitablement aux limites du système capitaliste. Il poserait la question de nationaliser les secteurs clefs de l’économie et et de les mettre sous contrôle et gestion du mouvement des travailleurs, soit un changement socialiste de la société. L’abandon d’un tel changement pour s’unir avec l’un où l’autre parti capitaliste au nom de la lutte contre l’extrême droite a toujours été vouée à l’échec.
Manifester contre l’extrême droite de la façon la plus large possible
Aller à la confrontation avec l’extrême droite lors d’une manifestation est une méthode qui fait peur et empêche toute une partie de la population de prendre part à ces manifestations. La meilleure défense contre la violence d’extrême droite se fait par une action collective la plus large et inclusive possible. C’est ce type de manifestation que nous défendons pour contrer la manifestation du NSV, le groupe étudiant du Vlaams Belang, qui aura lieu le 26 mars 2026 à Leuven. Soyons présent.e.s le plus largement possible, dans une contre-manifestation séparée, pour montrer que la rue n’appartient pas à l’extrême droite et manifester notre solidarité aux personnes visées par leurs mesures réactionnaires !
Elise
[i] Salomé Saqué, Résister, Payot, 2024
[ii] Gauvain Dos Santos (DH), Georges-Louis Bouchez veut durcir la loi Quintin : « On ne peut pas laisser les ennemis de la liberté prospérer » (en ligne), février 2026. Disponible sur https://www.dhnet.be/actu/belgique/2026/02/19/georges-louis-bouchez-veut-durcir-la-loi-quintin-on-ne-peut-pas-laisser-les-ennemis-de-la-liberte-prosperer-NIV7MS5BXRA47JATOJ2LKS2HTY/ (consulté le 11/03/2026).
[iii] Sophie Mergen (RTBF), #Investigation : « Dans nos hôpitaux, des patients décèdent par manque d’infirmiers »
(en ligne), 24 mai 2022. Disponible sur : https://www.rtbf.be/article/investigation-dans-nos-hopitaux-des-patients-decedent-par-manque-d-infirmiers-10998467 (consulté le 11/03/2026).