Cadre politique générale du mouvement étudiant. Point de vue d'EGA sur les universités et les étudiants

Le texte qui suit est la première partie du texte de la conférence EGA – ALS qui s’est déroulée le 09 octobre 2004.

1.1. Développement des services sociaux en général, et particulièrement dans l’éducation

De la deuxième guerre mondiale aux années ’70

En général

1. Pour mieux comprendre le développement particulier de l’enseignement supérieur, qui a surtout lieu dans les années qui suivent la deuxième guerre mondiale, il est important de s’attarder d’avantage sur la situation politique générale de cette période.

2. Le capitalisme connaît en Europe de l’ouest une croissance économique sans précédant durant les deux premières décennies qui suivent la deuxième guerre mondiale. Jusqu’au début des années ’70, le marché mondial évolue avec une croissance de 10 % par an. Le mouvement organisé des travailleurs se renforce chaque jour en Europe de l’ouest : la social-démocratie, mais également les partis communistes, deviennent de très grands partis dans de nombreux pays européens. A moins de 500 km de la Belgique se trouve la frontière entre le système capitaliste et une version dégénérée d’un état ouvrier.

La bourgeoisie internationale craint tellement cette situation qu’elle est prête à faire des grandes concessions à la classe ouvrière. C’est surtout dans les pays développés qu’un accès journalier à la protection sociale se met en place. Les soins de santé, l’enseignement, les indemnités de chômage, la sécurité sociale… sont les plus grands acquis de la classe ouvrière durant cette période. L’état devient dans presque tous les pays de l’Europe de l’ouest le principal employeur de la classe ouvrière et le taux de chômage diminue pour atteindre un minimum jamais vu.

3. La conséquence de cette évolution est que la classe ouvrière connaît une hausse relativement forte de son bien-être. Pour la première fois, un marché de consommation de masse est accessible à la classe ouvrière. De nombreux travailleurs ont accès, pour la première fois de leur vie, à une télévision, une auto ou un robot électronique. Cette nouvelle génération de travailleurs peut vivre dans des conditions de vie supérieures à celles de l’ancienne.

4. Les conséquences de cette évolution sont grandes sur la conscience politique de beaucoup de travailleurs et de jeunes. Premièrement, la social-démocratie a su récupérer tous les nouveaux acquis politiques et gagne alors une autorité dans la classe ouvrière encore jamais vue. Les sociaux-démocrates sont alors perçus par les travailleurs comme les initiateurs et les responsables de leur nouveau bien être. En même temps, il y a une très forte conscience d’appartenance de classe parmi le monde du travail. Beaucoup de travailleurs comprennent que l’amélioration de leurs conditions de vie vient d’un combat collectif de la classe ouvrière. A certains moments, de grands mouvements de lutte ont pu arracher de nouveaux acquis sociaux ou éviter la casse des vieux acquis. Les mouvements révolutionnaires sont nourris par la conscience qu’un autre système que le capitalisme est concrètement possible. De nombreux mouvements révolutionnaires sont trahis par des parties du mouvement ouvrier, qui construisent leur autorité pour freiner les mouvements révolutionnaires ou même poser des actes contre-révolutionnaires.

L’enseignement

5. Le large accès aux services sociaux et aux biens de consommation, obtenu par la classe ouvrière, dans la période après la deuxième guerre mondiale, s’étend aussi sur le plan de l’enseignement et plus particulièrement sur le plan de l’enseignement supérieur. La croissance économique amene un besoin massif de travailleurs hautement qualifiés. De plus, le mouvement ouvrier organisé se pose comme but l’exigence d’un accès plus large à l’enseignement supérieur. Le résultat est un grand processus de démocratisation de l’enseignement qui a lieu à la fin des années ’60. De nombreux jeunes provenant de familles de travailleurs ont alors accès à l’enseignement supérieur. Dans ce contexte, l’idée de pouvoir échapper à « ses conditions de vie en tant que travailleurs » en étudiant à l’université ou à l’école supérieure se développe.

6. Jusqu’à la fin des années ’60, l’enseignement supérieur est encore particulièrement anti-démocratique. Il n’y a quasi aucune présence des jeunes venant de familles ouvrières et les structures des universités restent particulièrement élitistes. Sous l’influence de la force du mouvement ouvrier et de sa conscience politique très élevée, une très grande radicalisation parmi la masse des étudiants prend place à la fin des années ’60. Les étudiants se mobilisent autour de thèmes comme un accès démocratique à l’enseignement supérieur et exigent aussi la participation des étudiants et du personnel de l’université dans les prises de décisions. Le mouvement étudiant joue aussi le rôle d’initiateur de grands mouvements sociaux comme par exemple le mouvement anti-guerre contre la guerre du Vietnam et les mouvements de mai ’68. Beaucoup de mouvements étudiants obtiennent des acquis grâce aux mouvements de lutte de l’ensemble de la classe ouvrière, qui reprend les revendications étudiantes. L’enseignement supérieur change de caractère à la fin des années ’60. L’interdiction de faire de la propagande politique est levée, les étudiants obtiennent la possibilité de participer aux décisions des institutions des universités. Les relations entre professeurs et étudiants deviennent moins archaïques et moins élitistes, le contenu des cours est modifié et dans certaines universités de nouveaux cours et orientations sont introduits. Des cours comme « histoire du mouvement ouvrier » ou « économie marxiste » sont commencés suite aux pressions des mouvements révolutionnaires.

7. Les services sociaux dans les universités se sont beaucoup élargis. Il y a une grande croissance de la part du budget du gouvernement consacré à l’enseignement. De plus en plus, parmi la population, se développe une vision que l’enseignement, et également l’enseignement supérieur, est un service social, financé par le gouvernement et gratuit pour la population. Ce sont les revendications avancées par la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement l’accès à l’éducation qui est gratuit, mais il y a aussi des restaurants étudiants, des kots étudiants, des services médicaux, une infrastructure sportive… Dans certaines universités, tous ces services sont gratuits ou presque gratuits à la disposition des étudiants, surtout pour ceux qui viennent d’un milieu social peu élevé.

8. Tout ceci a une grande influence sur l’importance de l’enseignement dans l’ensemble du budget du gouvernement. Les dépenses pour l’enseignement grimpent à 3,2 % du PNB en 1960 pour atteindre un maximum de 7 % pendant les années ’70.

Années ’70 jusqu’en 1989

Général

9. À la moitié des années ’70, la période d’énorme croissance économique du capitalisme semble être finie. Pour la première fois, depuis la deuxième guerre mondiale, le système rencontre de nouveau une crise économique sérieuse. Bien sûr, les capitalistes font tout pour faire payer cette crise par la classe ouvrière.

10. Dans tous les pays capitalistes développés, les gouvernements au pouvoir proposent des programmes d’austérité. Les années ’70 deviennent alors une période très turbulente politiquement par une revitalisation de la lutte des classes. D’une part, les capitalistes et leurs hommes de mains des gouvernements essaient de contourner la crise en donnant massivement des crédits aux consommateurs, aux entreprises et au gouvernement. D’autre part, les acquis du passé de la classe ouvrière sont attaqués. La mauvaise situation économique amène aussi à une énorme augmentation du chômage.

11.Typiquement à cette période, les partis sociaux-démocrates utilisent l’autorité, qu’ils ont gagné parmi la classe ouvrière par la récupération politique des acquis des luttes, pour freiner les protestations contre les économies et même pour faire appliquer eux-mêmes les attaques budgétaires.

12. C’est également dans cette période qu’on voit les premières traces d’une politique néo-libérale. Les « pionniers » de cette politique de démolition sociale sont Margaret Tatcher au Royaume Uni et Ronald Regan aux États-Unis. Pour pouvoir mener leur politique de privatisations des services publiques et de démolition des services sociaux, les néo-libéraux cherchent la confrontation directe avec la classe ouvrière. Par le seul manque de volonté dans la direction du mouvement ouvrier « institutionnalisé » (les syndicats, les partis sociaux-démocrates), la classe ouvrière subit quelques lourdes défaites qui mènent à une dégradation de la qualité de vie pour la grande majorité de la population. L’éducation, et surtout l’éducation supérieure, subit des attaques.

Éducation

13. Dès la deuxième moitié des années ’70, les premières grandes attaques sur le processus de démocratisation de l’enseignement supérieur prennent place, surtout sur les services sociaux des universités et des Haute Ecoles. La conception d’un enseignement accompagné d’un développement de services sociaux dans les Hautes Ecoles et les universités est de plus en plus abandonnée. La bourgeoisie, qui n’a plus intérêt à élargir l’accès à l’éducation supérieure, empêche matériellement les jeunes venant de milieux sociaux peu élevés de continuer des études. A chaque attaque sur les acquis dans l’éducation, il y a un énorme mouvement de lutte parmi les étudiants. Mais les liens avec les mouvements de la classe ouvrière organisée existent de moins en moins. Beaucoup des ces mouvements vont alors vers une défaite.

Les Années ’90 au présent

Général

14. La chute de l’Union soviétique mène, en général, à une grande désillusion et désorientation dans le mouvement ouvrier. Bien que les républiques soviétiques sont une version dégénérée d’états ouvriers, leur disparition signifie quand même une énorme attaque idéologique pour ceux qui cherchent une alternative au capitalisme. Au début des années ’90, une énorme offensive idéologique de la bourgeoisie prend place, dans laquelle le capitalisme est décrit comme le seul système économique viable. Les nouvelles découvertes technologiques comme, par exemple au niveau informatique, pourraient assurer une croissance économique perpétuelle et sans précédent, menant à la naissance de la paix et de la démocratie partout dans le monde. Mais maintenant, 12 ans après la fin officielle de l’Union Soviétique, l’absurdité de cette rhétorique devient claire.

15. Par manque d’une véritable opposition, la bourgeoisie peut continuer son offensive contre la classe ouvrière. Un programme de privatisations et économies de masse est exécuté. En Belgique, la fédéralisation de l’état et les services publics sont utilisés pour mettre en concurrence les services des différentes communautés et régions. Le résultat est une dégradation des conditions de travail et de la qualité des services dans ces secteurs.

16. À la fin des années ’90, on voit petit à petit une revitalisation des formes de lutte contre le système capitaliste. Au début, il s’agit surtout d’un mouvement de jeunes, comme par exemple le mouvement anti-mondialisation ou le mouvement contre la guerre en Irak mais, de plus en plus, des couches plus larges de travailleurs rejoignent ces mouvements de lutte contre le capitalisme.

17. Par exemple en juin 2002 à l’occasion du sommet de clôture de la présidence européenne espagnole, les organisations du mouvement ouvrier appellent à l’action et à organiser une grève générale. On voit alors des manifestations massives de jeunes et de travailleurs dans toute l’Espagne (Séville : 200 000, Barcelone : 500 000, Madrid : 600 000). La grève est suivie à 87 %, tandis qu’ Aznar annonçe à la télé une participation ridicule de 17% à cette grève. Malgré l’arrogance d’Aznar et une volonté de lutte chez les travailleurs et les jeunes, les syndicats ne prennent pas d’autres initiatives, ne donnant aucune perspective à la lutte. Depuis ces manifestations, il y a un épuisement du mouvement antimondialisation, dû surtout à une récupération politique de sa direction par les partis traditionnels et les organisations qui leur sont liées. Les derniers FSE montrent bien cette évolution : prix d’entrée aux débats faramineux, dirigeants auto-proclamés, refus d’actions, …

Éducation

18. La nouvelle conception de l’éducation est alors celle d’un produit de marché et non plus d’un service public. Il y a une grande diminution du financement par l’état. De plus en plus d’étudiants doivent financer leurs études eux-mêmes ou bien c’est le secteur privé qui intervient. On voit une privatisation presque complète des services qui n’ont pas un lien direct avec l’éducation comme les kots d’étudiants, l’entretien, les restos, … La réaction de beaucoup d’étudiants est plutôt passive. Leurs organisations traditionnelles, comme la FEF en Communauté française ou la VVS en Flandres, deviennent de plus en plus bureaucratiques et défendent ouvertement la politique gouvernementale de privatisations et d’économies.

19. L’éducation est un des services publics régionalisés. Les conséquences pour les étudiants et le personnel en sont terribles. Quand des économies commencent d’un côté du pays, les gouvernements des autres régions les utilisent comme prétexte pour exécuter des économies chez eux aussi. Ces réformes partielles et appliquées au niveau régional entraînent une division au sein des mouvements de lutte. Avec la régionalisation vient également le système de financement par enveloppe. Dorénavant, les institutions de l’éducation ne sont plus subsidiées en fonction du prix du travail effectué, mais elles reçoivent une somme fixe par élève ou étudiant. Par cette réforme, les universités flamands perdent, entre 1996 et 2000, plus de 2,8 milliards de FB de subsides.

20. Le budget du gouvernement consacré à l’enseignement passe de 7% du PIB en 1980 à 5,9% aujourd’hui, ce qui représente 120 milliards de francs (3 milliards d’ euros) en moins par an pour l’éducation. En même temps, les frais pour les étudiants dans l’éducation supérieure augmentent spectaculairement : même si on prend en compte l’inflation, le coût des études augmente entre 40% et 60% de 1986 à 1999. Depuis ’96, en Communauté française, par exemple, le budget pour les Hautes-Ecoles est gelé, ne tenant donc pas compte de l’augmentation du nombre d’étudiants ( ce sont 7118 élèves de plus qui y étudient actuellement). Tout ceci a pour conséquence la dégradation des conditions de travail et d’étude (classes surpeuplées, pénurie de profs, manque de matériel,…).

 

1.2. Bologne

Histoire

21. En 1989, la TRI, la Table Ronde Européenne des Industriels, un petit club choisi parmi les propriétaires et les patrons des plus grandes entreprises d’Europe, lance une proposition de réforme de l’enseignement supérieure en Europe. L’objectif, selon le TRI, est une meilleure coordination entre les écoles supérieures et les universités en Europe.

22. Le 19 juin 1999, sur base de ce texte et sur base du travail de préparation pour la déclaration de la Sorbonne de 1998, la déclaration de Bologne est rédigée. En plus d’unifier « l’espace de l’enseignement européen », Bologne veut aussi augmenter la mobilité des étudiants, stimuler la compétition entre les établissements dans un nouveau marché de l’enseignement et mieux orienter l’enseignement sur le marché de travail. Le plan n’est donc rien d’autre que la préparation de l’enseignement à sa privatisation totale et à sa transformation vers le modèle anglo-saxon. Selon les partisans de Bologne, la déclaration « protège » l’Europe contre les universités étrangères. Le raisonnement est que les accords de GATTS européen obligent à privatiser l’enseignement, et c’est cela qui est en train de se passer, pour que les universités européennes puissent faire concurrence avec les universités américaines. Dans cette analyse, Bologne est donc la préparation des universités européennes à la compétition avec les établissements étrangèrs. Un enseignement subsidié par l’état et au service de la population ne semble plus être une option…

23. De plus, Bologne vise l’introduction du programme d’étude anglo-saxon, basé sur deux grades : celui de « bachelier » qui dure 3 ans, qui devrait déjà être une sorte de « mini » diplôme universitaire et qui permettrait déjà l’accès au marché de travail, et puis le grade de « master » qui durerait un ou deux ans. Il est clair que l’objectif de cette subdivision est qu’à terme les étudiants devront financer eux-mêmes un master « supplémentaire », vu que le diplôme de « bachelor » est déjà un diplôme « à part entière ». D’ailleurs, il apparaît déjà aujourd’hui que le gouvernement flamand annule les bourses pour des formations complémentaires (en termes de ‘Bologne’ un master-après-master).

24. Après celle de Bologne, les conférences de Prague, de Paris, de Salamanca suivent… où des plans de réformes concrets sont élaborés. Les ministres signataires promettent d’exécuter les réformes dans leurs propres pays, mais à des moments différents et à différentes vitesses. Il faut tenir en compte que la mise en place du processus de Bologne doit être finie pour 2010. Par une application en différentes phases, une lutte généralisée contre Bologne est évitée. La plupart des organisations et fédérations étudiantes capitulent totalement devant cette offensive réactionnaire et mènent même la lutte contre les étudiants qui essayent de démasquer la vraie nature de Bologne. Mais les effets pour les étudiants sont de plus en plus apparents.

Répercussions concrètes

25. Pour les étudiants et le personnel des écoles supérieures et des universités, Bologne représente une attaque massive de leurs droits et acquis sociaux.

Voici quelques conséquences concrètes :
La privatisation et le démantèlement des services sociaux et des universités entières

26. Dans toute une série d’universités belges et étrangères les services sociaux sont démantelés de manière accélérée. Les conséquences pour les étudiants et le personnel sont désastreuses. A l’Université Catholique de Louvain (KUL), le personnel des restaurants des étudiants ‘Alma’ est obligé d’avaler le plan d’austérité imposé par une perte de jours de vacances et de salaire afin d’éviter la fermeture des restaurants. Ces difficultés financières se présentent parce que la KUL cherche une solution à la diminution des subsides de l’état en diminuant les subsides les restaurants. L’année passée, les étudiants et le personnel de la VUB ont été confrontés à des augmentations des prix de repas jusque 85% !!! L’année d’avant, l’ULB avait déjà privatisé le dernier restaurant étudiant encore géré par l’université même.

L’entreprise « Avenance » a acheté tous les restaurants des Hautes-Ecoles de Bruxelles. Les bénéfices de ce monopole privé aura aussi des conséquences pour le prix des repas, leur qualité, et les conditions de travail.

De plus, on voit les augmentations de prix énormes des prix de logements et des autres services pour les étudiants. Et chaque fois, l’argument est un « manque de moyen venant du gouvernement ».

Le démantèlement des orientations « moins intéressantes »

27. Dans une université « dirigée par le marché », il y a peu d’espace pour des cours ou des orientations qui ne sont pas intéressants pour les entreprises. Ce sont surtout ces orientations d’étude qui subissent les attaques financières les plus importantes avec Bologne.

A la VUB, l’Economie Théorique est annulée et pour la Philosophie, plus d’un tiers des cours en licences disparaissent du curriculum.

Mais ce sont surtout les orientations comme les langues, l’anthropologie, l’histoire, l’économie théorique, la philosophie qui seront les victimes de l’implémentation de Bologne. L’utilité sociale de ces orientations n’a ici aucune importance.

L’augmentation des frais d’étude

28. En plus des augmentations des coûts pour « les services sociaux », beaucoup d’universités augmentent en plus le minerval. A l’université de Liège, le minerval augmente cette année de 227 à 430 €, c’est à dire une augmentation de 55%. Et c’est loin d’être fini : un certain nombre de professeurs de l’UCL ont « calculé » que les coûts d’une année d’étude dans une université belge peuvent être estimés entre 4 000 et 6 000 € !!! Ces chiffres ne sont pas une surestimation, cela est prouvé par beaucoup d’exemples à l’étranger où l’application de Bologne est déjà plus avancée.

En Hollande, les universités peuvent demander jusque 7 000 € par année académique, en fonction de « l’importance économique » de la formation. Au Royaume Uni, Blair a augmenté le minerval de 1656 à 4500€. Le recteur de l’université de Londres s’est dépêché de déclarer que cela n’est qu’un premier pas et qu’ « étudier dans une université de pointe vaut au moins 20 000 à 25 000 € » !!!

Dans beaucoup de pays, comme la Grande Bretagne, les bourses sont de plus en plus remplacées par des emprunts d’étude. Les étudiants vont donc terminer leurs études avec des dizaines milliers d’euros de dettes et cela, avant de commencer leur vie active !!!

La faillite des universités

29. A cause d’un sous-financement du gouvernement français, l’université de Paris Sud a été obligée de fermer, pendant 3 semaines, en 2003, son campus de sciences à Orsay parce que les factures de chauffage ne pouvait plus être payées. Plus de 27.000 étudiants et 5.000 membres du personnel étaient littéralement dans le froid. Surtout en France où différentes universités sont sur le bord de la faillite à cause des réductions des subsides de l’état.

On peut se poser la question, combien de temps cela va durer avant que la compétition entre les universités force certains instituts à fermer leurs portes. Partout en Flandres, des grandes universités comme la KUL, mènent des campagnes massives afin d’attirer des étudiants ainsi que des moyens pour la recherche et se préparent pour leur transformation vers une université d’élite. Les universités et les écoles supérieures plus petites ne peuvent pas suivre le tempo et se retrouvent dans de graves problèmes financiers.

La mainmise de l’industrie sur la recherche et l’enseignement

30. De plus en plus d’universités concluent des contrats chers avec les grandes entreprises afin de compenser la perte du financement par l’état. Ainsi, la VUB a un certain nombre de « contrats sponsorisés » avec des grandes entreprises comme par exemple avec le géant multinational pharmaceutique Pfizer. Ces entreprises subsidient les universités et en échange les étudiants et les assistants sont obligés de faire la recherche préparatoire pour les projets à grande échelle de ces entreprises. Il est clair qu’ainsi la recherche scientifique est de plus en plus dictée par les caprices des entreprises. Les projets de recherche qui ont une importance sociale énorme, mais une importance économique réduite (par exemple la recherche dans les sciences humaines) en sont les victimes.

Cette situation mène parfois à des effets annexes perverses. Prenons l’université de Nottingham qui est connue partout dans le monde pour ses recherches innovatrices sur le cancer. Cette université est depuis des années sponsorisée par … British American Tobacco, un des plus grands producteurs de tabac dans le monde. Qu’ainsi la recherche sur le cancer soit compromise ne va étonner personne.

L’élimination d’étudiants et plus d’efforts pour étudier.

31. Bologne implique que les universités vont d’ici peu être « accréditées » pour toutes les formations qu’elles offrent. Comme critère il y aura entre autre le nombre d’étudiants qui terminent leurs études et « la valeur économique » des emplois occupés par ces diplômés. Les universités toucheront ainsi plus d’argent pour un diplômé qui devient directeur que pour un diplômé au chômage.

Le résultat est naturellement que les universités essayeront de plus en plus de créer une élite de « super étudiants ». Des étudiants qui ont des problèmes d’études, quel qu’en soient les causes, ne comptent plus pour les institutions. Ainsi le vice-recteur de l’enseignement de la VUB a déclaré récemment que les centres d’auto-étude, où les étudiants avec des problèmes d’étude peuvent être aidés, seront d’ici peu supprimés.

L’enseignement supérieur d’élite

32. Un des résultats de la concurrence envenimée entre les différentes universités est la tendance vers la division des universités européennes entre un petit groupe choisi d’ « universités de pointe » d’un coté, et de l’autre coté, un grand groupe d’ « universités poubelles ». Les politiciens et les recteurs utilisent de plus en plus le terme d’ « université d’élite » quand ils parlent du processus Bologne. Il est clair que seule une minorité des universités européennes fera partie de cette fine fleur, en Belgique peut-être seulement deux universités; une flamande et une francophone. Les recteurs de la KUL et de l’ULB déclarent déjà vouloir occuper cette position avec leurs universités.

Il est clair que l’éducation dans ces universités coûtera encore beaucoup plus cher que dans les institutions « normales ». Seule une couche privilégiée aura les moyens de se payer un diplôme dans une telle université. La majorité des étudiants seront obligés d’aller aux « universités-poubelles », qui demandent des minervals moins élevés, mais dont le diplôme aura aussi une valeur inférieure.

Les Hautes Ecoles, premières victimes de ces développements

33. Les universités et les Hautes Ecoles s’associent depuis quelques années pour former des « pôles d’excellence ». Ce sont des regroupements d’une ou plusieurs universités, avec en plus un certain nombre de Hautes Ecoles. La concurrence entre ces pôles est déjà meurtrière.

Cependant les Hautes Ecoles sont les premières victimes des réformes de Bologne. Une Haute Ecole reçoit encore toujours moins d’argent par étudiant pour les services sociaux qu’une université. Cela entraîne une plus grande cassure dans les moyens pour les services sociaux qu’aux universités. Les diplômes des Hautes Ecoles seront aussi, après Bologne, d’un « degré professionnel », en opposition au « degré scientifique supérieur » des universités.

34. Il est évident que toutes ces attaques sur les acquis sociaux dans les universités et Hautes Ecoles sont accompagnées d’une diminution des contributions publiques à l’enseignement. Bologne a comme but de transformer complètement les universités en « entreprises ». Cela aggravera encore le problème du coût croissant des études et de la casse des services sociaux

 

1.3. Développement politique du mouvement étudiant et d’EGA/ALS

De la deuxième guerre mondiale jusqu’aux années ’70

35. Dans de nombreuses universités, jusqu’à la fin des années ’70, toute organisation politique est interdite. Le milieu étudiant est pour la plus grande partie un milieu réactionnaire. Lorsque, au milieu des années ’60, se développe une radicalisation de la classe ouvrière tout comme une augmentation de la lutte des classes, ça a aussi des conséquences sur le mouvement étudiant. Beaucoup d’étudiants prennent conscience du fait que leurs intérêts sont défendus par la classe ouvrière et tournent le dos au milieu élitiste. Là où les universités forment en premier lieu un milieu réactionnaire, il y a de plus en plus d’étudiants qui s’orientent vers les idées de gauche ou même marxistes.

36. Mai ’68 signifie une énorme augmentation du niveau politique dans les universités. C’est surtout en France que l’orientation première des étudiants vers les travailleurs est un énorme stimulant pour les évènements révolutionnaires de ces périodes. Mais au moment où les leaders du mouvement ouvrier français trahissent de plus en plus ouvertement leur base, les étudiants prennent une décision désastreuse sur le plan politique. Beaucoup d’étudiants se voient comme étant plus radicalisés que les travailleurs et commencent à se profiler eux-mêmes comme l’avant-garde révolutionnaire du mouvement ouvrier. Le raisonnement développé par ces étudiants est de tourner le dos aux grandes organisations ouvrières en France ( Parti communiste, syndicats, …) car leurs dirigeants essaient de freiner les mouvements de lutte. Ces étudiants se coupent ainsi de la masse des travailleurs organisés. Les étudiants se voient comme les seuls véritables dirigeants retenus pour les mouvements révolutionnaires. Ils ne font aucune analyse profonde de la situation et se coupent par leur orientation sectaire de la majorité de la classe ouvrière.

37. Pourtant, mai 68 permet aux étudiants d’obtenir de grands acquis des autorités universitaires. Entre autre la fin des interdictions de faire de la politique est levée et une vie politique plus active prend place sur les campus.

Des années ’70 à 1989

38. Beaucoup d’organisations politiques, également des organisations marxistes, ont des organisations étudiantes bien implantées sur les campus. Du côté flamand, une partie du mouvement étudiant prend à la fin des années 60 – début des années 70 – une position sur la question de la langue utilisée dans les universités belges. Ceci mène à la scission des universités de Bruxelles et de Louvain en un campus francophone et un campus néérlandophone. Il y a aussi un grand nombre d’organisations de gauche qui jouent un rôle important dans ce mouvement. A Louvain par exemple, il y a un certain nombre d’étudiants, qui plus tard en 1970 fondent l’organisation maoïste AMADA. En 1971, se développe aussi la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT), la section belge de la 4ème Internationale, surtout active dans les universités.

39. De nombreuses fédérations étudiantes sont aussi dominées par des organisations de gauche comme les organes de coordinations, comme la Société des étudiants de Bruxelles (VUB), le Conseil étudiant de Louvain, mais aussi la fédération étudiante flamande VVS. C’est la raison pour laquelle ces organisations jouent un rôle important dans la mobilisation des étudiants dans les grands mouvements de lutte. Pendant les années ’60, il y a un projet d’un syndicat étudiant (SVB) qui doit stimuler et construire les mouvements de lutte. Le VVS s’organise alors, à la fin des années ’70, pendant un certain temps de cette manière.

40. ALS existe depuis 1976 à la VUB à partir d’un groupe d’étudiants socialistes qui ont rompu avec l’Union des étudiants socialistes de Bruxelles (SSUB) en 1973. Les SSUB défendent alors la politique impopulaire d’austérité du gouvernement auquel le PSB prend part, ce qui provoque un fort mécontentement d’une grande partie de leur base. ALS a un programme maximum socialiste révolutionnaire mais le lie également à la lutte concrète des étudiants pour de meilleures conditions d’étude et de vie. EGA joue un rôle crucial dans la construction d’une démocratie étudiante dans diverses universités de flandre. ALS met toujours en avant un programme qui se dirige vers le développement de la lutte des étudiants pour leurs intérêts et leurs droits. ALS entre alors souvent en conflit avec d’autres organisations « d’extrême gauche » qui immergent plutôt dans un activisme gauchiste qui a mené à des défaites au lieu de proposer réellement des perspectives à la lutte.

41. A la VUB, ALS a dans les années ’70, un noyau dur avec plus 200 membres. Dans les autres universités, comme Gand et Louvain, des organisations similaires sont construites.

Des années ’90 à aujourd’hui

42. La bureaucratisation des fédérations étudiantes de coordination est typique pour cette période. La VVS devient de plus en plus un organe pour les ambitions des carriéristes qui veulent un emploi au ministère de l’enseignement, qu’une véritable fédération étudiante. Beaucoup d’organisations étudiantes constituent aussi un frein particulier dans le mouvement de lutte contre le processus de Bologne et jouent parfois un rôle extrêmement réactionnaire.

43. Après 1989, ALS disparaît presque complètement. En 1998, le dernier noyau à la VUB disparaît après que sa direction a essayé de construire avec Groenlinks une petite organisation réformiste de gauche.

44. Depuis la fin des années ’90, les étudiants de Militant Links, qui deviendra plus tard le Linkse Socialistische Partij, se reconstruisent d’abord à Gand, plus tard également à Bruxelles, Louvain et Anvers. ALS est à ce moment-là très impliqué dans la campagne antifasciste de Blokbuster, et jouera de cette manière un rôle important pour empêcher la reconnaissance d’organisations fascistes étudiantes comme le NSV.

EGA maintenant

45.Aktief Linkse Studenten – Étudiants de Gauche Actifs (ALS-EGA) est une organisation étudiante politique présente dans la plupart des universités, et dans un certain nombre des Hautes Ecoles en Belgique. Nous avons des sections à Gand, Anvers, Louvain, Bruxelles (aussi bien du côté néerlandophone que francophone), Liège, Mons, et Louvain-la-Neuve. Depuis cette année ALS-EGA a également une direction nationale et un programme national. C’est la seule organisation qui résiste clairement contre Bologne, et mobilise aussi dans cette lutte activement et organise des campagnes. ALS-EGA donne le ton sur les universités à la lutte antiraciste et anti-sexiste, et nous sommes la seule organisation avec un programme clair de lutte pour les droits et les intérêts des étudiants.

46. Les problèmes concrets liés au manque de financement de l’enseignement se font ressentir de plus en plus chez les profs et étudiants. Ce début d’année, on a vu éclater des actions spontanées et des grèves organisées par les étudiants et les profs, dans certaines Hautes-Ecoles de BXL. EGA est intervenu directement dans cette lutte pour faire le lien avec la situation dans l’enseignement en général, et ce dans le but de construire une opposition politique et anticapitaliste dans les Hautes-Ecoles. Nous allons certainement être de plus en plus confrontés à une radicalisation, une volonté de lutter et une recherche d’une alternative chez les étudiants dans les H-E. C’est ce à quoi ce Congrès doit nous préparer.

47. La période qui arrive sera une période dans laquelle des économies et des privatisations prendront place dans l’enseignement, et ALS-EGA a un rôle crucial à jouer dans la construction et la politisation de ce mouvement.

 

Partie II: Point de vue d’EGA sur les universités et les étudiants

48. Les universités forment un milieu social particulier. Pour la bourgeoisie, les universités doivent former les cadres et les bureaucrates du système capitaliste. Les universités, et en moindre mesure aussi les Hautes Ecoles, sont par excellence un milieu élitiste.

Beaucoup d’illusions (petites) bourgeoises sont dispersées parmi les étudiants et les académiciens, par exemple l’opposition qualitative prétendue entre travail manuel et intellectuel. Aussi la sociologie bourgeoise, morale ou scientifique, est développée dans les universités pour servir comme arme contre l’analyse théorique qui est la conséquence des expériences collectives du mouvement ouvrier. Ainsi les mensonges bourgeois au sujet de la prétendue ressemblance entre le léninisme et le stalinisme est souvent nourrie par l’ « autorité » des professeurs et des chercheurs universitaires.

49. Tout ça a aussi son contre-coup sur la position des étudiants par rapport au reste de la société. Les étudiants se sentent souvent « meilleurs que les autres ». Ils vivent relativement isolés de la société et de la classe ouvrière. C’est aussi les raisons pour lesquelles le milieu étudiant est souvent un entourage très autoritaire et réactionnaire. Cette position se ressent également fort dans les rituels folkloriques de différents cercles étudiants.

50. Les étudiants ont aussi un rôle relativement indépendant dans la société. Ils n’ont pas de travail lourd, ils ne doivent pas subvenir aux besoins d’une famille, et ils n’ont pas de responsabilités importantes dans la société. Cela implique qu’ils peuvent être plus facilement impliqués dans la politique que beaucoup de travailleurs. On constate également que quand la population ouvrière se trouve dans une position de radicalisation, les étudiants en éprouvent aussi les conséquences. Les étudiants ont pu ainsi durant les moments cruciaux de la lutte de classe jouer un rôle important.

51. Il doit être clair que les étudiants seuls ne peuvent remporter aucune victoire sous le système capitaliste. Pour pouvoir remporter la défense de leurs droits et leurs intérêts, ils ont besoin d’un mouvement de lutte qui s’allie avec le mouvement ouvrier. La démocratisation de l’enseignement supérieur est le résultat de la lutte qui a été menée par la classe ouvrière. C’est un acquis que nous ne pouvons nous laisser prendre par Bologne et autres réformes de l’enseignement. On a besoin d’un mouvement étudiant fort qui a terme peut même se développer jusqu’à la construction d’un vrai syndicat étudiant. Cette organisation doit avoir des structures démocratiques qui offrent la possibilité à plusieurs organisations politiques d’intervenir avec leur propre propagande politique et convaincre sur base de leur programme et de leurs méthodes. Il est clair que les structures actuelles comme la FEF ou le VVS sont devenus trop bureaucratiques pour pouvoir jouer le rôle de ce large syndicat démocratique étudiant de masse.

52. EGA a comme tâche d’intervenir toujours dans ces mouvements étudiants avec un programme marxiste clair, un programme qui est donc basé sur les expériences collectives du mouvement ouvrier. Notre tâche dans les universités est d’une part d’aider les mouvements combatifs à se développer et à se construire, mais aussi de dégager de ces mouvements de lutte une couche d’étudiants conscientisés et les tirer vers le mouvement ouvrier. EGA est d’avis que les exigences du mouvement étudiant ne peuvent se concrétiser que dans une société socialiste, et qu’il y a besoin d’une part de la construction d’un mouvement massif de lutte des jeunes et de travailleurs, et d’autre par d’une organisation révolutionnaire qui peut intervenir dans ces mouvements de lutte avec son programme. Le MAS-LSP est pour EGA cette organisation révolutionnaire et veut les préparer à jouer un rôle militant dans ce parti.

53. Face à la bourgeoisification et à la bureaucratisation des instruments de lutte du mouvement ouvrier ( partis sociaux-démocrates, syndicats, …), EGA avance la nécessité que les jeunes et les travailleurs aient un outil de lutte démocratique, capable d’organiser la défense de nos acquis. C’est dans ce cadre qu’EGA, tout comme le MAS le fait, veut mener campagne pour la construction d’un Nouveau Parti des Travailleurs.

54. Aujourd’hui, dans le cadre des attaques néo-libérales contre nos acquis sociaux, il est clair que les jeunes sont dans les premières victimes de la crise du capitalisme. En décembre 2003, près de 1 jeune sur 5 était sans emploi, c’est à dire 75 801 jeunes. C’est une augmentation de plus de 13% en Flandres, 8% en Wallonie et 9% à Bruxelles depuis 2002. En 2003, 19 000 jeunes entre 18 et 25 ans dépendaient du CPAS ( depuis ’90, ce chiffre s’est vu multiplié). Quand on regarde les programmes du gouvernement ( chasse aux chômeurs, politique antisociale menée partout en Europe, l’application des 40 heures, les licenciements massifs, …), il est clair qu’il n’y a pas de solution aux problèmes sociaux dans le système capitaliste.

55. En tant qu’étudiant de gauche conscient de devoir s’organiser et lutter, il est indispensable de lier nos luttes à celles du mouvement ouvrier. Les expériences des luttes passées nous montrent que seuls les travailleurs ont la force dans la société d’arracher les acquis à la bourgeoisie. C’est dans ce cadre qu’EGA/ALS veut prendre une part active dans la mobilisation pour la nouvelle Marche des Jeunes pour l’Emploi qui aura lieu en mars à Bruxelles.

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