25 ans après Tchernobyl, le nucléaire est toujours un danger !

Le triste bilan du séisme et du tsunami du 12 mars dernier au Japon dépasse aujourd’hui les 27.000 morts et disparus. Au-delà de cette catastrophe naturelle, la menace du nucléaire a ressurgi sur le devant de la scène. Vingt-cinq années après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la centrale de Fukushima a démontré que le nucléaire constitue toujours bel et bien un danger important, y compris au pays des centrales réputées les plus sûres au monde.

Fukushima : un passif nucléaire très lourd

Les autorités japonaises et le géant privé de l’énergie Tepco, responsable de la centrale de Fukushima Daiichi, se sont particulièrement distingués par leur mutisme et leur minimisation des faits. Le Premier Ministre Kan avait notamment déclaré que le niveau de radioactivité n’était pas “élevé” et que c’était “fondamentalement différent de l’accident de Tchernobyl”. Cette attitude dangereuse a elle-même été un frein à la lutte contre la contamination. Ainsi, le 18 mars, le spécialiste de l’assistance humanitaire Kazuhiko Maewa dénonçait le fait que ‘‘Ni le gouvernement, ni Tepco n’ont jusque là communiqué la liste complète des substances radioactives rejetées dans l’air à Fukushima.’’ Et près de deux semaines après le drame, il était toujours impossible de recevoir les évaluations sécuritaires pour les années 2009 et 2010 auprès de la commission officielle chargée de délivrer des licences aux centrales nucléaires. En fait, l’industrie nucléaire et les entreprises énergétiques privées ont au Japon une longue histoire de dissimulation d’incidents de ce type, comme en 1995 à Monju et en 1999 à Tokaimura, pour ne parler que d’incidents récents.

Il y avait pourtant largement de quoi s’inquiéter : en 2009, l’Agence de sécurité nucléaire avait fait état de problèmes dans plus de la moitié des réacteurs nucléaires du pays ! Quant à Tepco, l’agence réclamait des inspections supplémentaires dans quatorze des dix-sept réacteurs exploités par le géant énergétique…

Il s’est avéré que la centrale de Fushikama avait déjà connu une longue liste d’incidents. Au moment où ces informations ont été rendues publiques et où le porte-parole de l’Organisation japonaise pour la sûreté nucléaire a admis que ‘‘la preuve est faite que cette centrale était l’une des plus dangereuses de l’archipel’’, des traces de radioactivité étaient découvertes dans l’eau à Tokyo. Le spectre d’une contamination de la chaîne alimentaire planait également sur le pays ; la consommation de légumes et de lait en provenance des préfectures de Fukushima et d’Ibaraki était interdite.

 

La fuite en avant du nucléaire

Des désastres comme les séismes, les inondations ou encore les guerres peuvent causer de dangereuses déstabilisations des centrales nucléaires, avec des dégâts à long terme pour la société humaine. ‘‘Les centrales nucléaires japonaises étaient sensées résister aux séismes et être les mieux préparées au monde pour résister aux catastrophes, mais voyez ce qui s’est produit’’ disait un porte-parole de Greenpeace. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a, elle, averti que 20% des centrales nucléaires du monde se situent sur des zones d’activité sismique “significative”.

Depuis que les énergies fossiles se raréfient, on assiste à un virage en direction du nucléaire. Les capitalistes et leurs politiciens s’intéressent moins aux énergies telles que la biomasse, l’éolien, le marémoteur, le solaire, etc. En 1974 déjà, une étude financée par la Fondation Ford (“Un Moment pour Choisir : le futur énergétique de l’Amérique”) dénonçait le nucléaire, principal concurrent de l’hégémonie pétrolière, et mettait en avant la piste des énergies renouvelables. Ce rapport fut le premier à dire que le renouvelable avait le potentiel d’être suffisant pour le monde. Mais le nucléaire est beaucoup plus rentable à court terme, malgré les nombreux risques pour l’avenir (avec les déchets nucléaires) et aussi pour le présent.

 

Nationalisation du secteur de l’énergie sous contrôle des travailleurs

Au Japon, l’industrie énergétique est dominée par dix entreprises privées, et il n’existe pas de standard commun. Ainsi, même si l’ouest du Japon n’a pas été touché par cette crise, il est difficile de transférer de l’électricité de cette région vers l’est du pays. Face au manque d’énergie, des coupures de courant sont aujourd’hui organisées à l’échelle de villes entières. L’Agence internationale de l’énergie a toutefois mis en avant que le nucléaire n’est responsable que de 30% de l’approvisionnement énergétique du pays et que, même dans le cas où toutes les centrales nucléaires seraient stoppées, il serait encore possible de se baser sur les autres centrales. Nombreux sont ceux qui commencent à voir dans ces coupures de courant à grande échelle une conspiration visant à impressionner la population et à la convaincre de l’absolue nécessité de préserver le nucléaire.

Quoi qu’il en soit, le chaos des coupures de courant (notamment à Tokyo), les inacceptables manquements aux mesures de sécurité dans les centrales et le silence coupable des entreprises énergétiques ont dévoilé au grand jour l’incapacité totale du secteur privé à satisfaire les besoins de la majorité. Tout le secteur de l’énergie devrait être retiré des griffes du privé et placé sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs. Au-delà de la transparence que cela assurerait concernant les risques et les dangers du nucléaire, la collectivisation des profits du secteur libérerait suffisamment de moyens pour une recherche scientifique publique massive dans les énergies renouvelables afin de sortir au plus vite et du nucléaire, et des énergies fossiles.

Plus fondamentalement, organiser une production véritablement verte est incompatible avec le système capitaliste et sa logique de profit à court terme. Nucléaire, pollution, changement climatique… la révolution écologique ne pourra être qu’une révolution socialiste, vers une société démocratiquement planifiée, en fonction des intérêts de la majorité de la population et de son environnement.


La responsabilité de l’impérialisme américain

Le Japon est le seul pays au monde à avoir subi une attaque nucléaire, sa population est donc particulièrement sensible à ce sujet. Cette crise donnera assurément une nouvelle impulsion au mouvement antinucléaire et jouera le rôle d’élément radicalisant sur le terrain politique. Cela s’était d’ailleurs déjà vu dans le passé.

Après la Seconde Guerre mondiale, le Syndicat pan-japonais des travailleurs de l’énergie (AJEWU) a été constitué, principalement par des travailleurs de la Compagnie japonaise de génération et de transmission. Sous la direction de militants communistes et sociaux-démocrates de gauche, de grandes grèves ont été organisées. Ce syndicat a eu un rôle central dans l’organisation des syndicats et de l’offensive des travailleurs au sortir de la guerre.

Après la défaite de l’impérialisme japonais en 1945, une coalition de centre-gauche conduite par le Parti socialiste a brièvement dirigé le pays fin des années ’40 et a voulu organiser la nationalisation du secteur de l’énergie. Cependant, l’occupation militaire américaine a écrasé ce développement et a fortement soutenu la droite qui est finalement arrivée au pouvoir.

Les autorités d’occupation américaines ont aussi démantelé la Compagnie japonaise de génération et de transmission, ont lancé une politique de segmentation et de privatisation du secteur et ont de même réprimé le Syndicat pan-japonais des travailleurs de l’énergie. Ce dernier se battait très clairement contre le capitalisme, contre le gouvernement conservateur, mais aussi contre l’occupation américaine. Cette volonté d’écraser les syndicats et le secteur public a toujours des conséquences aujourd’hui.

 


 

Allemagne : protestations de masse contre l’énergie nucléaire

À la suite de la catastrophe de Fukushima, le mouvement anti-nucléaire a repris de l’ampleur en Allemagne. Dans ce pays, le nucléaire est une polémique majeure depuis les années ’70. Certaines mobilisations de masse avaient même stoppé la construction de nouvelles centrales.

Les sociaux-démocrates et les verts, au pouvoir entre 1998 et 2005, avaient conclu des compromis avec les entreprises énergétiques pour lentement sortir du nucléaire. Nos camarades allemands du SAV ainsi que l’aile la plus radicale du mouvement anti-nucléaire avaient mis en garde contre ces compromis qui garantissaient aux entreprises de continuer à réaliser de gros profits sur base du nucléaire durant encore des années, et qui pouvaient être balayés en cas de changement de gouvernement. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit après 2009, quand les conservateurs et les libéraux sont arrivés au pouvoir.

Depuis lors, plusieurs protestations de grande ampleur ont pris place (une manifestation à Berlin a dépassé les 100.000 personnes). Plus important encore, des blocages de masse, avec l’implication de milliers de militants et d’habitants, se sont déroulés contre le transport de déchets nucléaires. Maintenant, ce mouvement a trouvé un nouvel essor sur base des terribles et dramatiques évènements du Japon.

 

 

Article par NICOLAS CROES

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